Plan de relance économique : « Vouloir copier l’Allemagne est une marque de peu d’ambition »

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Plan de relance économique : « Vouloir copier l’Allemagne est une marque de peu d’ambition »

Le président de la CFE-CGC regrette l’absence de contreparties pour les entreprises dans le plan de relance.

Après la présentation du plan de relance, jeudi 3 septembre, François Hommeril, président de la CFE-CGC, critique l’objectif affiché par le gouvernement de vouloir se rapprocher des taux de prélèvements obligatoires pratiqués outre-Rhin, en baissant sans contreparties les impôts de production acquittés par les entreprises.

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Pourquoi critiquez-vous l’absence de contreparties pour les entreprises dans le plan de relance ?

Une fois de plus, les aides qui sont proposées et qui sont financées par de l’argent public ne sont pas suffisamment conditionnées ni ciblées. Ce n’est pas spécifique à ce gouvernement mais cela participe au même phénomène : on distribue de l’argent – ça a toujours, quelque part, un effet positif –, mais c’est surdimensionné. La baisse des impôts de production n’est, par exemple, conditionnée à rien. Dès l’instant où cette baisse va générer une marge supplémentaire, il faut contraindre les entreprises à l’utiliser pour le développement économique et l’avenir des salariés. La compétitivité, quand elle n’est examinée que sous l’angle de la réduction des coûts, est une impasse.

Quelles conditionnalités aurait-il fallu instaurer ?

Tout ce qui est favorable aux investissements concrets, qu’ils soient physiques, dans la formation du personnel, la recherche, le développement des produits ou la conquête des marchés, est positif. Mais nous savons très bien qu’il existe un tropisme économique et financier auquel les entreprises et leur gouvernance sont soumises. Lorsque les employeurs ont la possibilité de comprimer les coûts, ils n’en tirent pas forcément parti pour développer leur entreprise, mais peuvent être tentés par des optimisations financières.

Quel bilan tirez-vous du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), mis en place en 2013 par le précédent gouvernement ?

C’est pour nous une des expériences les plus douloureuses du malentendu que l’on a avec le pouvoir, dès l’instant qu’il prend l’option volontariste d’aider les entreprises par l’utilisation de l’argent public. Le CICE est un échec total. Combien d’emplois ont été créés, compte tenu des masses financières mises en jeu – soit 100 milliards d’euros sur cinq ans ? Le gain est quasi nul.

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Concernant les impôts de production, l’exécutif indique que l’objectif est de se rapprocher des taux de prélèvements obligatoires qui existent chez nos voisins européens, notamment allemands…

Tous nos ministères gouvernent avec la lunette braquée sur l’Allemagne. Pour moi, c’est une marque de peu d’ambition. Je ne crois pas savoir que la France, dans les années 1980 et 1990, ait atteint son positionnement économique international, scientifique et culturel en copiant tout ce que fait l’Allemagne. A ce rythme-là, il n’y a qu’à changer la syntaxe française pour mettre le verbe à la fin des phrases, comme outre-Rhin, parce que c’est plus efficace qu’au milieu ! Nous avons les ressources suffisantes en interne pour trouver les ressorts du développement. Une vision politique, c’est de l’ambition, des valeurs, un cap. Après, on s’organise pour l’atteindre.

Bon nombre des aides allouées aux employeurs sont soumises au respect de certains critères – par exemple celles pour l’embauche des moins de 26 ans…

Elles sont inefficaces car les entreprises ne recrutent que si elles en ont besoin – autrement dit, si elles ont des perspectives en termes d’activité. C’est typiquement le dispositif qui ne crée que des effets d’aubaine, qui coûte à la collectivité et qui ne rapporte rien. Evidemment, les organisations patronales sont souvent friandes de ces mesures, mais je pense qu’actionner un tel mécanisme, qui absorbe des ressources budgétaires, correspond à une vision court-termiste des choses.

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Finalement, vous considérez que ce plan de relance revient à arroser le sable ?

Un programme de ce type doit poursuivre deux objectifs : éviter les faillites en agissant vite et massivement, avec des moyens financiers concentrés sur les entreprises qui font face au risque de stopper leur activité. Le second axe à privilégier concerne les investissements de long terme, dans la recherche, la formation et l’outil de production. Sur le papier, le plan de relance semble être guidé par ces préoccupations, mais il n’est pas assez prescriptif sur les volets où il faudrait qu’il le soit. Par exemple, sur le financement des infrastructures ou des filières d’avenir : nous trouvons que les conditions posées pour relocaliser des productions sur le territoire national sont insuffisantes. Il existe un risque que les aides profitent surtout à des sociétés étrangères, à l’instar de ce qui s’était produit, il y a plusieurs années, avec les dispositifs en faveur de l’industrie photovoltaïque.

Source:© Plan de relance économique : « Vouloir copier l’Allemagne est une marque de peu d’ambition »

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