Strasbourg 1880-1930 : une capitale européenne de la culture ?

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Strasbourg 1880-1930 : une capitale européenne de la culture ?
Estampe représentant Strasbourg. – Crédits photo : Mathieu Bertola/Cabinet des Estampes et des Dessins de Strasbourg © Musées de Strasbourg

CHRONIQUE – Une exposition novatrice démontre que Strasbourg, comme Vienne, Londres ou Paris, fut un creuset européen.

La Neustadt de Strasbourg, «ville nouvelle» édifiée du temps du Kaiser Guillaume II, a longtemps été mal aimée, avec ses dômes en casque à pointe, ses immeubles Renaissance dignes de la Ve Avenue de New York et ses villas en style rococo prussien plus que tardif. Voici cet ensemble architectural éclectique mais cohérent inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial. Pour accompagner cette révolution du regard, la grande exposition conçue par Roland Recht et Joëlle Pijaudier-Cabot au Musée d’art moderne et contemporain évite avec soin une chronologie calquée sur celle que dicte l’histoire: Strasbourg appartint certes au Reich de 1871 à 1918, mais centrer le propos sur la période qui va de 1880 à 1930 fait apparaître de nouveaux phénomènes.

Strasbourg, rivale de Vienne ? Pourquoi pas ? L’exposition ouvre le débat, en prenant le parti risqué mais stimulant de reléguer au second plan la politique, les conflits, le choc des nationalismes

Bouillonnement intellectuel à l’Université, avec une passion pour l’égyptologie, folie dans le domaine des arts décoratifs où les jeunes dessinateurs lorgnent autant vers Émile Gallé que du côté d’un régionalisme fantasmé, frénésie de musique de chambre, d’opéras et de concerts. Strasbourg, rivale de Vienne? Pourquoi pas? L’exposition ouvre le débat, en prenant le parti risqué mais stimulant de reléguer au second plan la politique, les conflits, le choc des nationalismes. Les collectionneurs d’art achètent avec audace, le cinéma s’introduit jusque dans les demeures privées, le Cercle de Saint-Léonard regroupe des créateurs dynamiques, cherchant une troisième voie entre courants français et germaniques. En 1929, Marc Bloch et Lucien Febvre fondent une revue, Les Annales, qui transforme la méthode historique.

Au Palais Rohan, Dominique Jacquot, qui en est le conservateur, a restitué une salle telle qu’elle était au temps où Wilhelm Bode, le Bismarck de l’histoire de l’art, s’employait à en faire un des grands musées d’Europe. À la Bibliothèque nationale universitaire, une exposition parallèle, très originale, s’interroge sur le néogothique en Alsace à l’époque où l’empereur fait reconstruire le Haut-Kœnigsbourg et où les artistes, à l’ombre de la rouge cathédrale, peignent les décors de la Maison Kammerzell – brasserie où la choucroute prenait des saveurs médiévales. Une manière, selon Florian Siffer dans le catalogue, d’ancrer Strasbourg dans l’histoire de la nation allemande, mais pas seulement.

Mariage forcé des troubadours et des Walkyries

Devant ce tourbillon de bannières et de décors héraldiques aux couleurs pures et aux formes géométriques simples, il est tentant de penser aux salles de l’Aubette, place Kléber, conçues à la fin des années 1920 par Sophie Taeuber-Arp, Theo Van Doesburg et Jean Arp, pôle de modernité mal compris par les bons Strasbourgeois d’alors, décoiffés par ce ciné-dancing qu’ils avaient pris pour une salle des fêtes. L’Aubette, avec ses grands panneaux bleus et rouges, procède à l’évidence du mouvement De Stijl. Mais si c’était aussi la suite de cette même histoire, les armoiries de l’avant-garde, l’enfant inattendu de ce mariage forcé des troubadours et des Walkyries? Si le Rhin, d’un siècle à l’autre, indifférent aux tourbillons et à l’écume des jours, avait été un long fleuve plus tranquille qu’on ne l’avait cru?

«Laboratoire d’Europe. Strasbourg, 1880-1930», Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (67), jusqu’au 25 février. Catalogue, Éditions du Musée, 45 €. «Néogothique! Fascination et réinterprétation du Moyen Âge en Alsace de 1880 à 1930», Bibliothèque nationale et universitaire, jusqu’au 28 janvier. Catalogue BNU Éditions, 20 €


 

 

Source:©  Strasbourg 1880-1930 : une capitale européenne de la culture ?

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