Que reste-t-il du mouvement Les Jeunes avec Macron?

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Que reste-t-il du mouvement Les Jeunes avec Macron?
Déployés sur toute l’Europe à travers une génération d’étudiants en échange Erasmus, les Jeunes avec Macron (JAM) revendiquent actuellement 27 500 adhérents. Sophie Dupressoir/Hans Lucas via AFP

Les fondateurs de cette initiative de soutien au candidat pour la présidentielle ont depuis fait carrière mais la relève, elle, peine à exister.

Trois ans après avoir contribué à l’élection de leur candidat, Les Jeunes avec Macron (JAM) revendiquent 27.500 adhérents. Mais seuls 10% d’entre eux sont des militants actifs. À l’image de La République en marche (LREM), les JAM ont voulu se démarquer des autres organisations de jeunesse, en «cassant les codes». Les quatre cofondateurs, Jean Gaborit, Sacha Houlié, Florian Humez et Pierre Person, pressentent dès 2015 la carrure de celui
qui n’est alors que le ministre de l’Économie de François Hollande, auteur des fameuses «lois Macron». «À l’origine, je suis plutôt de gauche, je souhaitais soutenir Macron s’il prenait un risque», confie Ludovic Bain, alors étudiant en Erasmus en Lettonie. Et Macron de prendre ce risque.

Les JAM se déploient alors sur l’Europe à travers une génération d’étudiants en échange Erasmus dans les capitales européennes. La veille du second tour, de jeunes étudiants français des écoles de commerce, de Sciences Po et des universités accrochent les drapeaux français et européens dans leurs «colocs» multiculturelles, enthousiastes devant les écrans de télévision affichant le visage d’Emmanuel Macron.

On n’avait aucune feuille de route pour nos actions. J’y voyais plus un tremplin pour les plus ambitieux. Nous étions des faire-valoir pour les médias

Une ancienne JAM

Le plus jeune président de la Ve République remporte 66,1 % des suffrages. Les Jeunes avec Macron posent sur la photo de famille, devant la pyramide du Louvre. Les cofondateurs des JAM sont propulsés par La République en marche (LREM). Sacha Houlié, avocat, fils d’une institutrice et d’un ouvrier, et le juriste Pierre Person sont adoubés par Macron aux élections législatives et deviennent députés. Jean Gaborit, le fils du fauconnier du Puy du Fou, rejoint le service presse de l’Élysée avant de succéder à Alexandre Benalla. Florian Humez, déjà collaborateur parlementaire fin 2016, conseille le président de l’Assemblée nationale avant de devenir chef de cabinet.

«Le mouvement a été une formation pour faciliter les carrières politiques de certains», décrypte une ancienne référente des JAM de Paris, aujourd’hui collaboratrice d’une députée LREM. Mais l’essentiel des militants se tient à distance des sphères du pouvoir, préférant faire carrière dans le privé. «La politique est plus une passion qu’un métier», confie Ludovic Bain, qui a assuré la transition à la tête du mouvement après le départ des fondateurs, avant de travailler dans une banque privée. D’après lui, les JAM sont restés indépendants vis-à-vis de LREM: «C’est plus une start-up qu’un parti politique.»

«Ambiance toxique»

Le vide laissé par ces promotions en série a mis en danger le mouvement de jeunesse incarné essentiellement par la personnalité d’Emmanuel Macron. Martin Bohmert, «très proche des fondateurs» selon son entourage, a été élu pour trois ans délégué général à la tête d’une unique liste en mars 2018, après que les JAM se sont officiellement affiliés à LREM. Cet ingénieur de formation a finalement cédé sa place un an plus tard pour «passer le relai» et faire carrière dans le conseil. «Chez les JAM, il ne s’agit pas de garder les pleins pouvoirs comme dans une dictature et de rester en place pendant vingt ans», justifie l’ancienne référente de Paris. Le mouvement a émis début août des mesures antisexistes «correctrices» pour assurer l’égalité hommes-femmes et lutter contre le harcèlement.

Mais la démocratie interne n’a pas satisfait tous les adhérents. «Je pense qu’il y a une bonne restructuration depuis l’élection d’Ambroise Méjean», admet Matthieu Garel, un ex-JAM. Les statuts des JAM votés début 2018 avaient établi un «comité stratégique» composé de militants de la première heure éloignés du mouvement mais pourtant capables d’émettre un veto sur toute décision du conseil général. «Le programme des municipales à Paris a été pensé par une poignée de personnes après des mois de débats et de conférences au sein des JAM. Le manque de relai des propositions a causé un désengagement massif des adhérents», dénonce-t-il. Il présage une incapacité des JAM à «tenir dans le temps», surtout sans Macron. Un de ses anciens camarades a lui aussi quitté le mouvement, déçu par le «carriérisme» de certains et «l’ambiance toxique» d’un mouvement où «il y a autant de militants que de postes».

Une ancienne JAM a aussi quitté ses fonctions dès 2018, déplorant son manque d’utilité. «À part organiser des afterworks avec des étudiants déjà convaincus, je ne voyais pas bien le but de cette organisation. On n’avait aucune feuille de route pour nos actions. J’y voyais plus un tremplin pour les plus ambitieux. Nous étions des faire-valoir pour les médias.» Ariel Torres, chargé de mission, pense au contraire que «la relève a été pourvoyeuse de propositions». Plus en tout cas que LREM, jugé comme «un mouvement décrépit, vidé de ses cadres depuis les élections de 2017». Une chose est sûre: si Emmanuel Macron veut être réélu, il va avoir rapidement besoin de militants capables de produire des idées. Dans le parti mais aussi au sein de la JAM.



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