Natacha Polony : « Changer la vie, c'est la définition même de la politique »

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Natacha Polony : « Changer la vie, c'est la définition même de la politique »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie de son dernier livre Changer la vie, pour une reconquête démocratique, Natacha Polony accorde au Figaro Vox un entretien fleuve. Elle prône une démocratie fondée sur la défense du bien commun.


Natacha Polony est chroniqueuse pour Le Figaro. Son dernier livre, Changer la vie est paru cette année.


FIGAROVOX. – Votre dernier livre prend la forme d’un petit dictionnaire. Durant la polémique #BalanceTonPorc, consécutive à l’affaire Weinstein, on a pu avoir l’impression que les mots avaient perdu leur sens. Certains commentateurs ont mis sur le même plan les viols présumés de Tariq Ramadan, le système Weinstein et de simples propos ou comportements inconvenants…

Natacha Polony, Changer la vie, Pour une reconquête démocratique, Ed. L'Observatoire, 320 p., 18€
Natacha Polony, Changer la vie, Pour une reconquête démocratique, Ed. L’Observatoire, 320 p., 18€ – Crédits photo : ED. L’OBSERVATOIRE

NATACHA POLONY. – J’ai le souvenir, il y a dix ans, d’une enquête sur les violences faites aux femmes, une de ces enquêtes de victimation, comme on en voit de plus en plus. Les questions allaient de «Votre conjoint vous frappe-t-il?» à «Votre conjoint critique-t-il régulièrement votre tenue ou votre coiffure?». Conclusion de l’enquête: un nombre incalculable de femmes était victime de violences conjugales, sans que les gros titres ne précisent qu’on mêlait violence physique et violence psychologique supposée. Une violence psychologique, donc, qui ne pouvait être le fait que des hommes. Car il s’agissait de démontrer à toutes forces que «le système patriarcal tient encore», et qu’il est exclusivement occidental, blanc et hétérosexuel».

Il faut garantir l’égalité entre les hommes et les femmes, et préserver les différences qui nous construisent et compenser celles qui nous aliènent.

Natacha Polony

Derrière l’abolition de toute pensée complexe, le refus de considérer la question de la domination autrement que sous l’angle des «minorités» quitte à effacer du champ de vision la domination économique et sociale. Quitte à prétendre, aussi, qu’il y aurait un continuum entre la condition de toutes les femmes, qu’elles vivent en France ou en Afghanistan! L’enjeu d’une pensée féministe dans un pays comme la France est d’articuler égalité et différence. Les différences entre les hommes et les femmes existent, elles sont sociales, en partie construites, mais aussi naturelles: nous n’avons pas le même corps. Et c’est justement pour cette raison qu’il faut garantir l’égalité, et qu’il faut préserver les différences qui nous construisent et compenser celles qui nous aliènent.

L’écriture inclusive, qui prétend s’inscrire dans un combat féministe, est-elle une forme de novlangue?

Le plus absurde dans ce combat est qu’on voit des féministes défendre mordicus l’écriture inclusive et d’autre la rejeter comme scandaleuse, non pas au motif qu’elle massacre la langue française et condamne les élèves déjà en difficulté à ne jamais accéder à une lecture fluide, mais parce qu’elle perpétuerait cette différenciation genrée qu’il faudrait abolir! Que la langue évolue, c’est souhaitable, mais elle le fait par l’usage populaire et par le travail poétique. Pas par les oukases militantes. La féminisation des noms de fonction entre doucement dans les usages, au gré des besoins, ce qui permet que s’imposent des mots nécessaires et compréhensibles, pas des monstres de laboratoire. Mais certains ont besoin de s’inventer un combat parce qu’ils ont renoncé à tous les autres, et en particulier à la lutte contre les nouvelles formes d’aliénation, à travers la création d’individus consommateurs, hors-sol, n’ayant pour seule fin que de déambuler dans des centres commerciaux pour acheter ce que la publicité leur aura présenté comme un outil d’accomplissement.

Parmi les mots piégés, il y a celui de «libéralisme». Vous préférez employer le terme «néolibéralisme»…

J’ai été frappée, en écrivant notamment mes chroniques pour Le Figaro, des réactions suscitées lorsque j’emploie ce mot, néolibéralisme. Certains se persuadent que «le néolibéralisme n’existe pas», qu’il s’agit seulement de critiquer le libéralisme, réduit lui-même à l’économie de marché. Bref, on n’aurait le choix qu’entre le modèle actuel et la collectivisation soviétique des moyens de production!

Le noélibéralisme repose sur une dérégulation progressive permettant l’appropriation des biens communs et du bien commun par des groupes multinationaux.

Natacha Polony

Or, comment se définit le néolibéralisme? Comme le système mis en place depuis la fin des années 1970 et reposant sur une dérégulation progressive permettant l’appropriation des biens communs et du bien commun par des groupes multinationaux qui se sont arrangés pour s’affranchir des lois qui pèsent sur les citoyens normaux du fait de leur appartenance à un territoire, à un cadre et à une communauté politique. Ces groupes multinationaux sortent du cadre politique et utilisent toutes les possibilités de la modernité, notamment les technologies numériques, pour mieux contourner les règles collectives. En 1971, la fin des accords de Bretton Woods, qui régulaient le système financier mondial, déconnecte la création de monnaie de toute référence à l’économie réelle et consacre la toute puissance du dollar. Reagan et Thatcher seront les principaux promoteurs de la vague de dérégulation qui s’amorcera à la fin des années 70 et au début des années 80. Leur œuvre sera parachevée par la deuxième gauche, qui est en réalité une première droite. L’Acte Unique européen de Jacques Delors en 1986 consacre la libre circulation des personnes, mais aussi des marchandises et des capitaux. Toutes ces dérégulations ont permis à des pouvoirs financiers privés de ne plus être soumis à la loi commune. Et cette idéologie, couplée à l’élargissement de l’Union Européenne, permet à la fois le dumping social et le dumping fiscal à l’intérieur même des frontières de l’Europe. Aujourd’hui, on s’aperçoit que Airbnb paie autant d’impôts en France que 8 profs agrégés en fin de carrière ou que Apple, qui a une capitalisation boursière de plus de 900 milliards de dollars, profite de facilités exorbitantes en Irlande. La construction des traités européens a permis cela, en acceptant qu’il y ait une monnaie unique sans se soucier d’harmonisation fiscale. Le néolibéralisme existe, il est la négation même du libéralisme, qui est la lutte contre les monopoles, et la libre-concurrence. J’attends que les véritables libéraux se réveillent, contre un système qui détruit tout ce qu’ils prétendent aimer, qui freine toute capacité d’entreprendre, qui empêche la concurrence loyale, qui permet aux gros d’écraser les petits, et qui est en train de déchirer tout le tissu économique d’un pays comme la France.

Comment définissez-vous le libéralisme authentique?

Là encore, il faut être précis. Quand on évoque le libéralisme, la plupart des gens entendent la simple propriété privée et la liberté d’entreprendre, bref, l’économie de marché. Et de fait, mis à part quelques militants de Lutte ouvrière, nous sommes à peu près tous pour l’économie de marché, même s’il n’est pas interdit de s’intéresser à des formes d’économie coopérative qui renouvelleraient intelligemment les pratiques économiques. Des coopératives basques à l’expérience des Fralib, il y a beaucoup à apprendre. Mais le libéralisme ne se réduit pas à cela. Et il ne se limite pas non plus à la promotion du pluralisme politique. Le libéralisme s’appuie sur une anthropologie clairement définie dans les œuvres des premiers penseurs libéraux. Le travail de Jean-Claude Michéa permet de comprendre comment cette anthropologie définit l’homme comme un individu rationnel mû par son intérêt égoïste. Et pour réguler entre les appétits des uns et des autres sans risquer de confrontation au nom des valeurs ou des croyances des uns et des autres, seuls seraient acceptables le droit et le marché, axiologiquement neutres. Les relations humaines, dans ce cadre de pensée, ne relèvent que du contrat.

Certains liens peuvent enfermer, mais beaucoup sont aussi nécessaires à l’homme, qui est un être social et politique.

Natacha Polony

Or, cette anthropologie est fausse. L’être humain n’est pas un individu égoïste indépendant de tout lien. Et l’on ne peut faire abstraction de ce qui lui préexiste, une culture, une tradition, une histoire, une généalogie, qui expliquent qu’il lui arrive d’agir en dehors de son intérêt égoïste. Cependant, ce «péché originel» du libéralisme ne doit pas empêcher de constater que celui-ci a aussi permis de faire émerger les droits individuels contre l’emprise de la communauté et des déterminismes qui s’imposaient à l’être humain. Tout l’enjeu est donc là: reconstruire un équilibre pour permettre aux hommes de se libérer des déterminismes qui pèsent sur eux, sans pour autant les jeter dans une société où chacun serait en guerre contre tous. Contre l’exclusion de la pensée binaire, il faut un mouvement dialectique. Car certains liens peuvent enfermer, mais beaucoup sont aussi nécessaires à l’homme, qui est un être social et politique. C’est pourquoi il faut penser une organisation politique et sociale qui conjugue liberté et égalité, émancipation et enracinement.

Autre concept problématique, celui de conservatisme, qui est souvent diabolisé…

A nouveau, la pensée binaire nous conduit à une aporie. Récemment encore, j’étais face à un magistrat vent debout contre la volonté du ministre de l’Education Nationale de ré-autoriser, dans certains cas, le redoublement. Pourtant, on sait qu’un enfant qui quitte le CP sans savoir lire ne rattrapera jamais son retard. Peu importe, cet homme me soutenait, comme souvent, qu’il y avait là l’affrontement entre une vision progressiste et une vision conservatrice de l’école. Tout le problème réside dans le fait que le progrès relève, en Occident, de l’idéologie, il est notre nouvelle eschatologie. La promesse du progrès a été vidée de tout contenu, il ne reste plus que la promesse elle-même. Et l’on ne peut attaquer la promesse, parce qu’on se rendrait compte de ce vide.

« Changer la vie » c’est l’ambition d’améliorer le monde, la vie humaine, et la conviction de cela ne peut passer que par la démocratie en acte, la définition collective du bien commun.

Natacha Polony

Puisque notre société bâtit son édifice sur cette idéologie du progrès, le conservatisme ne peut être qu’une trahison. Aujourd’hui, le terme «défaitiste» revient régulièrement dans le débat public pour désigner des adversaires politiques. Comme si nous étions dans une période de guerre, où il faudrait censurer les pensées négatives, qui ruineraient l’effort national. Pour ma part, je n’arrive pas à penser en bloc. Je mets en avant cette ancienne vertu grecque, la juste mesure. Mon livre s’intitule «Changer la vie» car c’est la définition même de la politique: l’ambition d’améliorer le monde, la vie humaine, et la conviction de cela ne peut passer que par la démocratie en acte, la définition collective du bien commun. Parce que je ne me satisfaits pas de ce monde, de ses injustices, de ses errances, de ses erreurs cruciales, j’aspire à changer certaines choses, comme l’organisation politique ou économique. Mais j’aspire aussi, et peut-être avant tout, à préserver ce qui doit l’être. Je veux changer de modèle pour aller vers une organisation sociale qui permette de préserver et transmettre les beautés de ce monde. Le conservatisme érigé en doctrine se fige, et le progressisme devenu idéologie rend fou. Mais il est des choses à conserver farouchement. Moi, je suis émue devant la splendeur d’une nature préservée, devant des monuments qui frémissent encore du souvenir des hommes qui se sont battus pour les ériger, qui y ont vécu, aimé, souffert, qui sont morts dans ces pierres-là, comme je suis émue devant la quantité de savoir contenue dans l’œuvre d’un artisan, dans tel objet, tel fromage au lait cru… Je suis conservatrice en ce sens, comme les écologistes sont conservateurs, même s’ils ne veulent pas l’admettre. C’est pourquoi notre boussole doit être cette phrase de Georges Orwell: «Quand on me présente quelque chose comme un progrès, je me demande avant tout s’il nous rend plus humains ou moins humains.».

Le mot «laïcité» semble également particulièrement difficile à définir…

Il faut distinguer plusieurs choses. Le combat idéologique aujourd’hui a tendance à essayer de nier le passé et le poids culturel de l’histoire de notre pays. L’histoire n’est jamais figée mais elle préexiste et nous devons tous accepter ce qui nous précède. Je suis toujours frappée lorsque j’entends certains, qui voudraient réduire la laïcité à la loi de 1905, c’est-à-dire à la séparation des Eglises et de l’Etat, alors même que le terme laïcité n’apparaît pas dans cette loi. Ce n’est pas anodin. Vouloir réduire la laïcité au devoir de neutralité de l’Etat, c’est évidemment vouloir la nier et l’instrumentaliser. La séparation est une organisation juridique. La laïcité est un principe politique, que nous avons hérité d’un passé tragique et violent, deux siècles de massacres: les guerres de religion. Il permet, à travers la constitution d’un espace public neutre, de préserver le corps social et politique des divergences qui mettraient en danger la concorde civile.

Le mot de Jean-Pierre Chevènement, qui a tant fait couler d’encre, était très bien choisi : la « discrétion » est une des dimension de la laïcité. Elle s’applique à tous.

Natacha Polony

Dans l’espace public nous sommes des citoyens égaux, unit par des valeurs universelles, et nous gardons pour l’espace privé ces différences qui pourraient nous diviser. C’est presque un principe de politesse: on ne doit pas heurter l’autre avec son «petit moi narcissique», avec l’étalage de sa différence. Le renouveau des demandes narcissiques est la conséquence directe de l’hyper-individualisme. Au contraire, le mot de Jean-Pierre Chevènement, qui a tant fait couler d’encre, était très bien choisi: la «discrétion» est une des dimension de la laïcité. Elle s’applique à tous.

Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour les calvaires de Bretagne, mais la croix de Ploërmel outre qu’elle est une insulte, non à la laïcité, mais à l’esthétique, est un monument récent qui n’a que peu à voir avec une tradition et une histoire. Les églises sont au milieu des villages, c’est l’histoire de la France, c’est aussi sa beauté, on ne va pas les raser. Et l’on peut être musulman et être attaché au patrimoine chrétien, qui fait partie de la culture de ce pays. L’éducation doit y aider, plutôt que de s’ingénier à gommer les racines et l’histoire sous prétexte que certains, arrivés plus récemment, n’y sont pas représentés. En revanche, il faut aussi tenir compte du contexte. Il est nécessaire d’appliquer une laïcité plus stricte qu’il y a 40 ou 50 ans. La société était alors apaisée sur cette question. Nous sommes désormais dans une période tendue. Là où il y a une tradition, il faut la maintenir. Mais quel est l’intérêt de mettre une crèche dans l’entrée d’un conseil régional, d’un bâtiment administratif, plutôt que sur une place ou sous une halle couverte? On ne peut pas donner l’impression qu’il y a deux poids deux mesures. Rappelons simplement qu’un Tariq Ramadan défend farouchement les crèches dans les mairies. Dans les lieux où les musulmans seront majoritaires, il entend bien exiger la pareille.

Quand Plenel parle «de guerre aux musulmans», il joue sur les mots…

«Les musulmans» ça n’existe pas. Edwy Plenel a tendance à oublier que les musulmans ne sont pas tous, très loin de là, des islamistes, des tenants d’un islam politique. Hélas, il brouille la frontière entre musulmans et islamistes de manière inquiétante. D’autre part, quand il emploie le terme de «guerre» à propos de Charlie Hebdo, il suggère donc que Charlie Hebdo aurait déclenché des hostilités contre tous «les musulmans». Cela s’appelle une justification. Après tout, puisqu’une guerre était déclarée, ceux qui ont répliqué étaient en état de légitime défense… Edwy Plenel est trop fin dialecticien pour ignorer ce sous-entendu. Vexé qu’on lui ait chatouillé la moustache, il a sorti l’artillerie lourde. Cela relève d’une instrumentalisation totale de tous les musulmans, tous englobés et utilisés dans la guerre d’Edwy Plenel contre les institutions républicaines

Votre livre s’intitule, «Changer la vie». Pourquoi cette référence à Mitterrand?

Je crois profondément en la démocratie, pas en la gouvernance qui veut nous faire croire qu’il n’y a qu’une seule politique possible.

Natacha Polony

«Changer la vie», c’est tout simplement la définition de tout projet politique véritable. Ce n’est pas un hasard si François Mitterrand choisit ce nom pour le programme commun: c’était avant Reagan et Thatcher, à un moment où l’on voulait encore croire à la politique. Pas pour le meilleur. François Mitterrand a mené une politique dramatiquement contracyclique, nationalisant au moment où le reste du monde dérégulait, offrant la retraite à 60 ans au moment où l’espérance de vie augmentait… Mais cela n’invalide pas l’ambition: la politique consiste à croire que l’on peut «changer la vie». La démocratie sert à cela. Je crois profondément en la démocratie, pas en la gouvernance qui veut nous faire croire qu’il n’y a qu’une seule politique possible.

Macron semble justement incarner une forme de post-démocratie ou de post-politique.

Avec sa subtilité et sa complexité, il en est la quintessence. Il y a une aspiration à une alternative réelle, notamment, c’est tout le paradoxe, chez les électeurs qui se sont abstenus. La seule question qui vaille, est celle-ci: pouvons-nous encore proposer une alternative qui ne soit pas violente? Nous voyons monter des haines et des ressentiments profonds. Le devoir de tout esprit responsable est de penser cet appétit de changement, de répondre aux souffrances profondes de ces citoyens dépossédés. Comment canaliser cette colère? Comment avoir 1789, le peuple souverain, l’émancipation face à une société d’ordre où les destins sont tracés, sans 1793 ; l’abolition des privilèges, la nuit du 4 août, mais sans Robespierre? Le réveil démocratique ne peut venir que d’une prise de conscience de l’urgence de la situation. Il est temps de désespérer Billancourt. Non pas pour se complaire dans la noirceur, mais au contraire parce qu’il n’est pas de sursaut sans conscience de la nécessité du sursaut.


 

Source:©  Natacha Polony : « Changer la vie, c’est la définition même de la politique »

One Response to "Natacha Polony : « Changer la vie, c’est la définition même de la politique »"

  1. Nadia Nad
    Nadia Nad   21 décembre 2017 at 22 h 54 min

    https://www.facebook.com/HashtagWolfmomo/videos/644639529259181/

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