Premières embûches pour la présidence Macron

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Premières embûches pour la présidence Macron
Emmanuel Macron lors de son déplacement, le 18 janvier, à l’académie militaire de Sandhurst, au Royaume-Uni. – Crédits photo : HANNAH MCKAY/REUTERS

Sur les prisons, les Ehpad ou les hôpitaux, l’exécutif semble avoir été pris de court. Au point de pousser le chef de l’État à sortir de la stratégie de la parole rare.

Ça tangue. Et même un peu plus fort que prévu. «2018 ne s’annonce pas comme une année facile», soupirait un proche conseiller d’Emmanuel Macron à la fin de l’année dernière. À l’époque, l’exécutif s’inquiétait surtout du programme chargé de réformes pour les six premiers mois de l’année et l’annonce, forcément difficile, de la décision sur l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Comme souvent en politique, la tempête est finalement venue d’ailleurs. Ou plutôt les tempêtes, tant les fronts se multiplient pour l’exécutif, des colères catégorielles aux contestations ponctuelles en passant par les mises en cause judiciaires. «Une poussée de fièvre», minimise un proche d’Emmanuel Macron qui assure toutefois que «le président n’a jamais douté que les difficultés seraient nombreuses». Mais peut-être pas à ce point.

Déçus de leur séjour à Paris pour venir y présenter leurs revendications, les indépendantistes corses ont appelé à une grande manifestation sur l’île avant la visite du président de la République

À la colère des gardiens de prison est venue s’ajouter celle des personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), eux-mêmes rejoints par ceux des hôpitaux publics. Et d’autres menacent aussi de s’embraser. C’est le cas des lycéens à l’approche de la réforme du baccalauréat et la mise en place de la plate-forme Parcoursup. Aux appels à la grève qui commencent à se multiplier, s’ajoutent d’autres dossiers tout aussi complexes à gérer pour le chef de l’État, et là aussi sur tous les fronts.

Déçus de leur séjour à Paris pour venir y présenter leurs revendications, les indépendantistes corses ont appelé à une grande manifestation sur l’île avant la visite du président de la République programmée le 6 février prochain pour commémorer l’assassinat du préfet Érignac. Rassurés de l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les zadistes refusent toutefois d’évacuer le site et menacent d’engager un nouveau bras de fer avec l’État. À cela s’ajoute la grogne des automobilistes contre la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes départementales ou encore les inquiétudes persistantes des élus locaux sur la suppression de la taxe d’habitation sans oublier la contestation qui monte à gauche contre le projet de loi asile et immigration. Un patchwork contestataire difficile à embrasser d’un seul regard et que rien n’a catalysé pour l’instant. «Cela en dit beaucoup sur la colère et l’impatience du pays après trente ans d’immobilisme, observe un visiteur du soir du chef de l’État. Emmanuel Macron assume d’aller vite pour transformer le pays. Jusqu’alors, on avait tellement promis le changement aux Français sans résultat qu’il y a forcément une part de scepticisme.» Et qui s’exprimerait donc dans ces mouvements de colère sporadiques auxquels l’exécutif assure accorder la plus grande attention.

Emmanuel Macron a demandé à ses ministres de se montrer attentifs aux «signaux faibles» de mécontentement comme la tonalité des courriers et des mails ou celle des interpellations publiques

Dès la nomination de son gouvernement en mai dernier, Emmanuel Macron a demandé à ses ministres de se montrer attentifs aux «signaux faibles» de mécontentement comme la tonalité des courriers et des mails ou celle des interpellations publiques lors des déplacements sur le terrain. Certains ont permis de désamorcer des crises en amont, comme sur le handicap, d’autres ont permis d’anticiper des difficultés à venir, comme sur l’inquiétude du monde agricole après les États généraux de l’alimentation. Mais sur les prisons, les Ehpad ou les hôpitaux, l’exécutif semble avoir été pris de court. Au point de pousser Emmanuel Macron à sortir de la stratégie de la parole rare et ciblée qu’il s’était imposée après son élection.

Lors de son déplacement en Auvergne jeudi et vendredi derniers pour présenter ses vœux au monde agricole, le président de la République est sorti du sujet du jour à deux reprises. D’abord pour apporter son soutien à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, dans ses discussions avec les surveillants de prison. Ensuite pour s’expliquer longuement sur sa décision de ne pas construire d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. En parallèle de ces embûches, deux décisions passées reviennent frapper Emmanuel Macron de plein fouet: celles d’avoir exfiltré François Bayrou et Richard Ferrand du gouvernement après leurs mises en cause respectives dans deux affaires alors qu’aucun des deux n’avait été mis en examen. Cette fois, c’est du côté du ministre du Budget, Gérald Darmanin, que vient la tempête. Alors que l’ancien membre des Républicains venait d’intégrer le cercle très fermé de la garde rapprochée du président de la République, ses anciens camarades de droite demandent son départ après l’ouverture d’une enquête préliminaire suite à des accusations de viol. Gérald Darmanin nie et a reçu le soutien du gouvernement. Mais l’épisode vient alimenter le climat de grogne ambiante.


 

Source: Premières embûches pour la présidence Macron

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