L’accueil des migrants : s’inspirer de la sagesse biblique.

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L’accueil des migrants : s’inspirer de la sagesse biblique.L’accueil des migrants : s’inspirer de la sagesse biblique.

Bernard Hadjadj

La condamnation de Cédric Herrou, agriculteur de Breil-sur-Roya, ce mardi 8 août, à quatre mois de prison avec sursis m’a choqué. Certes il a contrevenu à la loi de la République mais ne s’est-il pas comporté conformément à l’éthique ? Cette décision fondée en droit est-elle pour autant juste ? Cette question m’a conduit à chercher des réponses dans les textes anciens. Je vous livre dans ces quelques lignes, des éléments de réflexion.

Le communautarisme suppose des groupements séparés vivant les uns à côté des autres dans un territoire donné. En revanche, la nation ou la communauté nationale suppose de vivre avec l’autre ; « avec » et non pas « à côté » qui est source d’indifférence. La Bible, ce vieux livre que certains se sont empressés de remiser dans les vieux greniers de l’histoire est pourtant riche d’enseignements :

« Si ton frère vient à déchoir, si tu vois chanceler sa fortune, soutiens-le, fût-il étranger et nouveau venu, et qu’il vive avec toi. » (Lévitique 25,35)

Que l’étranger, celui qui vient d’immigrer dans ton pays, vive AVEC toi ! Précisons que « vivre » ne signifie pas « survivre », ce qui implique d’offrir à l’étranger des conditions décentes d’existence.

Rachi de Troyes, célèbre exégète biblique (1040-1105), va définir ce qu’il faut entendre par étranger :

L’étranger-habitant, le guer-tochav, « c’est quelqu’un qui s’est engagé à ne pas se livrer à l’idolâtrie ; mais qui consomme des nevéloth (Charognes). » Voici aussi l’explication qu’en donne le Maharal de Prague à la suite de Rachi : « Qu’est-ce que le guer-tochav ? C’est celui qui a décidé de ne pas rendre culte à des divinités étrangères, et de s’abstenir de manger des bêtes tuées de manière non rituelles (Nevélot). »

On peut comprendre que l’étranger, en s’abstenant de pratiquer l’idolâtrie, doit respecter les fondements de cette société d’accueil qui s’est construite en fidélité au Dieu unique et contre l’idolâtrie. Mutatis mutandis, On pourrait dire qu’il doit respecter les fondements de la République tout en gardant ses coutumes (la consommation de charognes faisant référence à celle d’animaux non tués rituellement).

Ces fondements sont précisés dans l’article 1 de la constitution :

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

C’est ainsi que toute personne vivant sur le sol de France se doit d’être dans la République et de respecter ses lois.

Voilà ce que nous dit André Néher expliquant la pensée du Maharal de Prague : « Le milieu pacificateur dans la vie des hommes, ce n’est pas la neutralité d’un vide qui ne serait ni-l’un-ni-l’autre, mais la plénitude d’une alliance englobant l’un et l’autre, mais la plénitude d’une alliance englobant l’un et l’autre, dans le respect de de l’un-et-de-l’autre, par le parachèvement de l’un-par-l’autre. »[1]

L’intégration des juifs au sein des nations d’accueil a très tôt été considérée comme un impératif dans les textes bibliques ; on peut en juger par cette recommandation inspirée du Prophète Jérémie, voici plus de 26 siècles, à l’endroit de ses coreligionnaires exilés à Babylone :

« Ainsi parle l’Eternel-Cebaot, Dieu d’Israël, à tous les exilés que j’ai déportés de Jérusalem à Babylone: Bâtissez des maisons et habitez-les, plantez des jardins et mangez-en les fruits. Epousez des femmes et mettez au monde fils et filles; donnez des femmes à vos fils, des maris à vos filles, afin qu’elles aient des enfants. Multipliez-vous là-bas et ne diminuez pas en nombre. Travaillez enfin à la prospérité de la ville où je vous ai relégués et implorez Dieu en sa faveur; car sa prospérité est le gage de votre prospérité. » (Jérémie 29,4-7)

Une autre prescription biblique, la création de villes-refuges, peut inspirer notre attitude par rapport à l’accueil des réfugiés :

« Vous choisirez des villes propres à vous servir de cités d’asile: là se réfugiera le meurtrier, homicide par imprudence. Ces villes serviront, chez vous, d’asile contre le vengeur du sang, afin que le meurtrier ne meure point avant d’avoir comparu devant l’assemblée pour être jugé. » (Nb. 35, 11-12)

La Torah orale à travers le midrash précise que la Grand Sanhédrin avait le devoir de s’assurer que toutes les routes conduisant aux villes-refuges étaient aisément praticables et bien signalées.[2]

Modernité du texte biblique au moment où l’Europe fait face à une vague de migrants.

Cette tradition biblique sera reprise par deux philosophes : Emmanuel Lévinas et Jacques Derrida. Emmanuel Lévinas à propos des inégalités sociales écrit : « Le vengeur ou le rédempteur du sang « au cœur échauffé » ne rôde-t-il pas autour de nous, sous forme de colère populaire, d’esprit de révolte ou même de délinquance dans nos faubourgs, résultats du déséquilibre social dans lequel nous sommes installés ? »

Jacques Derrida participa à l’initiative du Parlement international des écrivains pour la création de villes-refuge. Affirmer le devoir d’hospitalité pour y accueillir dignement les étrangers en général, exilés, réfugiés, déportés, apatrides.

Vieille tradition d’accueil et d’hospitalité biblique initiée « au commencement » par le patriarche Abraham. Ethique fondamentale de la Torah qui fait dire à Jacques Derrida : « C’est la culture même et ce n’est pas une éthique parmi d’autres. En tant qu’elle touche à l’ethos, à savoir à la demeure, au chez soi, au lieu du séjour familier autant qu’à la manière d’y être, à la manière de se rapporter à soi et aux autres, aux autres comme aux siens ou comme à des étrangers, l’éthique est hospitalité, elle est de part en part co-extensive à l’expérience de l’hospitalité, de quelque façon qu’on l’ouvre ou la limite. »

  1. André NEHER, Le puits de l’exil, tradition et modernité de la pensée du Maharal de Prague, p.150, cerf,1991.
  2. Devarim, Le midrach raconte, p. 288, édition Salomon Haïm Lehiani, 2013.

4 Responses to "L’accueil des migrants : s’inspirer de la sagesse biblique."

  1. Lazare   14 août 2017 at 11 h 29 min

    Monsieur Hadjadj a raison et le gouvernement israélien devrait s’inspirer du maharal de Prague pour laisser s’installer en Israël les 5 millions de pauvres réfugiés palestiniens.
    Cet article est une preuve supplémentaire de l’alliance de fait entre la gauche juive, qui utilise la thora contre le sionisme et les ennemis du peuple juif.

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  2. Delpard   14 août 2017 at 16 h 30 min

    En général, les articles que je lis sur ce site sont l’expression, du bon sens, de la culture, et parfois même empreints d’une intelligence vive. Ce que j’ai lu est le reflet de la profondeur de la bêtise. J’ignore qui est ce monsieur, mais je serai prêt à le condamner pour médiocrité de la pensée. En prison pour médiocrité comme dans la pièce de Montherllant” la reine morte”. Il pourrait y rejoindre les médiocres que l’Occident aime parce qu’ils sont contre Israël et contre le bon sens.

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  3. Patricia J.S. Cambay   15 août 2017 at 0 h 27 min

    Le fond de cet article est magnifique et j’en connaissais la plupart des pensées en dehors de celle de Derrida, ce dernier n’ayant jamais été ma tasse de thé, ou de Lévinas avec lequel je n’étais pas souvent d’accord.
    Cela dit, je me permettrai d’ajouter qu’en ce qui concerne la forme, elle n’est pas comparable à ce que nous vivons actuellement. Les migrants, en très grande majorité, ne sont pas des exilés, réfugiés, déportés, apatrides. Ces “étrangers” nous arrivent dessus par centaines de milliers, voire millions, et sont “imposés” aux habitants des lieux. Ce qui n’est pas dans la pensée Biblique.
    Décidément, j’ai l’impression que nos “intellectuels” ont oublié que la Sagesse ne voulait pas dire tout accepter, loin de là, et c’est justement la Bible qui sait nous l’apprendre. Être Sage ne veut pas dire être stupide mais être “conséquent”.

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  4. Patricia J.S. Cambay   15 août 2017 at 0 h 44 min

    Quant à ce Cédric Herrou, il n’a certes pas agi par amour de l’éthique sinon il les aurait gardés chez lui. De plus, il y a eu récidive, il savait donc ce qu’il faisait et sur quelle pente savonneuse il s’engageait. Il va pouvoir mieux vendre sa production d’olives…..

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