Le Salvator Mundi bouleverse le marché de l'art

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Le Salvator Mundi bouleverse le marché de l'art
Christie’s employees take bids for Leonardo da Vinci’s “Salvator Mundi” at Christie’s New York on November 15, 2017. A 500-year-old work of art depicting Jesus Christ, believed to be the work of Renaissance master Leonardo da Vinci, sold in New York on Wednesday for $450.3 million setting a new art auction record, Christie’s said. “Salvator Mundi,” which the auction house dates back to around 1500, sold after 18 minutes of frenzied bidding in a historic sale, the star lot of the November art season in the US financial capital. / AFP PHOTO / TIMOTHY A. CLARY

DÉCRYPTAGE – L’adjudication record de ce Léonard de Vinci fait entrer le monde des enchères dans une nouvelle ère. Tous les critères d’appréciation sont à revoir.

Le Salvator Mundi, le tableau le plus cher jamais vendu aux enchères, va-t-il changer la face du monde de l’art? La question est sur toutes les lèvres depuis l’adjudication à 450 millions dollars (382,3 millions d’euros) de cette œuvre de Léonard de Vinci, le 15 novembre dernier, chez Christie’s à New York. Beaucoup spéculent sur le prochain bond que pourrait faire le marché s’il franchissait la barre fatidique des 500 millions de dollars…

Les professionnels semblent y croire. Et la chasse au trophée a déjà repris pour trouver la nouvelle icône qui pourrait surpasser ce Salvator Mundi. Certains murmurent qu’il y aurait deux autres Léonard de Vinci encore en mains privées, à savoir des madones, sujet n’ayant pas une aussi forte connotation religieuse que ce portrait du Christ qui avait empêché le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, de l’acheter en son nom propre. D’où le recours à son intermédiaire, le prince Bader Ben Abdullah ben Mohammed Ben Farhan al-Saud, dont l’identité fut révélée par le New York Times.

Léonard de Vinci, «Salvator Mundi», huile sur bois, vers 1500
Léonard de Vinci, «Salvator Mundi», huile sur bois, vers 1500 – Crédits photo : Ilya S. Savenok/AFP

La première madone, dit-on, serait chez un lord anglais qui refuserait de s’en séparer. La seconde, connue sous le nom de Madone de Laroque (du nom du village où elle a été trouvée), avait été achetée par trois amateurs d’art, Jacques Proust, Guy Fadat et François Leclerc, qui ont fait beaucoup parler d’eux en prêtant la toile au Japon, au siège de la Fuji TV, en 2009. En quarante-cinq jours, la Madone avait attiré près d’un demi-million de visiteurs. Ce qui laisse présager d’un nombre d’entrées record pour le Salvator Mundi quand il sera exposé au Louvre Abu Dhabi (l’Abu Dhabi Department of Culture and Tourism s’est en effet déclaré acquéreur de l’œuvre, sans préciser l’origine des fonds) avant de venir, peut-être, au Louvre à Paris en 2019.

Pour cette seconde madone, une Vierge à l’enfant aux côtés de saint Jean-Baptiste (achetée en 1988 pour 1 500 francs!), il n’y a cependant toujours pas de véritable consensus. Si l’historien Daniel Arasse l’attribue seulement à l’atelier de Léonard de Vinci, l’historienne Maïke Vogt-Lüerssen certifie qu’elle est bien de la main du maître. Mais l’expert Carlo Pedretti la donne à Giampietrino, un de ses plus proches élèves. La mort de cette autorité incontestée, le 5 janvier dernier, pourrait tout remettre en cause. Mais si cette œuvre s’avère à 100 % être un authentique Vinci, elle serait, selon les experts, estimée autour de 600 à 700 millions de dollars.

Enchère hors norme

Quoi qu’il en soit, avec ou sans madone, le marché ne sera plus jamais comme avant. «C’est toute une échelle de valeur qui a changé, observe Thomas Seydoux, ancien de Christie’s devenu conseiller en art. Sur quels critères désormais se baser pour qualifier une œuvre de chef-d’œuvre? Avant c’était la qualité, maintenant c’est le prix, poussé par une politique de garanties des maisons de ventes ! Le Vinci était très restauré. Cela n’a pas joué sur la décision. Au contraire, il a surpassé toutes les estimations. Preuve que les normes du passé sont remises en cause. Ce tableau peut avoir un effet entraînant pour d’autres, sur les tableaux anciens dont des inédits dorment dans les coffres mais aussi sur les modernes comme ce Matisse jamais vu depuis des décennies de la collection Rockefeller qui sera proposé mi-mai, autour de 50 millions de dollars, chez Christie’s à New York.»

Il est clair que tout le marché profite de l’enchère hors norme du Salvator Mundi. Jamais la toile n’aurait atteint ce prix si elle n’avait pas été proposée dans une vente d’art contemporain, sortie de son contexte d’art ancien, pour devenir une icône de l’art. «Du coup, les collectionneurs se sont réveillés, observe Philippe Bouchet, souscripteur senior et historien de l’art chez Axa Art Paris. L’un de nos clients a souhaité revaloriser à la hausse l’assurance d’un de ses Basquiat quand il a vu que le collectionneur japonais Yusaku Maezawa va exposer ce mois-ci, au musée de Brooklyn, son trophée, une tête noire sur fond bleu azur, acquis au prix record de 110,5 millions de dollars en mai 2017, chez Christie’s.»

Déjà détenteur d’un autre Basquiat adjugé au prix record de 57,2 millions de dollars en 2016 chez Christie’s, l’entrepreneur, qui a fait fortune dans le commerce de vêtements en ligne et construit un musée à l’est de Tokyo, a tout compris du nouveau business de l’art.

L’acquéreur du «Salvator Mundi» a déjà rentabilisé largement son achat par la billetterie potentielle qu’il peut engendrer

Thierry Ehrmann. fondateur d’Artprice

Celui-ci est devenu un produit marketing très rentable, en termes d’investissement et d’image. Le Salvator Mundi est le symbole même de ce fameux «soft power» qui permet d’exercer une influence sur la scène politique et économique. La toile est de toute évidence le fruit d’une alliance entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis contre le Qatar qui jusque-là dominait le marché, après les achats retentissants en privé (mais largement diffusés pour se faire savoir!) des Joueurs de cartes de Cézanne – 250 millions de dollars en 2011 – et de Quand te maries-tu?, un Gauguin de Tahiti- 300 millions de dollars en 2015.

«Le milliard de dollars sera bientôt atteint aux enchères car ils sont nombreux, ces nouveaux milliardaires d’Asie ou d’ailleurs, à se mettre sur le marché de l’art, produit désormais plus sûr que les actifs financiers, alors que les banques affichent des taux d’intérêt négatifs et prêtent à tour de bras», pronostique de son côté Thierry Ehrmann. Fondateur d’Artprice, il peut, grâce à son site Internet, observer les flux financiers opérant sur un artiste ou un courant du marché. C’est d’ailleurs lui, le premier, qui avait découvert l’origine des fonds pour l’acquisition du Salvator Mundi. «Nous avions minimisé jusque-là l’impact de l’industrie muséale dans le marché de l’art. L’acquéreur du Salvator Mundi a déjà rentabilisé largement son achat par la billetterie potentielle qu’il peut engendrer.» Attention toutefois, il n’y a pas un chef-d’œuvre derrière chaque tableau.


Source:©  Le Salvator Mundi bouleverse le marché de l’art

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