Macron reste ferme face aux nationalistes corses

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Macron reste ferme face aux nationalistes corses
Emmanuel Macron, lors de sa rencontre avec le président du conseil exécutif corse, Gilles Simeoni (au milieu), et le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, mardi, à Ajaccio. – Crédits photo : LUDOVIC MARIN/AFP

 

S’il est favorable à ce que la Corse soit mentionnée dans la Constitution, le président a opposé une fin de non-recevoir sur les autres exigences des dirigeants politiques de l’île de Beauté.

Dix drapeaux. Cinq français, cinq européens, aucun corse. Avant même de s’avancer sur la scène du centre culturel Alb’Oru à Bastia, Emmanuel Macron plante le décor d’un discours conçu comme le «climax» de son déplacement dans l’île. Une visite de deux jours pour y réaffirmer l’autorité de l’État alors que les revendications autonomistes reprennent de la vigueur depuis leur victoire aux élections locales de décembre.

Comme la veille, Emmanuel Macron commence par rejeter une à une les revendications des «natios»

Accueilli par un silence de plomb, sans aucun applaudissement, pas même isolé, Emmanuel Macron assure d’emblée aux élus venus l’écouter que «la Corse est au cœur de la République». Le propos fait écho à son discours de la veille, prononcé à Ajaccio, en hommage au préfet Érignac assassiné vingt ans plus tôt. Et comme la veille, Emmanuel Macron commence par rejeter une à une les revendications des «natios». Le statut de résident? «Une impasse juridique et une mauvaise réponse.» La refonte du régime fiscal? «Une liberté pourrait être donnée à la Corse de mettre en place de nouvelles taxes mais il y aura en contrepartie moins de dotations de l’État.» La co-officialité de la langue corse avec le français? «Dans la République française, et d’avant même la République, il y a une langue officielle et c’est le français.» Quant au rapprochement des prisonniers demandé par les autonomistes, le chef de l’État n’évoque même pas le sujet. Une à une, il referme toutes les portes. Sauf une, qu’il garde légèrement entrouverte: la possibilité d’inscrire la Corse dans la Constitution. Mais c’est à revers qu’il accède à cette demande phare des nationalistes. «Ce souhait, je l’entends, je le respecte et je le prends comme une marque de confiance, dit-il. Comme la volonté d’un ancrage fort dans la République.» Ce geste, le président l’assure, «j’y suis prêt». Mais pas sans condition, et plutôt aux siennes. Ce sera dans le cadre de la révision constitutionnelle et de l’article 72. Et donc pas dans le cadre de l’article 74 comme le demandaient les «natios». «Cela suppose maintenant d’obtenir la majorité des trois cinquièmes au Congrès et donc de convaincre la droite de voter la réforme», s’inquiétait d’ailleurs un élu corse à l’issue de discours.

«Faire réussir la Corse dans la République, c’est avant tout régler les problèmes du quotidien»

Emmanuel Macron

Des élus autonomistes et indépendantistes qu’Emmanuel Macron s’est d’ailleurs employé à contourner tout au long de son discours en s’adressant directement au peuple corse plutôt qu’à ses représentants et en insistant sur ce que l’État pouvait leur apporter de concret sur le terrain. «Ce qui m’importe, c’est que nous puissions ensemble répondre aux attentes légitimes des habitants», assurait ainsi le chef de l’État avant de détailler ses propositions secteur par secteur. Pour la sécurité, il promet la tolérance zéro pour la délinquance et le trafic de drogue. Pour la santé, il annonce la construction d’un nouvel hôpital à Ajaccio et la rénovation de celui de Bastia. Sur le numérique, il promet d’accélérer la couverture 4G sur l’île. Sur le logement, il propose l’aide de l’État pour finaliser «la couverture du territoire en documents d’urbanisme». Petit à petit, Emmanuel Macron descend dans le détail de la vie quotidienne des Corses, jusqu’à s’inquiéter de l’impact de la sécheresse sur l’approvisionnement en fourrage pour les troupeaux. «Faire réussir la Corse dans la République, c’est avant tout régler les problèmes du quotidien», résume-t-il.

S’il faut en passer par une réforme de la Constitution pour calmer les ardeurs des indépendantistes, soit. De toute façon, «il y a très peu de Corses dont la vie changera selon que l’on tranche dans un sens ou dans l’autre», évacue-t-il en renvoyant les «natios» aux responsabilités et compétences élargies dont ils disposent désormais dans le cadre de la nouvelle collectivité de Corse. «La collectivité de Corse donne à l’île un statut particulier très décentralisé. Cela implique des responsabilités importantes», explique-t-il comme pour demander aux nationalistes de commencer à utiliser les outils institutionnels dont ils disposent avant de formuler des revendications d’autonomie. Une leçon. Et dont le ton explique sans doute la mine sombre de Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, et de Gilles Simeoni, le président de son conseil exécutif, à l’issue du discours. Sans compter tous les applaudissements qui ont résonné à la fin du discours d’Emmanuel Macron. Après leur entretien de la veille à Ajaccio avec le chef de l’État, les deux hommes avaient annulé leur déjeuner prévu avec lui mercredi midi à Bastia. Ils avaient déjà compris.


 

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