L'affaire Benalla pèse sur le combat européen de Macron contre le populisme

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L'affaire Benalla pèse sur le combat européen de Macron contre le populisme

Depuis dix jours dans la tourmente de l’affaire Benalla, le président français était en visite officielle vendredi au Portugal.

Il y a une éternité, il y avait une crise des migrants, une zone euro à réformer, une Europe à relancer. C’était le temps d’avant. Celui d’avant la victoire de la France à la Coupe du monde de football. C’était surtout le temps d’avant l’affaire Benalla et ses rebondissements à répétition. Franchissant la chaîne des Pyrénées, Emmanuel Macron a tenté de reprendre le fil de son quinquennat et de son projet européen, d’abord en Espagne jeudi soir, le lendemain au Portugal.

Avec le nouveau président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, et le premier ministre portugais, Antonio Costa, il veut bâtir un axe des progressistes européens pour s’opposer à la montée des populismes partout sur le continent. Mais le poids du boulet de l’affaire Benalla pèse toujours. Et Emmanuel Macron s’en agace. «Tout ça est quand même une tempête dans un verre d’eau», redit-il en arrivant à la Moncloa, le siège du gouvernement espagnol. Il dénonce «un emballement médiatique», assure qu’il défend le travail de la justice, souligne la légitimité du travail des commissions d’enquête au Parlement. «Il y a un président de la République qui est au travail, qui continue et que rien ne troublera», promet-il. Pas même l’étau qui se resserre sur l’un de ses plus proches conseillers, Ismaël Emelien, récipiendaire des bandes de vidéosurveillance de la place de la Contrescarpe.

«Polémiques artificielles»

«La réalité des forces politiques ne doit pas nous conduire à envisager que cette motion puisse amener à censurer le gouvernement d’Édouard Philippe»

Ces images sont censées remettre dans leur contexte la scène où Alexandre Benalla bastonne un manifestant le 1er mai dernier. Des circonstances atténuantes en somme. Ces vidéos, c’est Alexandre Benalla qui les a remises à Ismaël Emelien. Peu après, elles se sont retrouvées sur Internet, diffusées par les comptes Twitter de militants de La République en marche. Puis elles ont été effacées. C’est Mediapart qui a révélé l’histoire. De quoi nourrir le soupçon. Suffisamment en tout cas pour qu’autour d’Emmanuel Macron, on ne se fasse guère d’illusion sur la perspective d’une convocation à venir du conseiller spécial par la commission d’enquête du Sénat.

Mais le chef de l’État n’entre jamais dans le détail de l’affaire. «On verra comment tout cela se terminera», élude-t-il. Le président de la République ne redoute pas les motions de censure déposées contre son gouvernement. «La réalité des forces politiques ne doit pas nous conduire à envisager que cette motion puisse amener à censurer le gouvernement d’Édouard Philippe», explique-t-il. Propos diplomatique.

Dans son entourage, on se réjouit de l’initiative de l’opposition. «C’est la cerise sur le gâteau. Juste ce qu’il nous fallait pour achever de ressouder les troupes», glisse un conseiller d’Emmanuel Macron. À son côté, dans la salle de presse de la Moncloa, Pedro Sanchez n’en mène pas plus large avec son affaire. L’intensité est plus basse mais lui aussi est en pleine polémique. Ses opposants lui reprochent d’avoir utilisé un avion de la République pour aller assister à un concert de rock de The Killers dans la ville de Castellón, à 90 minutes de Madrid. «Laissons tomber les polémiques artificielles et intéressons-nous aux vrais problèmes des gens», se défend le premier ministre espagnol.

Montée des populismes

«Les prochains mois sont décisifs pour les prochaines élections européennes. Soit nous réformons en profondeur l’Europe, soit nous acceptons le statu quo et son délitement progressif»

En Espagne aussi, il y a donc des tempêtes dans un verre d’eau. Chacun dans leur genre, ces deux affaires nourrissent le populisme. Celui-là même qui monte en Europe et contre lequel Emmanuel Macron est venu relancer son combat à Lisbonne. Avec le premier ministre portugais, il participe à une consultation citoyenne organisée à la Fondation Calouste-Gulbenkian. «C’est dans les cinq années qui viennent que se joue le destin de notre Europe, lance-t-il. Les prochains mois sont décisifs pour les prochaines élections européennes. Soit nous réformons en profondeur l’Europe, soit nous acceptons le statu quo et son délitement progressif.»

La rencontre a parfois des allures de meeting, en plus mou. «Le grand clivage qui se jouera lors de ces élections sera entre les progressistes et les populistes», lance Emmanuel Macron. Avec la crise des migrants comme thème principal. À peine réglé le cas de l’Aquarius, ce bateau de réfugiés que l’Italie puis la France avait refusé d’accueillir et qui avait finalement accosté en Espagne, une autre illustration de l’ampleur du phénomène migratoire a pris le relais.

Avant l’arrivée d’Emmanuel Macron à Madrid, quelque 600 migrants africains ont violemment pris d’assaut la double clôture hérissée de barbelés qui protège l’enclave espagnole de Ceuta, jetant de la chaux vive sur la guardia civil. Du jamais vu. Du genre à marquer les esprits et renforcer la montée des populismes. Le prochain scrutin européen se déroule dans moins d’un an. D’ici là, Emmanuel Macron espère bien que le poids du boulet de l’affaire Benalla se sera allégé.


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François-Xavier Bourmaud

Source :© L’affaire Benalla pèse sur le combat européen de Macron contre le populisme

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