Xavier Bertrand: «La sécurité restera l’immense faillite du quinquennat»

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Xavier Bertrand: «La sécurité restera l’immense faillite du quinquennat»ENTRETIEN – Le président des Hauts-de-France dénonce l’«extrême gravité de la situation» en France et s’inquiète d’une «ultraviolence gratuite». Il appelle Emmanuel Macron à un «changement immédiat de politique pénale».

LE FIGARO. – Plusieurs faits divers d’une grande violence ont marqué les Français cet été. Qu’est-ce que cela dit de l’état de la France?

Xavier BERTRAND. – Nous avons connu un «étéOrange mécanique» marqué par une ultraviolence gratuite. Le sentiment que le respect des autres, de l’autorité, de l’État, ne compte plus pour de trop nombreux individus. Ce phénomène d’impuissance de l’État et d’impunité, c’est ravageur! On ne peut penser que c’est l’embrasement d’un seul été et juste espérer que ça passera: c’est un phénomène profond et qui n’a que trop duré. Assurer la sécurité des Français est une priorité… quoi qu’il en coûte.

Dès 2014, Marine Le Pen faisait du livre La France Orange mécanique, de Laurent Obertone, sa référence sur la sécurité. Reprenez-vous celle-ci à votre compte?

Pas besoin de Marine Le Pen, ni de ses lectures, pour prendre conscience du problème et avoir le courage de faire ce qu’il faut pour casser cette spirale de la violence…

La politique ne peut pas être qu’une série de tweets, de déclarations d’indignation…

Xavier Bertrand

Comment peut-on casser cette spirale de la violence que vous décrivez? Et, d’ailleurs, le peut-on encore?

Bien sûr qu’on le peut! Ce sera long, difficile, mais la politique sert à cela: changer les choses. Il y a deux piliers indispensables: la prévention et la répression. Aujourd’hui, les Français veulent la garantie que pour tout délit ou crime il y aura sanction, qu’elle sera rapide et dure. Je ne dis pas ferme, je dis dure. S’il n’y a pas de prise de conscience ni de réaction au niveau de l’État, les braves gens se sentiront en situation de non-assistance à personne en danger et se tourneront vers l’autodéfense. Est-ce qu’Emmanuel Macron est conscient de l’extrême gravité de la situation que nous connaissons en France? Il faut de la lucidité, du courage et une méthode. La politique ne peut pas être qu’une série de tweets, de déclarations d’indignation… Quand je vois que le président de la République, le 14 Juillet, dans son interview, ne parle pas de ces sujets, et que le 21 juillet il ose utiliser le terme d’«incivilités»… mais quelle déconnexion! Il n’y a pas de volonté politique au sommet de l’État! Nous ne pouvons pas rester encore vingt mois dans la situation actuelle. Nous avons besoin d’un changement immédiat de politique pénale, avec une impunité zéro, car c’est cette impunité qui nourrit l’explosion de la violence.

Peut-on encore réussir, dans ce contexte, à faire nation?

On ne peut faire nation que si l’État garantit notre sécurité, notre liberté d’aller et venir, et que si chacun se soumet aux lois de la République – notamment celles qui concernent la laïcité.

En quittant le gouvernement, en 2018, l’ex-ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait mis en garde contre le risque d’une société du «face-à-face». N’est-ce pas ce qui s’installe progressivement?

Il avait raison. Mais qui à cette date était le président de la République? Qu’a-t-il fait depuis? On a perdu trois ans sur toutes ces questions. La sécurité restera l’immense faillite du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Estimez-vous que le nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, dont vous êtes proche, fait assez pour lutter contre l’insécurité?

Aujourd’hui, nous avons besoin d’un changement de politique pénale. Que le président ait nommé un ministre de l’Intérieur plus compétent, c’est la moindre des choses, mais cela ne suffit pas. Emmanuel Macron n’a jamais été à l’aise sur les questions régaliennes, d’autorité, de sécurité. Quand on n’a jamais été élu local, qu’on ne s’est jamais rendu au cœur d’un quartier miné par l’insécurité et les trafics, qu’on n’a pas reçu dans sa permanence des familles de victimes, il est impossible de se rendre vraiment compte de ce que vivent nos concitoyens. Depuis trois ans, la priorité régalienne n’est pas comprise par le chef de l’État. Pour beaucoup de Français, seul un changement de président permettra de changer de politique. Ils ne veulent qu’une seule chose: être en sécurité. Ils attendent des actes et des résultats.

Quand le préfet des Bouches-du-Rhône prend un arrêté pour empêcher les supporteurs du PSG de porter, à Marseille, le maillot de leur équipe, est-ce normal?

Réduire symboliquement une liberté parce qu’on n’est pas capable de la garantir, c’est un aveu d’échec terrible! Comme laisser faire les casseurs par peur des affrontements. S’indigner ne suffit plus. Avec tout ce qui s’est passé cet été, pourquoi le président de la République n’a-t-il pas réuni le premier ministre, le ministre de l’Intérieur et le garde des Sceaux pour décider de nouvelles directives de politique pénale à destination des procureurs? Nous avons besoin de consignes claires pour prévenir les troubles et interpeller. Dès la rentrée, revenons sur la loi Belloubet de 2019. Elle prône, dès l’audience, la fin de l’emprisonnement ou un aménagement des peines. Pour une peine prononcée de six mois ou un an, on n’ira pas en prison, contrairement au jugement. Voilà comment s’installe l’impunité! La prison, si elle n’est pas la seule solution, doit s’imposer quand il faut protéger la société et mettre hors d’état de nuire ceux qui sont dangereux.

Nous avons besoin à nouveau de peines planchers. Je crois à leur effet dissuasif, en y ajoutant de vraies perspectives de réinsertion, avec un accompagnement personnalisé

Xavier Bertrand

Pour l’ex-député LR Lionnel Luca, il y a un lien entrela recrudescence des actes de violence et la libération des 10.000 délinquants par l’ex-garde des Sceaux durant la crise sanitaire. Pour vous aussi?

On a besoin de savoir s’il y a un lien entre la libération ordonnée pendant le confinement et ce qui se passe aujourd’hui. La société française a aussi besoin d’une plus grande transparence sur le fonctionnement de la justice, les délais d’une juridiction à l’autre. Après le drame de Bayonne, qui a vu la mort de Philippe Monguillot (ce chauffeur de bus de Bayonne roué de coups par un individu refusant de porter le masque, le 5 juillet dernier, NDLR), le procès en assises doit avoir lieu rapidement et la peine de trente ans pour meurtre doit être requise. Pareil pour ce père de famille lynché devant ses enfants dans une laverie: j’attends de savoir quand aura lieu le procès et quelle sera la condamnation. Il faut des peines dures, et prononcées vite!

Mais comment peut-on combattre efficacement la récidive?

Nous avons besoin à nouveau de peines planchers. Je crois à leur effet dissuasif, en y ajoutant de vraies perspectives de réinsertion, avec un accompagnement personnalisé. J’avais fait des propositions à l’ancienne garde des Sceaux, Nicole Belloubet, en m’appuyant sur les expérimentations lancées dans les Hauts-de-France. Les élus locaux peuvent être des partenaires pour le suivi renforcé et le développement des travaux d’intérêt général. L’effectivité des peines est aussi essentielle pour casser cette spirale de la récidive: appliquons déjà 100 % des peines prononcées! Reprenez le rapport des sénateurs Jacques Bigot et François-Noël Buffet de septembre 2018 sur la mise en œuvre des peines: 50.000 à 70.000 des peines en 2018 n’ont pas été appliquées! Quant aux contraventions, il n’y a quasiment que les braves gens qui les payent…

Vous avez expliqué cet été dans Corse Matin vous «préparer» pour l’élection présidentielle de 2022. Ne craignez-vous pas un embouteillage de candidatures à droite, au premier tour?

On m’a posé une question, j’y ai répondu. Oui, je me prépare, et je suis déterminé. Je l’avais déjà dit en septembre 2019: il n’y a rien de nouveau. L’enjeu, c’est de réconcilier les Français et de redresser la France. Et ma priorité actuelle, c’est de permettre à ma région et aux habitants des Hauts-de-France de faire face à la crise.



 

Source:© Xavier Bertrand: «La sécurité restera l’immense faillite du quinquennat»

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