Le Festival de Salzbourg redonne de l’espoir à la culture

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Le Festival de Salzbourg redonne de l’espoir à la culture
Le parterre du Grosses Festspielhaus pour la première de Cosi fan tutte, la semaine dernière. BARBARA GINDL/AFP

Moins de spectacles, jauge réduite, règles sanitaires strictes… La manifestation autrichienne, qui fête son centenaire, a maintenu son édition. La rigueur de son protocole pourrait servir d’exemple.

Une confidence: nous n’avons jamais aimé les entractes. Ils brisent la concentration et vous font sortir de l’œuvre pour vous replonger dans la vie réelle et les conversations plus ou moins intéressantes. Rien que pour cela, l’édition sans entractes du Festival de Salzbourg 2020 nous fut particulièrement délectable! Moins sans doute pour celles et ceux qui cultivent ces espaces de sociabilité mondaine que sont les buvettes, fermées pour cause de mesures sanitaires. Ne le répétez pas, mais on a aussi savouré le fait de n’avoir de voisin ni à gauche ni à droite, et encore moins devant, en raison de la disposition en quinconce: meilleur moyen d’avoir une vue dégagée sur la scène!

Même le directeur du Festival, Markus Hinterhäuser, à qui l’on doit cette édition miraculée, ne serait pas loin de penser comme nous, suggère-t-il à demi-mot, avant d’ajouter toutefois que, «si le Festival peut se permettre une telle perte financière une année, il n’est pas sûr qu’il y survive une seconde fois»…À LIRE AUSSI : Cinq talents du classique sur les routes

Ce festival inespéré, on le doit au sang-froid et à l’optimisme de son directeur et de sa présidente, Helga Rabl-Stadler, mais aussi au discernement de l’État autrichien, qui a édicté suffisamment tôt des règles claires pour la tenue des événements culturels. Où la distance n’est pas requise pour musiciens d’orchestre et chanteurs d’opéra. Après la conférence de presse gouvernementale du 24 mai, Markus Hinterhäuser savait qu’une édition était possible: restaient deux mois pour la mettre sur pied.

Deux opéras, trois pièces de théâtre et cinquante-trois concerts, soit cent dix représentations en tout. Une édition «réduite» du Festival de Salzbourg reste plus fournie qu’une saison entière dans une grande ville! Mais à quel prix? Pour l’édition initiale, 240.000 places avaient été mises en vente, dont 180.000 étaient déjà vendues au moment de tout suspendre. 15 millions d’euros à rembourser.

Se toucher et s’étreindre

La nouvelle formule ne proposait plus «que» 76.000 places à la vente, dont 15.000 n’avaient pas encore trouvé preneur à la mi-juillet. Rien d’étonnant: les Japonais et les Américains, piliers de Salzbourg, ne sont pas là, pas plus que les visiteurs latino-américains, russes et balkaniques. Le public de 2020 sera donc majoritairement germanophone, tout comme celui des hôtels, qui font grise mine… Un peu français aussi, ce qui devrait s’accentuer avec la création, en cette année du centenaire, d’une prometteuse Association des amis français du Festival de Salzbourg, à l’initiative du journaliste musical Bertrand Dermoncourt.

Les équipes ont développé un protocole dont la rigueur intéresse maintenant nombre d’organisateurs. Masque obligatoire dans toutes les enceintes du festival, mais que l’on peut retirer pendant la représentation avant de le remettre au moment des applaudissements. Billets nominatifs, que l’on présente à l’entrée de la salle avec pièce d’identité. Placement obligatoire: pas question d’échanger avec son voisin, de toute façon éloigné d’une ou deux places. Quant au personnel, il est divisé en trois groupes. Les «rouges», chanteurs, acteurs, musiciens d’orchestre, dispensés de distanciation: ils sont testés continuellement et forment un groupe «extraterritorial». Les «oranges», qui sont amenés à être en contact avec les rouges, à commencer par le directeur, qui nous parle par-delà quatre tables de café. Et les «jaunes», qui ne sont pas en contact avec les deux premiers. Le seul cas d’infection détecté jusqu’ici, d’un membre du personnel non permanent, a été immédiatement isolé tout comme ses contacts.À LIRE AUSSI : Pierre-Alexandre Vertadier: «Il n’y aura quasiment aucun concert à la rentrée»

Ce qui nous a le plus frappé en assistant aux représentations d’opéra? Le plaisir de voir sur scène des personnes autorisées à se toucher, à s’étreindre, à se prendre la main. Comme le rappelle Hinterhäuser, la plus belle déclaration d’amour à l’opéra n’est-elle pas «Là ci darem la mano» («Là-bas, nous nous donnerons la main»), dans Don Giovanni? Et d’ajouter: «Depuis combien de temps n’avons-nous pas simplement pris la main de quelqu’un?»

Cette édition, qui célèbre le centenaire de la plus grande manifestation musicale et théâtrale au monde, se veut avant tout, selon Hinterhäuser, «un signal adressé au monde de la culture». Signal que quelque chose est possible même dans les temps incertains. C’était déjà le message de Hugo von Hofmannsthal, Max Reinhardt et Richard Strauss lorsqu’ils fondèrent le Festival de Salzbourg, en 1920, au lendemain du cauchemar de la Première Guerre mondiale : le retour à la civilisation se fera par la culture.

Festival de Salzbourg (Autriche), jusqu’au 30 août. www.salzburg.info


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