Pourquoi la procrastination de la Banque centrale européenne est inquiétante

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Pourquoi la procrastination de la Banque centrale européenne est inquiétante

FIGAROVOX/ANALYSE – Hubert Rodaire analyse le risque déflationniste qui pèse sur la zone euro et dénonce l’immobilisme de la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

Hubert Rodarie est Directeur général délégué du Groupe SMA.

Trois banques centrales majeures viennent de tenir leur réunion mensuelle.

La Réserve Fédérale américaine a poursuivi la hausse de ses taux directeurs et donc sa démarche de normalisation de sa politique. Elle s’appuie sur un contexte favorable en termes d’activité, d’emploi et d’inflation, le tout renforcé par des prix élevés du pétrole car les États-Unis sont redevenus un pays pétrolier. La Banque du Japon et la Banque Centrale Européenne (BCE), elles, ont laissé en revanche leurs dispositifs inchangés.

Est-ce un hasard? Hélas non. Par-delà leurs différences, les contraintes qui pèsent sur ces deux zones monétaires ont des caractéristiques communes: une politique mercantiliste qui fait privilégier un solde commercial élevé et, pour protéger ce solde, le besoin structurel d’avoir une inflation plus faible que leurs concurrents mondiaux. Depuis 10 ans le contexte mondial globalement déflationniste pèse donc très fortement sur la demande et la conjoncture intérieure du Japon et de la zone euro. Elle alimente l’insatisfaction des populations européennes autrefois aisées qui se voient de plus en plus coincées par la double concurrence des populations pauvres, immigrées ou non, et de la robotisation, rendant apparemment irréversible leur éviction de la production industrielle déjà subie lors de la délocalisation de ces trente dernières années.

Depuis 10 ans, le contexte déflationniste pèse très fortement sur la conjoncture intérieure de la zone euro.

La BCE a certes annoncé l’arrêt progressif de son programme d’achat (QE). Mais le seul maintien du stock nécessitera des achats annuels toujours colossaux (182 Mds sur les 12 prochains mois). Elle a repoussé toute hausse de son taux directeur au-delà de l’été 2019. Ses décisions sont-elles sages et pertinentes?

De notre point de vue non. Certes, la BCE a satisfait le côté mercantiliste car, dès cette annonce, l’euro a baissé nettement contre dollar. Mais est-ce sage? Pas sûr. Car cette décision ne prend pas en compte la dynamique qui s’est enclenchée depuis l’arrivée de D.J. Trump et qui se révèle petit à petit. C’est le refus du statu quo sur l’organisation économique mondiale confortée pendant plus de 10 ans par les politiques monétaires de tous les pays.

Ce refus s’installe progressivement, on oserait dire prudemment, au-delà des excès de communication. L’extension, mois après mois, des taxes américaines à 25% sur des produits importés installe dans les faits la réévaluation du Yuan chinois, laquelle aurait dû survenir depuis plusieurs années tant pour tempérer l’activité chinoise et pour enrichir ses consommateurs que pour freiner l’excessif mouvement de délocalisation subi par les pays occidentaux.

Certes, ces nouveaux équilibres ne sont pas évidents à cibler! Mais il faut anticiper et redonner à la zone euro les moyens d’y faire face. Pour ce faire, il faudrait d’abord s’appuyer sur les capacités d’initiatives des entrepreneurs européens en leur redonnant un système financier doté d’un marché libre de taux. C’est-à-dire dont le fonctionnement ne serait plus biaisé par une politique monétaire administrant de facto les taux ; c’est-à-dire aussi avec des acteurs surveillés, et non plus administrés, au moyen de procédures normalisées.

Ce marché libre est le seul système éprouvé pour sélectionner les bons projets d’investissement. Il est d’autant plus indispensable dans un environnement où la liquidité se raréfiera.

Malheureusement les décisions de la BCE repoussent encore cette nécessaire réinstallation. Procrastination ou perte de confiance dans des principes de liberté pourtant toujours affichés? Dans les deux cas, on peut s’inquiéter.

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Hubert Rodarie

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