Les Palestiniens abasourdis après le rapprochement entre Israël et les Émirats arabes unis

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Les Palestiniens abasourdis après le rapprochement entre Israël et les Émirats arabes unis
Vendredi, à Naplouse, en Cisjordanie, des Palestiniens brûlent des effigies en carton du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, du prince héritier d’Abu Dhabi, Cheikh Mohammed Ben Zayed, et du président américain, Donald Trump. JAAFAR ASHTIYEH/AFP

Divisés et isolés, ils sont d’abord restés sans voix après la percée diplomatique imposée par Donald Trump.

Ramallah

Il y a eu d’abord l’absence de réaction. Trois heures durant, jeudi soir, directement après l’annonce scellant le rapprochement entre Israël et les Émirats arabes unis (EAU), ce fut silence radio du côté de l’Autorité palestinienne, comme abasourdie par un accord dont elle n’avait pas même été informée. Puis très vite, tout s’est enchaîné: le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, dénonçant «un coup de poignard dans le dos»Ramallah«une trahison de Jérusalem et de la cause palestinienne», et sur Twitter, de nombreux Palestiniens traitant Mohammed Ben Zayed (MBZ) de «traître». Hanan Ashrawi, du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine, a été l’une des premières à réagir, souhaitant au prince émirien «de ne jamais ressentir la douleur de vivre en captivité sous occupation, ne jamais voir la démolition de votre maison ou le meurtre de ceux que vous aimez, de ne jamais être vendu par vos “amis”».

Il y a eu aussi, dès le lendemain, tous ces fidèles musulmans à Jérusalem, après la grande prière du vendredi à al-Aqsa, se succédant pour piétiner le portrait du prince émirien et les photos de Donald Trump, de Benyamin Nétanyahou et du cheikh Mohammed, l’homme fort d’Abu Dhabi. Ce samedi, des manifestations ont eu lieu aux quatre coins de la Cisjordanie.

Éviter un effet domino

«C’est inacceptable, précise une jeune Palestinienne de 26 ans qui vit à Ramallah. Inacceptable parce que les Émirats utilisent la cause palestinienne pour se placer en héros auprès de la communauté internationale en disant stopper l’annexion. Mais l’annexion formelle était déjà au point mort. L’annexion de facto et l’occupation sont réalité sur le terrain. C’est une insulte pour nous.» Tous le soulignent: cet accord ne fait qu’officialiser des relations déjà existantes avec lsraël, construites à petites touches depuis plusieurs années, surtout dans le domaine du renseignement. Les liens entre l’Autorité palestinienne (AP) et les Émirats sont au point mort depuis 2012.

Ramallah tente pourtant d’alerter, et cherche à utiliser les quelques marges de manœuvre qu’il lui reste. Pour le moment, les initiatives sont restées vaines. Aucun pays arabe n’a réellement condamné ce rapprochement entre Israël et les Émirats. Aucune réponse n’a été reçue après que les Palestiniens ont réclamé en urgence une réunion de la Ligue arabe ou de l’Organisation de la coopération islamique. La priorité est d’éviter un effet domino sur les autres pays du Golfe. «J’ai écrit à l’Arabie saoudite et au Bahreïn pour leur demander de faire pression sur les Émirats pour qu’ils se retirent de l’accord», précise Saeb Erekat, secrétaire général de l’OLP. «Et pour leur rappeler que la paix durable ne passera que par la solution à deux États.»

Pour que la politique palestinienne au sens large perdure, il faut en finir avec les divisions internes

Nour Odeh, analyste politique

Avec cet accord, toutefois, les Émirats instaurent un nouveau paradigme. En substance: l’occupation de la Cisjordanie – sans fin en vue – est désormais «acceptable», la cause palestinienne n’est plus prioritaire et l’établissement de relations avec Israël ne semble plus tabou pour le monde arabe. «C’est une étape de plus dans l’effort d’officialiser une nouvelle vision du Moyen-Orient, souligne Tareq Baconi, chercheur à l’International Crisis Group. Cela illustre une fois de plus que les dirigeants palestiniens ne sont que spectateurs des événements qui déterminent leur sort, incapables d’influencer les tendances en cours.»

«Mais pour que la politique palestinienne au sens large perdure, il faut en finir avec les divisions internes», suggère Nour Odeh, analyste politique. «Il n’y a d’ailleurs pas de réel désaccord sur les questions fondamentales entre l’OLP et le Hamas. Ils croient en la solution à deux États, veulent un retour aux frontières de 1967». Les derniers rapprochements entre factions ennemies remontent à janvier, lors de l’annonce du plan pour la paix au Moyen-Orient par Donald Trump, et à fin juin, pour se lever contre l’annexion.


 

Source:© Les Palestiniens abasourdis après le rapprochement entre Israël et les Émirats arabes unis

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