« L’Etat ne va pas pouvoir tenir indéfiniment l’économie à bout de bras » : l’exécutif face à la crainte d’un chômage de masse

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« L’Etat ne va pas pouvoir tenir indéfiniment l’économie à bout de bras » : l’exécutif face à la crainte d’un chômage de masse

Afin de limiter les dégâts, les pouvoirs publics multiplient les annonces depuis le printemps. Les mesures de chômage partiel, décidées lors du confinement et estimées à 24 milliards d’euros, seront prolongées jusqu’au 1er novembre.

Pour l’exécutif, c’est un fait acquis. L’automne sera « désastreux » en matière d’emploi. Les plans sociaux, qui se sont déjà multipliés cet été, vont connaître un boom sans précédent au cours des semaines à venir et des prochains mois.

« On n’a encore rien vu. C’est maintenant que les entreprises font le bilan de leur année et préparent leur prochain exercice. Beaucoup vont se dire qu’elles doivent licencier pour survivre. Les faillites et les suppressions d’emplois commencent maintenant ! », s’alarme un ministre de poids, qui surveille les statistiques des différents secteurs comme le lait sur le feu.

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De fait, le chômage ne s’est pas envolé durant l’été. Le nombre de demandeurs d’emploi a même diminué de 4,1 % en juillet, avec 174 300 personnes de moins inscrites en catégorie A – qui n’ont pas travaillé du tout pendant le mois –, après une envolée lors du confinement (+ 7 % en mars, + 22 % en avril), selon les statistiques de la Dares (la direction des études du ministère du travail), publiées mercredi 26 août.

« Les entreprises sont en train de faire leurs comptes »

Mais cette baisse est en trompe-l’œil : il s’agit essentiellement de personnes qui avaient perdu leur emploi pendant le confinement et ont retrouvé une activité réduite (intérim, temps partiel) avec le déconfinement, engagé le 11 mai. « Les entreprises sont en train de faire leurs comptes. Nous allons avoir des centaines de milliers de chômeurs en plus », assure ce membre du gouvernement.

L’opinion ne s’y trompe pas, qui a placé la lutte contre le chômage en tête de ses préoccupations. Selon un sondage Viavoice publié mercredi par Libération, l’emploi est, pour les Français, l’enjeu prioritaire de cette rentrée (48 %), devant la santé (46 %), l’environnement (40 %) et le pouvoir d’achat (40 %). La sécurité n’arrive qu’en cinquième position (33 %). « C’est pour ça que le président a mis la pression sur les patrons pendant le confinement, pour leur dire de garder les emplois le plus possible », souffle un proche d’Emmanuel Macron.

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Afin de limiter les dégâts, l’exécutif multiplie les annonces depuis le printemps. Les mesures de chômage partiel, décidées lors du confinement et estimées à 24 milliards d’euros, seront prolongées jusqu’au 1er novembre, a annoncé mercredi le premier ministre, Jean Castex, à l’université d’été du Medef.

De même, le dispositif d’« activité partielle de longue durée » – qui permet à une entreprise de faire prendre en charge par l’Etat une partie du salaire de ses employés pour une période allant jusqu’à deux ans – va être développé. « J’encourage toutes les branches dont l’activité va être en dessous de ce qu’elle était avant la crise à se saisir de cet outil », a plaidé la ministre du travail, Elisabeth Borne.

« Dispositifs les plus protecteurs au monde »

Pour faciliter les embauches, l’Etat a aussi annoncé la création de primes pouvant aller jusqu’à 4 000 euros pour les jeunes de moins de 26 ans, et même 8 000 euros pour un apprenti majeur. Du côté des entreprises, les impôts de production seront supprimés, ce qui représente un gain de 10 milliards d’euros, et l’Etat s’est engagé à faciliter les prêts garantis.

« Nous avons déployé les dispositifs les plus protecteurs au monde », se félicite Aurore Bergé, députée La République en marche (LRM) des Yvelines. « Il va y avoir des faillites partout dans le monde. L’objectif, c’est d’être celui qui tiendra le plus longtemps, pour être les premiers à repartir. C’est pour ça qu’on prend des décisions massives », explique-t-on au sein de l’exécutif.

Fait nouveau, c’est surtout le secteur des services qui risque de sortir laminé de la crise sanitaire, alors qu’il avait jusqu’ici été plutôt épargné

Seul hic : l’Etat ne pourra pas sauver tout le monde. A l’Elysée comme à Matignon, on assure que tous les dossiers d’entreprises en difficulté sont abordés de la même manière. « On se démène autant pour sauver La Halle aux vêtements que Renault », relève un conseiller. Cependant, dans les faits, certains secteurs sont plus prioritaires que d’autres. « L’aéronautique, ce sont des décennies de capital humain. On ne peut pas laisser tomber Airbus, Safran, Thales, Dassault… C’est pour ça qu’on y met des milliards d’euros, ce qu’on ne fait pas pour tout le monde », reconnaît un ministre.

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A Bercy, on juge qu’il est inutile, voire contre-productif, de soutenir des secteurs qui, de toute façon, devront être profondément restructurés. « Rien que pour le CHR [les cafés, hôtels et restaurants], l’Etat dépense 100 millions d’euros par mois en mesures de soutien. La France peut-elle se le permettre ? Sait-on si les Français retourneront comme avant dans les restaurants ? Des métiers ne survivront pas s’ils ne se réinventent pas », estime-t-on.

Fait nouveau, c’est surtout le secteur des services qui risque de sortir laminé de la crise sanitaire, alors qu’il avait jusqu’ici été plutôt épargné et restait un gros pourvoyeur d’emplois.

Investir dans des secteurs d’avenir

« Il faut qu’on arrive à trouver le bon équilibre entre protection et projection. Protéger à tout prix peut aussi être contre-productif et empêcher le rebond », souligne Roland Lescure, député (LRM) des Français de l’étranger et président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.

Au sein de la majorité, de nombreux députés militent pour que les 100 milliards d’euros du plan de relance, qui doit être dévoilé le 3 septembre et dont les derniers arbitrages devaient être pris jeudi, lors d’un déjeuner réunissant M. Macron, M. Castex et plusieurs ministres à l’Elysée, soient consacrés à investir dans des secteurs d’avenir, et non à soutenir ceux déjà en difficulté avant le confinement. « L’hydrogène, le quantique, l’immunothérapie… doivent être les priorités. Ce plan doit permettre à la France de sortir plus forte de la crise qu’elle y est entrée », observe-t-on à Bercy.

Pour éviter une nouvelle jacquerie, le gouvernement met en avant les gestes sociaux, comme l’augmentation de 100 euros de l’allocation de rentrée scolaire

Cette politique de l’offre présente un risque, celui de raviver la lutte des classes. « L’Etat ne va pas pouvoir tenir indéfiniment l’économie française à bout bras. Or ceux qui vont être le plus touchés, c’est la vendeuse de Camaïeu ou le serveur de Courtepaille. Là où se recrutent les “gilets jaunes” », craint un membre du premier cercle présidentiel.

Pour éviter une nouvelle jacquerie, le gouvernement met en avant les gestes sociaux, comme l’augmentation de 100 euros de l’allocation de rentrée scolaire ou le passage à 1 euro du ticket repas pour les étudiants boursiers (3,30 euros auparavant) dans les restaurants universitaires. Mais rien ne dit que cela suffira.

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Au sein de l’exécutif, on s’inquiète notamment de l’appel à manifester le samedi 12 septembre, lancé par des coordinations de « gilets jaunes ». L’humoriste Jean-Marie Bigard, très suivi sur les réseaux sociaux, a notamment annoncé qu’il serait « en tête de cortège » pour défendre « tous ceux qui en ch… »« S’il y a du monde à cette manifestation, cela risque de faire repartir le mouvement et les samedis de mobilisation. Ce serait terrible pour les commerçants, qui n’en peuvent déjà plus », redoute un ministre.

Un risque d’autant plus grand que les syndicats pourraient se joindre à la contestation. La CGT a déjà appelé à « une journée d’action et de grève » le jeudi 17 septembre. Le plan de relance, « c’est la continuité de ce qui a déjà été fait. C’est un plan de continuité des aides aux entreprises, des exonérations de cotisations, des suppressions d’impôt pour les entreprises », a justifié Philippe Martinez, le secrétaire général de la centrale, mercredi sur Franceinfo.

« Il y a une angoisse sociale très profonde chez ces gens-là, il faut y répondre », admet un poids lourd du gouvernement. Comment ? C’est tout l’enjeu de la rentrée.

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