La tentation eurosceptique de Puigdemont

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La tentation eurosceptique de Puigdemont

VIDÉO – Le sécessionniste invite les Catalans à décider de leur appartenance à l’UE.

Après avoir voté en vain pour quitter l’Espagne, les indépendantistes catalans seront-ils appelés à un référendum pour abandonner l’Europe? C’est en tout cas la dernière idée lancée par le président destitué de la région, le sécessionniste Carles Puigdemont, candidat à sa succession et soudain détracteur de l’Union européenne. Puigdemont a lancé sa proposition depuis la Belgique, où il s’est établi depuis un mois, selon lui pour sensibiliser les institutions européennes à la cause indépendantiste, selon ses adversaires pour fuir l’action de la justice. L’Audience nationale a placé en détention préventive sept de ses ex-ministres régionaux, accusés notamment de sédition et de rébellion, et lancé un mandat d’arrêt contre lui.

À l’occasion d’une interview accordée à la télévision publique israélienne Kan, Puigdemont a qualifié l’Union européenne de «club d’États décadents et obsolescents, dirigé par un petit groupe lié à des intérêts économiques de plus en plus discutables». Il a ajouté que l’UE était «insensible au viol des droits de l’homme parce que cela convient aux intérêts d’une droite postfranquiste», avant d’inviter les Catalans à «décider de leur appartenance à cette Union européenne et dans quelles conditions».

«L’UE est insensible au viol des droits de l’homme parce que cela convient aux intérêts d’une droite postfranquiste»

Carles Puigdemont

Un discours eurosceptique à peine nuancé par une précision: Puigdemont se considère personnellement favorable à l’euro et à l’UE et fera son possible pour «transformer» l’union. L’ex-président catalan ne précise pas s’il compte soumettre la question d’un «Catexit» avant ou après avoir mis en œuvre la sécession de l’Espagne. Cette dernière a été proclamée le 27 octobre par la majorité indépendantiste du Parlement régional, mais abandonnée de fait par ses promoteurs, qui n’ont tenté aucune mesure effective, ne serait-ce que de publier la déclaration au Journal officiel ou d’amener le drapeau espagnol sur le toit du siège du gouvernement catalan.

Si un tel référendum avait lieu dans une Catalogne espagnole, il serait vain: une région d’un État membre ne peut quitter seule une organisation supranationale. S’il était organisé dans un pays souverain, il serait inutile: en vertu de la doctrine Prodi, maintes fois répétée par les dirigeants communautaires, une région qui ferait sécession d’un État membre sortirait automatiquement de l’Union. La question à poser aux hypothétiques citoyens catalans indépendants serait donc de savoir s’ils veulent que leur nouvel État soit candidat non pas à la sortie de l’UE, mais à son entrée.

Motivations électorales

La virulence de Puigdemont tranche en outre avec toute l’histoire europhile de son mouvement, le Partit Demòcrata Europeu Català (PDeCAT), héritier de Convergència Democràtica de Catalunya (CDC) fondée en 1974 par Jordi Pujol – président de la région pendant vingt-trois ans. Auteur du livre Auge y declive de la derecha nacionalista («Essor et déclin de la droite nationaliste», qui retrace l’histoire de CDC et du PDeCAT), le politologue Joan Marcet rappelle que «Convergència et le pujolisme ont toujours été synonymes d’européisme. Les déclarations de Puigdemont contredisent également son récent appel à un arbitrage de l’UE. Cela ressemble à l’accès de colère d’un homme isolé à Bruxelles face à l’absence de soutiens des dirigeants communautaires.»

Des motivations électorales ne sont pas non plus à exclure. À la différence des dernières élections catalanes en 2015, les deux principaux partis indépendantistes, PDeCAT (droite) et ERC (gauche) participent séparément au scrutin du 21 décembre. «La concurrence est rude entre les deux», confirme Marcet. Ce lundi, la numéro deux d’ERC, Marta Rovira, a tenté un difficile exercice d’équilibriste: «Je ne sais pas si un référendum est nécessaire, mais nous ne nous opposons jamais aux urnes. Si une majorité de Catalans le souhaite, il y aura un référendum.» La proposition a suscité en revanche la levée de boucliers des formations hostiles à l’indépendance et des milieux d’affaires.


 

 

Source:© La tentation eurosceptique de Puigdemont

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