Le traité de l'Élysée, acte fondateur de l'amitié franco-allemande, né dans la douleur

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Le traité de l’Élysée, acte fondateur de l’amitié franco-allemande, né dans la douleur
Le traité de l'Élysée, acte fondateur de l'amitié franco-allemande, né dans la douleur
Le chancelier allemand Konrad Adenauer (au centre et à gauche) et le général de Gaulle lors de la signature du traité de l’Élysée, le 22 janvier 1963, à Paris. – Crédits photo : Rue des Archives/Credit ©Rue des Archives/AGIP

Le traité de l’Élysée est devenu le symbole de la réconciliation de l’après-guerre.

Ce traité de coopération franco-allemand, dit traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963, entre le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer, est devenu le symbole de la réconciliation de l’après-guerre. Il s’inscrit pourtant dans un climat tendu, ayant vu les deux pays tâtonner pour tenter de dépasser cette «opposition séculaire» (Robert Schuman).

C’est la IVe République qui fut à l’origine en France de ce rapprochement à travers la relance de l’idée européenne oubliée depuis Briand. Après la Communauté du charbon et de l’acier (Ceca, 1950), Guy Mollet parviendra à imposer en France le projet de Communauté économique européenne (CEE, Marché commun), en particulier grâce au chancelier Adenauer, qui s’était alors rendu à Paris, le 6 novembre 1956, pour y rencontrer son homologue français et adoucir les positions de la France.

À la même époque, en novembre 1956, l’échec humiliant de l’expédition de Suez sous la pression de l’URSS et des États-Unis avait conforté les élites françaises dans l’opinion que le pays n’avait plus le poids qui était le sien dans le jeu international. Cet épisode renforça l’intérêt pour une coopération européenne à Six.

En pleine guerre froide, et alors qu’en 1961 un mur va couper Berlin en deux, les Français croient que les Allemands sont prêts à renoncer à leur fédéra­lisme et à accepter la vision française d’une «Europe des États».

Et c’est ainsi que purent être signés, le 25 mars 1957, à Rome, les traités instituant la Communauté économique européenne (CEE), déjouant de vives réticences (communistes, gaullistes, poujadistes et même Pierre Mendès France qui fit le 18 janvier 1957 un discours original sur les dangers de «l’abdication d’une démocratie»).

Maurice Faure a dit que la signature du traité de Rome fut possible car l’Europe suscitait un faible intérêt dans une France hantée par la crise algérienne. Le retour du général de Gaulle, après le 13 mai 1958, inquiète les Allemands. Il s’est prononcé contre toute Europe fédérale.

Les États sont, pour lui, les «seules entités qui aient le droit d’ordonner et le pouvoir d’être obéies» (Mémoires d’espoir). Mais, le 14 septembre 1958, de Gaulle et Adenauer se rencontrent une première fois à Colombey. Le contact passe. Alors même que le général vient d’achever la rédaction de sa nouvelle Constitution, cette entrevue avec Adenauer est le point de départ d’une série de consultations, pendant quatre ans, entre «ce vieux Français et ce très vieil Allemand» (Mémoires d’espoir). Contre l’assurance tacite que l’Allemagne ne demandera pas sa réunification, les Français acceptent un partenariat privilégié.

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Mais certaines illusions subsistent. En pleine guerre froide, et alors qu’en 1961 un mur va couper Berlin en deux, les Français croient que les Allemands sont prêts à renoncer à leur fédéralisme et à accepter la vision française d’une «Europe des États». L’échec du plan Fouchet, en 1962, mit en lumière deux conceptions de l’Europe: celle des Français et celle des autres, dont l’Allemagne, fédéralistes et atlantistes.

Toutefois, les rencontres entre de Gaulle et Adenauer se poursuivirent durant l’année 1962, Adenauer estimant nécessaire de jouer entre les Américains et les Français. Le chancelier allemand est accueilli en France, tandis que le général de Gaulle obtient un enthousiasme débordant lors de son voyage de septembre 1962 en Allemagne. Le rapprochement semble sur le point de se conclure.

Mais, le 14 janvier 1963, de Gaulle donne une conférence de presse qui faillit tout faire échouer. Il refuse l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Europe. Les Allemands sont furieux ; ils veulent comme les Américains que la Grande-Bretagne puisse intégrer la CEE.

« Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! »

Churchill

Après avoir dénoncé vigoureusement le Marché commun – en 1958, le premier ministre anglais, Macmillan, avait parlé d’un nouveau «blocus continental» comme en 1806 -, les Anglais poursuivent désormais une autre stratégie: pénétrer dans la CEE en essayant de la dissoudre dans une vaste zone de libre-échange. De Gaulle ne veut pas des Anglais car il est resté marqué par la discussion houleuse qu’il avait eue avec Churchill au moment du débarquement de 1944 où les Français avaient été tenus à l’écart.

Le premier ministre britannique s’était énervé: «Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains!» D’après ses proches, le général de Gaulle sera toute sa vie hanté par cette confidence. Ce souvenir était, chez lui, «indélébile», confiait Alain Peyrefitte.

Ce refus gaulliste aurait pu être fatal au traité de l’Élysée. Tout a reposé alors sur la volonté d’Adenauer qui, le 22 janvier, signe malgré l’hostilité d’une partie de son gouvernement. Ce texte va relancer, dit-on à raison, les relations franco-allemandes. Mais pas de la façon euphorique que l’on croit, car les États-Unis ont vu d’un mauvais œil ce rapprochement. Et c’est à la demande de Washington que les députés du Bundestag vont imposer pour la ratification du texte un préambule qui vide le traité à peu près de sa substance. «Un traité, c’est comme les roses ; cela ne dure qu’un instant», dira le Général.

En outre, le contact passe mal entre le Général et le nouveau chancelier, Ludwig Erhard, qui succéda à Adenauer dès le mois d’octobre 1963 (dans l’intimité, de Gaulle traite Erhard de «pauvre type» qui ne voit les choses que par un biais économique ; Erhard est proche de l’ordo-libéralisme de Röpke qui inspira les critères de Maastricht), ainsi qu’avec le ministre des Affaires étrangères, le très conservateur Gerhard Schroeder (sic), tenant de la ligne atlantiste et pro-américaine ; de sorte qu’en 1965 le Général conclura, à propos du traité de l’Élysée, qu’il est, «en beaucoup de matières, demeuré jusqu’à présent à l’état de cordiale virtualité».

Pessimisme un peu excessif, car Erhard respectera le traité et son successeur, Kurt Georg Kiesinger, en saisit mieux tout l’intérêt: lorsque la République fédérale se rapproche de Paris, elle est mieux considérée à Washington que si elle se montre trop au service des Américains, comme à l’époque d’Erhard. Ce fut le début d’une lune de miel qui connut son apogée à l’époque de Giscard d’Estaing et de Helmut Schmidt et dura jusqu’à la réunification, qui changea irrémédiablement la donne en Europe.


Source:©  Le traité de l’Élysée, acte fondateur de l’amitié franco-allemande, né dans la douleur

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