Laurent Wauquiez : «La droite n’est pas à vendre à la découpe à LREM ou au RN» 

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Laurent Wauquiez : «La droite n’est pas à vendre à la découpe à LREM ou au RN» 
INTERVIEW EXCLUSIVE – Dans un entretien au Figaro, le président démissionnaire de LR fait le bilan de son action à la tête du parti. «Si la droite n’oublie pas ses convictions ni ce qu’elle est, elle se reconstruira», affirme-t-il.

LE FIGARO. – Vous avez annoncé dimanche sur TF1 votre démission de la présidence de LR. Pourquoi acceptez-vous cette dernière interview?

Laurent WAUQUIEZ. – C’est peut-être paradoxal mais je veux
partager un espoir. Je crois en l’avenir de la droite même si tous les
signes aujourd’hui montrent l’inverse: les âmes mortes chancellent ; les
esprits perdent leur sang-froid. On n’est sûrement pas au bout des
épreuves, je le sais bien. Mais j’appelle à garder l’espoir. Je suis
convaincu qu’il y aura une reconstruction, même si cela prendra du
temps. Pour cela, il y a néanmoins une condition essentielle: on a
besoin d’une droite de convictions. La solution ne viendra pas d’une
droite qui se dilue et ne dit plus rien. «L’adversité et les
tribulations ont du bon parce qu’elles mettent à l’épreuve. Les attaques
préparent aussi les renaissances», explique Péguy. Pour moi, cette
phrase résume tout. Si la droite n’oublie pas ses convictions ni ce
qu’elle est, elle se reconstruira. Et je le souhaite de tout cœur.

Qu’est-ce qui vous a finalement conduit à démissionner?

«J’espère que ma démission permettra de sortir de la querelle des personnes et de travailler sur le fond»

Cette campagne, on l’a portée tous ensemble mais je savais que les
victoires seraient collectives quand les défaites sont solitaires.
J’étais le président de notre famille politique et c’est à moi qu’il
revient de prendre mes responsabilités. Je me suis demandé au cours de
cette semaine qui a été difficile quelle était la meilleure solution
pour la reconstruction de la droite. Était-ce que je prenne du recul? Ou
au contraire fallait-il à tout prix que je reste sur le navire? J’ai
consulté très largement les uns et les autres, j’ai essayé de mettre les
bonnes volontés autour de la table, j’ai regardé si c’était possible.
Mais j’ai vu le danger du retour de la guerre des chefs, le désir de
revanche et au fond un état d’esprit que j’ai connu par le passé et qui
m’a écœuré, comme pendant l’affrontement Copé-Fillon ou pendant la
présidentielle. Je me suis dit tout sauf ça car je sais à quel point
cela est mortel. J’en ai tiré la conclusion que si ma présence était un
obstacle, alors il fallait partir. J’espère que ma démission permettra
de sortir de la querelle des personnes et de travailler sur le fond. Au
fond, il y a deux chemins pour la droite. Entre le reniement et les
convictions, j’ai clairement choisi.

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Mais vous ne remettez pas en cause votre ligne politique malgré le résultat?

Comment croire que l’on peut se reconstruire si on se met à dire, au
lendemain d’une élection, l’inverse de ce qu’on a porté pendant des
semaines? Je fais partie de ceux qui disent la même chose avant et après
une élection qu’on la gagne ou qu’on la perde. Et je me refuse à cette
idée qu’on rajoute à la défaite le déshonneur du reniement. Je ne renie
pas ce que nous avons porté avec François-Xavier Bellamy, je ne renie pas la campagne que l’on a faite.
Ce qui a tué la droite, c’est le sentiment qu’elle remet en cause sa
ligne tout le temps, qu’elle n’a plus de colonne vertébrale ni de
constance. Ça ne servirait à rien. La droite ne se reconstruira pas en
vendant ses convictions pour se racheter de la défaite des européennes.
Le problème, ce n’est pas la ligne, c’est que les gens ne nous croient
plus. Il faut d’abord des paroles claires. Ensuite de la constance dans
les idées que l’on défend. Et surtout il faut des actes forts là où nous
sommes en responsabilité, notamment dans les collectivités locales.

Ne manquait-il pas une autre jambe pour accompagner la ligne conservatrice que vous défendiez?

Je ne sais pas ce que ça veut dire de choisir entre deux jambes.
Évidemment que la droite doit à la fois parler d’économie et de
régalien, à la fois de social et de notre identité. J’ai été un des
premiers à parler de la dérive de l’assistanat par rapport au travail et
à poser la question des classes moyennes ; je me suis inquiété très tôt
de la montée de l’islamisme. Mais au nom de quoi faudrait-il choisir
entre l’un et l’autre? Est-ce que ça veut dire que parce qu’on est
attentif à la dérive de l’islamisme, on ne doit pas avoir de discours
sur la baisse des impôts?

Certains vous reprochent pourtant d’avoir parlé beaucoup
d’identité et d’héritage sans vous adresser aux classes urbaines, aux
jeunes, aux femmes.

«L’écologie, c’est le territoire, un
héritage, une transmission. Ce sont des questions qui sont profondément
portées par la droite»

Les classes urbaines ne seraient pas préoccupées par les questions
d’immigration? Les jeunes et les femmes ne seraient pas préoccupés par
le communautarisme? Je ne crois pas à ça, je ne crois pas que l’avenir
de la droite se fasse dans un dilemme où on se coupe de la moitié de ce
que l’on est et de ce que l’on croit. La droite doit assumer la totalité
de son corpus et son identité politique.

Vous n’avez pas du tout parlé d’écologie. Le regrettez-vous?

Oui, c’était une erreur. La droite doit rapidement s’en saisir et sortir de sa torpeur.
L’écologie, c’est le territoire, un héritage, une transmission. Ce sont
des questions qui sont profondément portées par la droite. C’est à nous
de sortir l’écologie d’un discours uniquement de gauche pour construire
un discours positif.

Beaucoup d’électeurs LR ont voté LREM ou RN. Que s’est-il passé?

On nous a annoncé depuis deux ans la fin de l’opposition entre la
gauche et la droite. Cette mécanique a consisté à réduire la démocratie à
deux nouveaux pôles: les populistes contre les progressistes. Le
résultat, c’est une politique triste parce que l’on vote principalement
contre, contre Emmanuel Macron ou contre Marine Le Pen. Derrière, il
reste un goût d’amertume dans la bouche. Les électeurs LR qui ont voté
RN savent aussi qu’il y a toute une partie du RN qui lorgne l’extrême
gauche et que le discours économique n’est pas sérieux. De l’autre, il y
a un doute profond qui reste dans les têtes des électeurs de droite sur
la réalité du macronisme. Bien sûr que pour quelqu’un de droite,
l’effet d’optique et de comparaison avec François Hollande a créé un
trouble. Mais une fois qu’on accepte de regarder la réalité du pays en
face, ce qu’on voit n’est pas satisfaisant: dérive de la dépense
publique, laxisme sur le régalien, et une pensée libertaire. Il y a trop
de parfum de gauche pour que cela réponde aux aspirations d’un esprit
de droite. Voilà pourquoi je crois profondément à l’avenir de la droite
en France.

En quoi LR justement peut-il être utile dans le débat?

Ni LREM ni le RN ne peuvent redresser le pays. L’un parce qu’il
s’arrête à mi-parcours, l’autre parce qu’il est discrédité par ses
excès. Je crois profondément qu’il y aura un retour à une attente
d’autre chose que l’affrontement stérile entre Emmanuel Macron et les
extrêmes. Pour ça, il y a des conditions essentielles dans la façon dont
la droite doit se reconstruire. Si la droite se conçoit comme un
supplétif d’En marche, soit en créant un grand parti mou de centre
droit, soit en cédant aux sirènes des extrêmes et en courant derrière le
RN, alors elle sera morte. Le macronisme comme l’extrême droite sont en
train de fracturer le pays en opposant les uns aux autres. Je le dis à
mes amis: il ne faut pas baisser les bras, il ne faut pas renoncer.

» LIRE AUSSI – Guillaume Tabard: «Une démission qui ne clôt pas le débat à droite»

Qu’est-ce qui va se passer désormais à la tête de LR?

La reconstruction durable des Républicains ne peut pas se faire sans ses militants, ses bénévoles et ses élus de terrain.

«L’avenir de la droite n’est pas de
se reforger en cherchant des alliances parce que l’on n’aurait pas le
courage de se poser les questions de fond»

L’avenir de LR passe-t-il par un autre parti de droite?

L’avenir de la droite n’est pas dans un parti attrape-tout qui ne dit
plus rien. L’avenir de la droite n’est pas de se reforger en cherchant
des alliances parce que l’on n’aurait pas le courage de se poser les
questions de fond. La droite n’est pas à vendre à la découpe à LREM ou
au RN. Il faut repartir du cœur de la politique: quel est le sens de
l’intérêt général que nous portons, que faire pour que la France ait un
avenir? Nous devons réaffirmer ce que nous sommes. Si on est à droite,
c‘est parce que nous sommes attachés à l’identité de la France. Comment
le faire? En remettant le travail au cœur de la société française. Car
c’est le seul moyen de redresser notre économie, de redonner du pouvoir
d’achat. Mais plus fondamentalement le travail est une valeur, que nous
défendons par opposition à l’assistanat. La droite, c’est la défense du
travail.

Reconnaissez une part personnelle dans cet échec?

Je me suis posé beaucoup de questions cette semaine. Cela a été
évidemment éprouvant sur un plan personnel. Parfois, j’ai un caractère
trop emporté, je le reconnais. Parfois, j’aurais dû avoir une parole
moins directe, je l’admets. Prendre du recul me fera sûrement du bien.
Mais il y a une chose qu’on ne peut pas me reprocher: depuis des années,
je porte les mêmes convictions. J’aimerais que cette part de vérité me
soit reconnue. Les gens jugeront sur la durée.

La présidentielle de 2022, vous y pensez encore?

Aujourd’hui, devant l’immensité de la tâche de reconstruction qui est
celle de la droite, vous ne croyez pas qu’il serait indécent pour
quiconque de penser à une ambition présidentielle? À la place qui sera
la mienne, je soutiendrai toutes les initiatives qui permettront de
reconstruire la droite à laquelle je crois.


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Laurent Wauquiez : «La droite n’est pas à vendre à la découpe à LREM ou au RN» 

Marion Mourgue

Journaliste

Grand reporter au service politique du Figaro en charge du suivi de la droite

Source:© Laurent Wauquiez : «La droite n’est pas à vendre à la découpe à LREM ou au RN» 

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