La Mostra de Venise brave la pandémie

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La Mostra de Venise brave la pandémieLe festival de cinéma italien a maintenu son édition, qui a lieu du 2 au 12 septembre. C’est le premier grand festival international qui a lieu en présence d’un public depuis l’épidémie due au Covid-19.

Un mur blanc haut de deux mètres masque sur toute sa longueur le tapis rouge qu’empruntent habituellement les stars le long du Palazzo del Cinema, cœur battant de la Mostra de Venise qui, malgré la pandémie, aura lieu du 2 au 12 septembre. Le plus vieux festival du monde résiste. Venise tient l’affiche et entend bien le montrer, fût-ce au prix de quelques entorses au glamour (lunettes noires, décolletés profonds, hors-bord d’acajou fendant les eaux de la lagune) qui jusqu’ici avait été sa marque. Aujourd’hui, la Mostra a trouvé un nouveau slogan : « Moins de paillettes et plus de courage. »

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Ce mur blanc est à lui seul le symbole de la dualité de cette édition 2020, placée sous le signe de la prudence sanitaire et de la renaissance du cinéma, agonisant depuis le début de la pandémie. Après un printemps et un été marqués par des tournages arrêtés, des cinémas fermés, une fréquentation catastrophique, les organisateurs se sentent, à raison, à l’avant-garde de la reconquête. Malgré l’épidémie, les sites d’information et les télévisions du monde entier pourront témoigner de cette résurrection en diffusant les images de vedettes sur le « red carpet ». Le festival est sauvé puisqu’il se projette… Le public, lui, n’en verra rien, séparé de l’objet de son désir par ce sinistre mur blanc. Objectif de ce dispositif ? Eviter les attroupements et la formation de foyers d’infection.

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Un « symbole de redémarrage »

 

Les visiteurs les plus enthousiastes auront tout de même le droit de voir, sur un écran géant installé à proximité, les images du tapis rouge, équivalent de la montée des marches cannoise. Mais pour ne pas provoquer d’attroupement, elles seront diffusées en différé… Toutefois les stars ne seront pas nombreuses sur la lagune.

Roberto Cicutto, le président de la Biennale de Venise : « La Mostra met tout en œuvre pour assurer 50 % de la sécurité ; l’autre moitié, c’est au public de la fournir en respectant les protocoles et les règles anti-Covid-19 »

 

L’actrice britannique Tilda Swinton devrait faire le déplacement pour recevoir un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière. Cate Blanchett et Matt Dillon, respectivement présidente et membre du jury (où figurent également Ludivine Sagnier et Christian Petzold), devraient accaparer les objectifs des paparazzis. Les plus mordus pourront également se rendre dans les quelques cinémas de la Péninsule qui diffuseront les images de l’inauguration à laquelle participeront six autres directeurs de festivals (Berlin, Cannes, Locarno, etc.), venus témoigner de leur solidarité en faisant le voyage jusqu’à la lagune.

« La Mostra 2020 est un symbole de redémarrage, explique Roberto Cicutto, le président de la Biennale de Venise, dont la Mostra est l’une des facettes. Ce n’est pas seulement le premier grand festival international qui a lieu en présence d’un public, mais c’est aussi un laboratoire de vivre-ensemble dans la situation sanitaire en cours. La Mostra met tout en œuvre pour assurer 50 % de la sécurité ; l’autre moitié, c’est au public de la fournir en respectant les protocoles et les règles anti-Covid-19. »

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Celles-ci sont drastiques. Ainsi, l’accès à la zone du festival sur l’île du Lido sera autorisé par sept voies, toutes équipées de caméras thermiques pour contrôler la température des festivaliers. Passé 37,5º C, il faudra rebrousser chemin et envisager sérieusement une quatorzaine. Ceux-là peuvent s’estimer privilégiés : les ressortissants des pays n’appartenant pas à l’espace Shengen devront, eux, présenter un test PCR négatif et en subir un autre à leur arrivée. Bien sûr, le port du masque sera obligatoire au cours des projections, lesquelles ont été multipliées alors que la capacité des salles a été fortement réduite pour permettre la distanciation physique.

La part belle aux films italiens

 

La Mostra aura donc bien lieu, fût-ce dans des conditions acrobatiques, dont témoigne le choix des dix-huit films en compétition officielle. Les blockbusters américains, qui trouvaient à Venise un accueil toujours bienveillant, y compris lorsqu’ils étaient produits et diffusés par des plates-formes sans passer par les salles, sont absents.

Conséquence de la pandémie ou véritable option éditoriale : huit réalisatrices, dont la Française Nicole Garcia, participent à la course au Lion d’or

 

L’édition 2020 fait la part belle aux films italiens, à l’image de Lacci de Daniele Luchetti qui ouvrira, hors compétition, le festival. Quatre longs-métrages transalpins sont programmés. Toutefois, Nanni Moretti et son Tre Piani a préféré retenter sa chance à Cannes en 2021 plutôt que de griller une cartouche sur la lagune… Conséquence de la pandémie ou véritable option éditoriale : huit réalisatrices, dont la Française Nicole Garcia avec le très réussi Amants (projeté le 3 septembre), participent à la course au Lion d’or.

Pour la Cité des Doges, la tenue de cette Mostra est un signal d’espoir. Le premier depuis l’arrêt précipité du carnaval, en février, puis le report de la Biennale d’architecture, et la fête du Redentore, point culminant de l’été vénitien. Aussi, l’ouverture de la Mostra, même a minima, marque-t-elle pour Venise une esquisse de redémarrage, alors que l’activité touristique, vitale pour la ville, repart doucement et que la plupart des hôtels de luxe ont rouvert en ordre dispersé, malgré la disparition des clientèles américaine et asiatique. Cette situation artistique, économique et sanitaire a fait dire à Alberto Barbera, le directeur du festival : « Pouvait-on ne pas faire la Mostra ? Oui. Devait-on éviter de la faire ? Peut-être. Mais pour nous, la bonne réponse est : on ne pouvait pas ne pas la faire. »

Fatalisme ? Prise de risque inconsidérée ? Venise en a vu d’autres. Projeté lors d’une cérémonie rituelle de pré-ouverture mardi 1er septembre, le documentaire Molecole d’Andrea Segre explore la lagune au temps du Covid-19, alors que Lasciami andare, de Stefano Mordini, qui sera présenté en clôture du festival, se déroule pendant la spectaculaire acqua alta (inondation) de 2019. Parfait symbole d’un festival entre deux eaux, entre deux maux.

 

 

Source: © La Mostra de Venise brave la pandémie

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