Sélection albums : Bach, le Quatuor Ardeo, Bowie, Callahan, Terrenoire et Krakauer

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Sélection albums : Bach, le Quatuor Ardeo, Bowie, Callahan, Terrenoire et Krakauer

A écouter cette semaine : un duo clavecin-piano simple et naturel, un quatuor au programme « patchwork », une réédition, un journal intime minimaliste, un premier album plein de panache et du klezmer truffé de clins d’œil.

Trente ans que les « deux filles aux lunettes noires sur la banquette » de la pochette du disque paru chez NoMadMusic entretiennent un ardent et mutin compagnonnage. En témoignent ces six sonates de Bach, qu’elles partagent en concert depuis plus de vingt ans, aussi engagées qu’expressives, dont la trame dramaturgique se lit d’un seul élan. La sensualité gourmande du violon de Stéphanie-Marie Degand, assuré mais volubile, et la subtilité aventureuse du clavecin de Violaine Cochard, virtuose et sensible, offrent à ces œuvres trop souvent marquées du sceau de la rigueur une humanité bienvenue. Rebond rythmique, joie de respirer ensemble, lignes de chant accordées, tout est simple et naturel, comme si la musique, toutes cordes confondues, coulait de source. Un disque à garder, et à partager. Marie-Aude Roux

2 CD NoMadMusic.

  • Quatuor Ardeo
    XIII
    Œuvres de Claudio Monteverdi, Henry Purcell, Franz Schubert et George Crumb par le Quatuor Ardeo.
Pochette de l’album « XIII », du Quatuor Ardeo.
Pochette de l’album « XIII », du Quatuor Ardeo. KLARTHE

« Je suis souvent hanté par l’idée que toutes les musiques du monde doivent s’assembler pour n’en former qu’une seule. » Maintes fois répétée par George Crumb pour donner un sens à la nature hétéroclite de ses œuvres, cette déclaration suffirait amplement à justifier la tendance « patchwork » du programme conçu par le Quatuor Ardeo autour de Black Angels, le principal « hit » du compositeur américain né en 1929. C’est toutefois le chiffre 13 qui a été placé en exergue de ce parcours étendu sur plus de trois siècles. Une même tonalité (entre un madrigal de Monteverdi et le Quatuor à cordes n° 13, « Rosamonde », de Schubert), une même danse, la pavane (abordée par Purcell et Crumb), et surtout, une même thématique nourrie par la mort entretiennent les correspondances entre les œuvres. Si l’engagement des interprètes conduit à une restitution par trop emphatique de Purcell et de Schubert, il donne lieu à une version idéalement explosive de la partition que Crumb a livrée en 1970 comme un cocktail de références détournées pour marquer son opposition à la guerre du Vietnam. Pierre Gervasoni

1 CD Klarthe.

  • David Bowie
    I’m Only Dancing (The Soul Tour 74)
Pochette de l’album « I’m Only Dancing (The Soul Tour 74) », de David Bowie.
Pochette de l’album « I’m Only Dancing (The Soul Tour 74) », de David Bowie. PARLOPHONE/WARNER MUSIC

Organisée du 14 juin au 1er décembre 1974, la tournée nord-américaine de David Bowie (1947-2016) a déjà connu deux publications phonographiques, David Live (enregistré au Tower Theater de Philadelphie, en juillet 1974, et publié en octobre 1974) et Cracked Actor (concert du 5 septembre à l’Universal Amphitheatre de Los Angeles, publié en juin 2017). Voici un troisième témoignage, I’m Only Dancing (The Soul Tour 74), pour l’essentiel constitué d’un concert au Michigan Palace à Detroit, le 20 octobre. Bowie a alors mis de côté le décor et les nombreux extraits de son album Diamond Dogs présentés au début de la tournée et avance de plus en plus vers sa période soul. Il y a six choristes, dont Ava Cherry et Luther Vandross. Le groupe, avec notamment le saxophoniste David Sanborn, qui accompagne Bowie est moins contraint par des nécessités de mise en scène. Le son est celui d’un très bon pirate, avec un aspect assez brut, des fluctuations de niveaux, fidèles à la vérité du concert. Parmi les temps forts une version pleine d’allant de John, I’m Only Dancing (Again) et les découvertes, pour le public, de futures chansons de l’album Young Americans, dont la chanson titre ou Can You Hear MeSylvain Siclier

2 CD Parlophone/Warner Music.

  • Bill Callahan
    Gold Record
Pochette de l’album « Gold Record », de Bill Callahan.
Pochette de l’album « Gold Record », de Bill Callahan. DRAG CITY

Etonnant comment, à chaque nouvel album, Bill Callahan parvient encore à épurer son trait. Loin de son passé torturé et désabusé, l’auteur-compositeur américain, désormais quinquagénaire rangé, marié et père de famille, s’est mû en chroniqueur sensible de la vie ordinaire, magnifiquement documentée sur A Shepherd in a Sheepskin Vest paru en 2019, grand disque faisant suite à un hiatus de six ans. Autour d’une structure acoustique minimaliste, avec le fidèle guitariste Matt Kinsey, Gold Record s’écarte cependant du format journal intime de son prédécesseur. A partir d’histoires banales du quotidien, l’ex-Smog décline, de sa voix grave et faussement atone, des portraits de personnages de tous bords (un fan de Ry Cooder, un lamentable chanteur engagé, un homme avachi devant sa télévision), parfois à la manière acerbe d’un Lou Reed ou de John Fante, mais toujours profondément humaniste. Une maturité cristallisée sur le superbe Pigeons, l’histoire d’un chauffeur de limousine transportant de jeunes mariés, qui philosophe sur la vie : « Quand vous êtes amants, c’est juste vous, et le reste du monde peut aller se faire voir en enfer, mais quand vous êtes mariés, vous l’êtes au monde entier. » Franck Colombani

1 CD Drag City.

  • Terrenoire
    Les Forces contraires
Pochette de l’album « Les Forces contraires », de Terrenoire.
Pochette de l’album « Les Forces contraires », de Terrenoire. NEUVE/CAROLINE/UNIVERSAL

Six années séparent Raphaël Herrerias, 30 ans, grandi à l’écoute d’une chanson rock ambitieuse (Bashung) et d’une pop expérimentale (Radiohead), de son frère Téo, 24 ans, enfant de l’informatique musicale et de l’électronique de chambre. Réuni sous un patronyme faisant référence à leur quartier natal de Terrenoire, dans la banlieue de Saint-Etienne, le duo s’était fait remarquer par l’intensité ténébreuse de leurs concerts et d’un premier EP (2018). A la fois imprégné par le deuil du père et la force vitale de l’amour charnel, Les Forces contraires, leur premier album, déploie la puissance émotionnelle de leur univers à la croisée de la chanson, des scansions du rap et des paysages électro-soul. On peut pinailler sur quelques détails : un jeu de piano trop basiquement mélancolique, une production manquant parfois de relief et quelques excès plaintifs dans les graves de Raphaël Herrerias (Là où elle est)… Mais le plus souvent, les Stéphanois – à la fois motivés et blessés par leur exil parisien (Jusqu’à mon dernier souffle) – concilient avec panache, profondeur (Le Temps de revenir à la vie, Derrière le soleil), mélodies entêtantes (Dis-moi comment faireMon âme sera vraiment belle pour toi) et une sensualité (Baise moi) inspirée des mutants du R’n’B. Stéphane Davet

1 CD Neuve/Caroline/Universal.

  • David Krakauer & Kathleen Tagg
    Breath & Hammer
Pochette de l’album « Breath & Hammer », de David Krakauer & Kathleen Tagg.
Pochette de l’album « Breath & Hammer », de David Krakauer & Kathleen Tagg. TABLE POUNDING RECORDS/L’AUTRE DISTRIBUTION

Joyeux, malin, truffé de clins d’œil et de fantaisie, ce pas de deux clarinette-piano pétille de légèreté, même dans ses moments plus introspectifs. De la musique klezmer ? Oui, sans doute mais bien plus encore. Pendant que le clarinettiste David Krakauer régale de ses notes suraiguës ou tendres, Kathleen Tagg, pianiste new-yorkaise née en Afrique du Sud, joue la brisure, la cassure impromptue, martèle ou effleure. Utilisant leurs propres compositions qu’ils tricotent et détricotent pour les sampler et faire des boucles, tous deux empruntent également le travail de quelques amis consentants, entre autres le clarinettiste et compositeur Kinan Azmeh (November 22), le percussionniste Roberto Juan Rodríguez (Shron), pensionnaire du label Tzadik de John Zorn, dont ils relisent deux compositions (Ebuhuel et Parzial). Excellent. Patrick Labesse

1 CD Table Pounding Records/L’Autre Distribution.

Marie-Aude RouxStéphane DavetPierre GervasoniPatrick LabesseSylvain Siclier et Franck Colombani

Source:© Sélection albums : Bach, le Quatuor Ardeo, Bowie, Callahan, Terrenoire et Krakauer

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