Un séparatiste élu à la tête du Parlement catalan

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Un séparatiste élu à la tête du Parlement catalan
L’indépendantiste Roger Torrent (au centre) félicité par les élus du parti de la Gauche républicaine de Catalogne pour son élection au poste de président du Parlement de la région, mercredi à Barcelone. – Crédits photo : LLUIS GENE/AFP

Madrid a prévenu qu’il s’opposerait à une élection à distance de Carles Puigdemont, pour présider l’exécutif le 31 janvier.

Les indépendantistes catalans ont démontré que leur majorité théorique pouvait s’imposer en pratique au Parlement catalan. Et ce, malgré l’absence de cinq députés installés en Belgique pour fuir l’action de la justice espagnole. Ce mercredi, lors de la session inaugurale de la Chambre régionale, les sécessionnistes se sont assurés d’un bureau à leur mesure. Par 65 votes contre 56 pour le candidat de Ciudadanos (centristes anti-indépendantistes), les indépendantistes ont élu le candidat d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, centre gauche), Roger Torrent, président du Parlement.

Dès la première journée parlementaire, l’arithmétique des deux camps semble établie. D’un côté, le bloc des voix indépendantistes – Junts per Catalunya (JpC, centre droit), ERC et Candidatura d’Unitat Popular (CUP, extrême gauche) -, dont les procurations de trois élus placés en prison préventive. De l’autre, le bloc des trois partis anti-indépendantistes – Ciudadanos, Parti socialiste (PSC) et Parti populaire (PP, droite). Entre les deux, les huit votes blancs de Catalunya En Comu Podem (CECP, gauche radicale), une coalition favorable au principe d’un référendum d’autodétermination mais qui ne se prononce pas sur la question de l’indépendance. Et, pour l’anecdote, un neuvième bulletin blanc échappé des rangs unionistes.

Avec quatre membres du bureau sécessionnistes, dont le président, contre trois favorables à l’union de l’Espagne, les indépendantistes contrôlent l’interprétation du règlement de la Chambre

Les séparatistes garantissent en outre leur majorité au sein du bureau, avec l’élection d’un vice-président JpC, d’une secrétaire ERC et d’un secrétaire JpC. En face, Ciudadanos place un vice-président et un secrétaire, et le PSC obtient un secrétaire. Avec quatre membres du bureau sécessionnistes, dont le président, contre trois favorables à l’union de l’Espagne, les indépendantistes contrôlent l’interprétation du règlement de la Chambre.

Une prérogative primordiale alors que JpC et ERC se sont mis d’accord pour essayer d’investir le président sortant, Carles Puigdemont, à la tête du gouvernement catalan, malgré son exil à Bruxelles. Pour permettre cette investiture à distance qui doit avoir lieu le 31 janvier, le bureau doit autoriser des modalités particulières: Puigdemont pourrait prononcer son programme de gouvernement par visioconférence ou en déléguer la lecture à un autre député. Ces deux options ont été rejetées par les juristes du Parlement. Mariano Rajoy , lors d’une conversation informelle avec la presse mardi, précisait qu’il déposerait un recours contre une investiture à distance «dès qu’un acte administratif aura été signé».

Le nouveau président du Parlement, que les unionistes présentent comme un indépendantiste radical, a prononcé un discours de conciliation à l’issue de son élection. «J’ai toujours tendu la main à tout le monde», a déclaré Roger Torrent, qui a insisté sur le respect dû «à chacun des députés» et sur la richesse du «pluralisme» catalan. Des propos qui tranchent avec la pratique de la présidence de la Chambre au cours de la dernière législature, notamment les 6 et 7 septembre dernier. La majorité indépendantiste votait alors les textes encadrant l’organisation du référendum d’autodétermination en violation de la Constitution espagnole, des lois catalanes et du règlement du Parlement, et refusait à l’opposition unioniste l’exercice de ses missions de contrôle.

«Le plus loin qu’ils pourraient aller serait de voter l’investiture de Puigdemont sans que ce dernier soit présent dans l’hémicycle.»

Un ministre de Rajoy interrogé par Le Figaro

Quelques minutes après l’élection de Roger Torrent, Carles Puigdemont le félicitait sur Twitter en même temps qu’il lui souhaitait «de la noblesse et du courage». On ignore encore jusqu’où le Parlement souhaite pousser le bras de fer avec Madrid. ERC s’est engagé à «soutenir le candidat de Junts per Catalunya, Carles Puigdemont», une formule imprécise. Torrent, il y a deux semaines, considérait que son parti devait suivre l’avis des juristes de la Chambre, qui ne s’étaient pas encore prononcés.

Si les modalités d’une investiture à distance sont précisées dans la convocation, le gouvernement espagnol saisira les juges qui suspendront d’office la séance. Madrid veut penser que cette suspension serait respectée mais n’écarte aucun scénario. «Le plus loin qu’ils pourraient aller serait de voter l’investiture de Puigdemont sans que ce dernier soit présent dans l’hémicycle, imagine un ministre de Rajoy interrogé par Le Figaro. Mais dans ce cas, l’investiture ne serait signée par personne (le roi et le chef du gouvernement doivent signer le décret de nomination des présidents régionaux, NDLR) et n’aurait aucune valeur légale. Ce serait comme si je montais sur cette table et me déclarais chef de l’État. Vous trouveriez ça drôle, mais cela n’aurait aucun effet.»

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