VR : la réalité virtuelle, un pur moment de création

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VR : la réalité virtuelle, un pur moment de création

Cette technologie commence à être utilisée par plusieurs grands réalisateurs.

Comme nouveauté technologique, la réalité virtuelle a de très nombreuses applications dans tous les domaines, de la médecine au sport, du tourisme à l’immobilier ou à l’éducation. Mais qu’en est-il pour la création artistique?

Écrivain, scénariste, réalisateur, producteur, enseignant, Vincent Ravalec (initiales VR…) utilise ce nouveau médium dans le documentaire aussi bien que dans la fiction (Fan Club, en cours de réalisation), et commente le processus d’écriture «en sphère»: «Vous n’êtes plus face à une image rectangulaire et plate, mais à l’intérieur de grosses boules. Cela change la temporalité et la causalité linéaire d’une histoire défilant de gauche à droite. La réalité virtuelle demande une autre perception. Le choc avec L’Opéra Garnier est d’être plongé dans une entité vivante et maniable. Par exemple, à un moment, je retourne l’image, et la danseuse a l’air de danser au plafond. On travaille sur une spatialité un peu magique.»

Cet illusionnisme sophistiqué n’est pas sans évoquer le cinéma des origines, du côté du prestidigitateur Méliès. «Oui, il y a une parenté, dit Vincent Ravalec, lui-même grand amateur de magie. Et j’aimerais qu’il y ait des baraques de réalité virtuelle dans les fêtes foraines!»

Un art reconnu par la Mostra

Le cinéaste taïwanais Tsai Ming-liang, qui a présenté à Venise un film de VR, The Deserted, rapproche plutôt cet essai de l’expérience théâtrale, où l’on fait partie d’une certaine réalité. «La grande différence avec le cinéma, analyse Vincent Ravalec, c’est la place du spectateur. Vous êtes au centre de l’image, donc vous faites corps avec elle, et le récit est immédiatement spatial et organique. L’histoire doit se penser en termes de relations. Il y a un déplacement de la sensibilité. On peut aller vers une écriture plus poétique, plus fantastique, plus sensible.»

«La culture créative de la VR, son savoir-faire viennent pour une bonne part de l’industrie du jeu vidéo. Mais il y a actuellement un mouvement important de la communauté du cinéma»

Michel Reilhac, programmateur de la section VR de la Mostra de Venise

«Le spectateur est libre de regarder où il veut, et parfois d’agir comme il veut, renchérit Michel Reilhac, spécialiste de la VR et des récits interactifs. On est obligé de l’intégrer à la conception de l’œuvre. On part de situations qu’il va expérimenter. L’immersion dans un espace qui donne l’impression d’être réel, tout en étant totalement fantaisiste et manipulé, offre un potentiel narratif qu’on commence à peine à explorer.»

Michel Reilhac est une des personnalités en pointe dans l’émergence de la création artistique en VR. Cet ancien danseur passé par la direction du Forum des images et d’Arte Cinéma s’est lancé dans la réalité virtuelle depuis cinq ans comme réalisateur (Viens!, présenté à Sundance en 2016), producteur, et programmateur de la section VR de la Mostra de Venise.

«La culture créative de la VR, son savoir-faire viennent pour une bonne part de l’industrie du jeu vidéo. Mais il y a actuellement un mouvement important de la communauté du cinéma, qui se passionne pour les possibilités artistiques de ce nouveau médium. Beaucoup de producteurs et de réalisateurs me sollicitent. De grands cinéastes comme Terrence Malick, Steven Spielberg et Ridley Scott s’exercent à la réalité virtuelle. Personnellement, j’ai un projet avec Rithy Panh, qui va nous emmener au milieu des temples d’Angkor.»

Dans les festivals de cinéma, la réalité virtuelle a fait des apparitions ponctuelles: ainsi, à Cannes l’an dernier, Alejandro Gonzalez Inarritu a présenté Carne y Arena , qui faisait vivre au participant, déchaussé et chargé d’un sac à dos, les effrois des Mexicains passant clandestinement la frontière américaine. Mais c’est la Mostra de Venise qui a reconnu la création VR comme une nouvelle forme d’art (comme elle l’avait fait pour le cinéma), en lui offrant… une île, où Michel Reilhac a exposé les œuvres. On a pu y découvrir par exemple Alice, the Virtual Reality Play, où le spectateur improvise avec des objets virtuels et des acteurs réels. «Ce mélange d’expérience physique et numérique est une des tendances fortes de la VR», note Michel Reilhac. Antoine Cardon, initiateur du projet avec sa société DVgroup, prépare déjà le chapitre 2, parmi une trentaine de créations en cours. Un titre évocateur? Dans la peau d’un astronaute , documentaire qui fera vivre les conditions de l’entraînement et de la mission de Thomas Pesquet. Le réel et le virtuel se rencontrent dans l’apesanteur.


Réalité virtuelle, où l’essayer à Paris?

Le public commence à être familiarisé avec l’équipement: casque, masque, fauteuil rotatif (on peut aussi bouger debout dans certaines aventures interactives). Mais la rencontre des spectateurs et de la réalité virtuelle se fait à petites doses dans des lieux dédiés. À Paris, le Forum des images s’est vite positionné comme point de rendez-vous du public avec ce nouveau medium, encore en quête de modèle économique. Toute l’année, il y a désormais Les Samedis de la VR. Et une fois par an, le festival NewImages: l’édition 2018 aura lieu du 4 au 8 avril.

« On avait le lieu, explique Michael Swierczynski, directeur du développement numérique. En deux ans, nous avons créé l’usage, et le public nous donne raison: nos samedis de la VR sont remplis à 100 %. Il y a 6 ou 7 séances, de 15 à 20 sièges. Et aussi deux stand-up où on se déplace, on touche des objets. Pour le matériel, nous avons des partenaires comme Vroom et Diversion. Les formes immersives sont tellement complexes qu’il faut maîtriser la technologie, mais il faut surtout que des auteurs et des créateurs s’en emparent pour qu’il y ait un appétit du public.»

«Il faut surtout que des auteurs et des créateurs s’emparent des formes immersives pour qu’il y ait un appétit du public»

Michael Swierczynski, directeur du développement numérique au forum des images

La chance du Forum des images, c’est de maîtriser toute la chaîne: « Nous produisons des films dans notre ADN comme la collection documentaire sur Paris. Nous sommes aussi diffuseurs et programmateurs grâce à un festival référent. Les instituts français sont des relais vers l’étranger qui pourraient nous ouvrir la porte de la distribution. Donc, c’est une stratégie globale. On est dans le meilleur modèle économique.»

Le Forum des images se targue d’être devenu «un lieu de passage et de démocratisation de la réalité virtuelle, avec des tarifs défiant toute concurrence: 9 euros, 7 euros pour les tarifs réduits.»

MK2 propose également un espace VR au cinéma MK2 Bibliothèque. On y a diffusé dernièrement une version immersive et interactive du Petit Prince de Saint-Exupéry (la suite est en préparation). Les tarifs sont plus élevés: 12 euros pour vingt minutes, 20 euros pour quarante minutes. Mais l’endroit, accessible en soirée à partir du mercredi et les après-midi du week-end, reste ouvert les jours fériés et quotidiennement pendant les vacances scolaires.

À noter aussi la récente ouverture d’un Cabinet de réalité virtuelle au Muséum d’histoire naturelle. Pour faire doublement partie de l’aventure de l’évolution.


 

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