Quand le doute s'immisce dans les rangs macronistes

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Quand le doute s'immisce dans les rangs macronistes

ENQUÊTE – Après un été difficile et une rentrée calamiteuse, les proches du président perçoivent chez lui pour la première fois une hésitation qui les inquiète.

Un grand trouble traverse la macronie. Que se passe-t-il avec le président? Depuis quelque temps, celui qu’ils avaient connu si déterminé, si tranchant et si inflexible leur semble désormais hésitant, fébrile voire dépassé. L’été mortifère et la rentrée cataclysmique d’Emmanuel Macron ont laissé des traces. Au point de faire planer sur ses troupes comme l’ombre d’un doute.

L’idée revient en boucle dans la bouche des macronistes. À commencer par l’un des premiers d’entre eux, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. «Peut-être, les uns ou les autres, nous avons manqué d’humilité», a-t-il suggéré mercredi. Il est loin d’être le seul à s’interroger. C’est un autre ministre qui le constate: «Ce président donnait l’impression de décider et de trancher sans hésiter. À partir de l’affaire Benalla, il a commencé à laisser apparaître une part de doute.» C’est un parlementaire en vue qui s’interroge: «Avec le prélèvement à la source, c’est la première fois que je ne comprends pas ce que fait Emmanuel Macron et que je le vois hésiter. Or le doute, c’est l’inverse de lui.» C’est un compagnon de la première heure qui le reconnaît: «Il va sans doute falloir avancer moins à la hussarde et consacrer plus de temps à l’écoute et au dialogue.»

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Quant à Emmanuel Macron, il a lui-même baissé d’un ton. Être président, c’est «un honneur», mais «il y a des jours qui sont faciles et d’autres non», a-t-il glissé lundi à des collégiens lors d’un déplacement à Laval pour la rentrée scolaire. Comme si le président de la République encaissait tout à la fois le contrecoup de l’affaire Benalla, du départ de Nicolas Hulot et de la valse-hésitation sur le prélèvement à la source. En réalité, le changement de ton était amorcé bien avant.

«Manuel Valls a confondu autorité et autoritarisme, il en est mort politiquement»

Dès la fin du printemps, les proches d’Emmanuel Macron avaient identifié des failles dans la gouvernance de l’Élysée. Risque de concentration des pouvoirs, de dérive autoritariste, de péché d’arrogance… le diagnostic était sévère. Et les angles d’attaques potentiellement dévastateurs pour le chef de l’État. «Manuel Valls a confondu autorité et autoritarisme, il en est mort politiquement», rappelle un proche d’Emmanuel Macron.

Dès le mois de juillet, dans son discours du Congrès de Versailles, le président de la République avait d’ailleurs amorcé un changement de ton. «Je sais que je ne peux pas tout et je sais que je ne réussirai pas tout, avait-il alors reconnu devant les parlementaires. Tout président connaît le doute, je n’y fais pas exception. […] Si on est réaliste, on porte l’humilité – ô combien! – mais l’humilité pour soi, pas pour la France.» Le doute et l’humilité déjà.

Il s’agissait alors de préparer la deuxième année du quinquennat et notamment la réforme à haut risque des retraites. «Durant la première année, nous avons fait des réformes structurelles pour lesquelles il fallait aller vite. D’où, par exemple, le recours aux ordonnances qui a sans doute donné cette image très verticale du pouvoir, explique le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. Les projets de la rentrée appellent désormais des méthodes différentes.» Plus de dialogue, d’écoute, de concertation, c’est donc la promesse que joue désormais l’exécutif sur l’air de «le Macron nouveau est arrivé». Voilà pour la forme. Sur le fond, en revanche, rien ne change.

«Ce n’est pas un quelconque trou d’air ou une quelconque baisse de popularité qui va nous émouvoir»

«Ce n’est pas un quelconque trou d’air ou une quelconque baisse de popularité qui va nous émouvoir, jure le sénateur François Patriat. Emmanuel Macron ne laisse pas transparaître le moindre doute sur sa détermination à mettre en œuvre le projet pour lequel il a été élu.» Le chef de l’État est toutefois conscient du trouble qui a saisi sa majorité et, au-delà d’elle, les Français. D’autant que l’épisode du prélèvement à la source a laissé apparaître une nouvelle faille dans le macronisme: l’hésitation. «On a laissé pousser cette graine, c’est embêtant», déplore un membre du gouvernement. En déplacement jeudi au Luxembourg, Emmanuel Macron a tenté de retourner à son avantage cette valse-hésitation d’une semaine sur l’avenir du prélèvement à la source. Il ne faisait que tenir compte des inquiétudes des Français. «Il faut toujours écouter nos concitoyens, a plaidé le président de la République. Je crois dans l’écoute et le doute sain. Entre la réforme qui ne s’arrête pas et l’inaction, il y a l’action réfléchie.» Ou comment concilier l’humilité et la détermination.

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Resserrer les rangs

Car dans sa majorité, le chef de l’État a commencé à resserrer les boulons. Passé le contrecoup de la démission surprise de Nicolas Hulot, la nomination du président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, au ministère de la Transition écologique, a dégagé la voie du Perchoir pour Richard Ferrand, un autre fidèle de la première heure.

«Il y a peut-être un passage à vide dans le marais des macronistes mais chez les cadres, on ne ressent aucune difficulté»

Dans cette opération de reprise en main, tout le monde est prié de marcher au pas. À commencer par celles ou ceux qui viseraient aussi le perchoir. Mercredi matin, la présidente de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, défendait sa candidature en déplorant que Richard Ferrand n’incarne pas assez le renouvellement. Quelques heures plus tard, elle annonçait toutefois se retirer de la course, appelait à soutenir Richard Ferrand et jurait n’avoir reçu «aucune pression».

Côté gouvernement, Emmanuel Macron a là aussi sonné la mobilisation générale. «Le semestre qui s’ouvre ne sera pas plus tranquille ni plus oisif que celui qui précède», a-t-il prévenu mercredi lors d’un séminaire de rentrée à l’Élysée. Et au Palais aussi, la reprise en main est en marche. Avant la grande réorganisation de la présidence de la République annoncée pour la fin de l’année, il a d’ores et déjà remanié le pôle communication en le confiant, là encore, à un fidèle: sa plume Sylvain Fort.

«Il y a peut-être un passage à vide dans le marais des macronistes mais chez les cadres, on ne ressent aucune difficulté, assure un poids lourd de l’Assemblée nationale. Ce ne sont pas les quelques désagréments que l’on subit qui vont nous empêcher d’avancer.» D’abord distillées dans les premiers cercles, les consignes du président de la République commencent à infuser dans la majorité. Emmanuel Macron ne lâche rien, mais avec humilité.


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François-Xavier Bourmaud

Grand reporter au service politique du Figaro

Source : ©Quand le doute s’immisce dans les rangs macronistes

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