Marche blanche pour Mireille Knoll : «On n'a retenu que l'agitation politique»

Home»A LA UNE»Marche blanche pour Mireille Knoll : «On n’a retenu que l’agitation politique»
Marche blanche pour Mireille Knoll : «On n’a retenu que l’agitation politique»
Marche blanche pour Mireille Knoll : «On n'a retenu que l'agitation politique»
Mercredi soir a eu lieu une marche blanche à Paris en mémoire de Mireille Knoll. – Crédits photo : Thibault Camus/AP

FIGAROVOX/TRIBUNE – Benjamin Sire regrette que la marche blanche organisée mercredi 28 mars en mémoire de Mireille Knoll ait été perturbée par un incident politique, autour de la venue de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Il attribue une part de cette responsabilité au Crif, qui organisait le rassemblement.


Benjamin Sire est compositeur. Citoyen successivement engagé au sein de plusieurs collectifs politiques, il est aujourd’hui membre du Conseil d’Administration du Printemps Républicain.


En ce mercredi 28 mars 2018, nous étions des milliers à défiler silencieusement aux alentours de la place de la Nation pour rendre hommage à Mireille Knoll, sauvagement assassinée quelques jours auparavant, et pour témoigner de notre constant refus de cet antisémitisme qui, depuis des millénaires, cherche sans cesse à forcer les portes de l’Histoire et à servir le banquet du chaos.

Je répondais non seulement à l’appel de mes camarades du Printemps Républicain, mais également, comme la plupart des citoyens présents, à celui de ma conscience et de mon indignation face à ce crime barbare. Dans la journée, les obsèques de Madame Knoll, où s’était rendu le Président de la République, qui avait préalablement prononcé un vibrant hommage à Arnaud Beltrame, lui aussi victime de l’horreur islamiste et symbole de l’héroïsme de certains serviteurs de l’État, s’étaient déroulées dans une grande dignité, laissant l’émotion saisir le pays.

Puis vint la marche.

Une marche, qui malgré l’improvisation et la rapidité de son organisation, dans ce Paris pluvieux de mars, allait réunir une foule compacte et silencieuse, accompagnée en pensées par une partie importante du pays qui avait témoigné de sa compassion et de son empathie pour la victime ici honorée.

Oui, mais voilà…

Dès avant son départ cette marche avait été confisquée et bafouée par ces tristes passions qui secouent la société française autant qu’elles symbolisent la dictature des égos et du paraître de l’ère des réseaux. Elle avait été salie par tous ceux qui quotidiennement creusent la tombe de la dignité et agrandissent le fossé qui sépare les citoyens de leurs élites médiatiques et politiques.

Cette marche avait été confisquée par ces tristes passions qui secouent la société française autant qu’elles symbolisent la dictature des égos.

En lisant dès après la dispersion de la manifestation les comptes-rendus de la presse et des autres médias, cette marche n’aurait été marquée que par l’agitation de trois protagonistes, interchangeables à souhait au gré des circonstances, mais qui mettent la nausée à fleur de lèvres.

Ce jour-là, il y avait une organisation qui dessert chaque jour celles et ceux qu’elle prétend défendre et la cause pour laquelle elle fait mine d’agir: le Crif. Il y avait aussi deux politiciens qui n’étaient là que pour flatter leur amour de la provocation et de leur reflet: Marine le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Le Crif.

En mettant les pieds dans le plat en amont d’une manifestation qui devait faire honneur à la République et à la Nation pour désigner ceux qui étaient admis à y participer, le Crif, par la voix de son président, Francis Kalifat, s’est déshonoré et a invité la polémique là où elle ne pouvait avoir le droit de cité. Il a par ailleurs tenté, alors qu’il fallait convoquer le commun et la France, de transformer cet hommage en transhumance communautaire, alors même que ce communautarisme latent qui nous enserre est la nouvelle plaie d’un pays taillé pour l’universalisme. Cette faute initiale allait entraîner toutes les autres, amenant les protagonistes visés par le Crif à agir en fonction de ses injonctions et la presse à mettre de l’huile sur le feu de cet horripilant barnum. Or, dans la connaissance des personnes concernées, il était évident qu’elles ne céderaient pas et ajouteraient sens du spectacle et de la provocation à leur présence à la manifestation.

Marine le Pen.

Si, comme elle le prétend, elle place l’intérêt national au-dessus des intérêts particuliers, Marine le Pen, entourés de nervis de son camp et d’excités du judaïsme de combat, n’aurait pas dû venir tâcher ainsi cet hommage du sceau de sa présence. Mais pour elle qui ne s’épargne aucune tentative de récupération, l’occasion était trop belle. Puisque le Crif l’avait désignée à ce point indésirable, elle ne pouvait faire l’économie de sa participation, faisant passer l’objet de la marche au second plan. D’autant qu’elle savait que puisque l’accueil qui lui serait réservé serait des plus froids et tendus, les médias se jetteraient sur elle comme les mouches à l’affût d’un cadavre encore chaud. Dans ce moment de recueillement supposé, assister au spectacle de ces perches et caméras s’entrechoquant dans un indécent brouhaha pour saisir les mots de la Présidente du Front National, avait quelque chose de surréaliste qui traduit toute la vulgarité de notre temps. Parce qu’en creux, par l’incessante alimentation de ces polémiques qui ensevelissent toujours l’essentiel, les médias, ne retenant jamais aucune leçon, continuent d’accroître la défiance que le peuple leur témoigne et de creuser les fractures sociétales béantes qui servent justement les extrêmes quand ce n’est pas le complotisme.

Le Cria a tenté de transformer cet hommage en transhumance communautaire.

Jean-Luc Mélenchon

S’il n’avait été au centre de l’improbable assimilation de sa personne avec celle de Marine le Pen effectué par le président du Crif, sans doute sa présence aurait-elle été justifiée. Son remarquable discours à l’Assemblée Nationale à la suite de l’attentat de l’Aude, ainsi que les multiples expressions de son attachement républicain ne méritent en aucun cas l’ostracisme dont il a été personnellement victime dans cette affaire et encore moins les brutalités qui ont accompagné sa sortie du cortège. Supposer la moindre once d’antisémitisme chez le leader de la France Insoumise, comme chez un François Ruffin ou un Alexis Corbière, est au mieux de la bêtise, au pire de l’incommensurable mauvaise foi. Seulement voilà, puisque Jean-Luc Mélenchon aime à mettre en exergue des notions comme la dignité et l’humain, la moindre des choses aurait été qu’il brille hier par son absence pour ne pas voler la marche à celle à laquelle elle était dédiée. Contrairement à Marine le Pen, il a certes émis, suite à sa méchante et brutale éviction de la manifestation, un commentaire fédérateur et ne manquant pas d’une certaine classe, mais il ne peut continuer longtemps à ignorer combien le maintien à ses côtés de personnalités comme Mesdames Amrani, Autain ou Obono brouille totalement les cartes de son propre positionnement. On le dit et le répète sans cesse: la France Insoumise devra faire un choix ferme entre celles et ceux qui en son sein mène leur combat de gauche dans le plus strict respect des principes républicains et de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et le communautarisme et celles et ceux qui, tantôt défendent l’entrisme islamiste, le séparatisme communautaire et confondent la légitime critique du gouvernement israélien avec un antisémitisme à peine déguisé par la prétention antisioniste.

En attendant, ce moment qui devait être celui du recueillement et de l’hommage d’un pays entier à une victime innocente de la barbarie aura été préempté, volé même, par ceux qui se présentent comme des représentants de la nation et de l’opinion et ne font que les diviser pour alimenter leur commerce d’audience.


 

 

Source:© Marche blanche pour Mireille Knoll : «On n’a retenu que l’agitation politique»

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com
fr_FRFrançais
en_USEnglish fr_FRFrançais