Jacques-Olivier Martin: «Coronavirus: l’exception chinoise»

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Jacques-Olivier Martin: «Coronavirus: l’exception chinoise»

CHRONIQUE – La Chine qui pour le moment ne connaît pas de retour de l’épidémie, échappera à la récession cette année.

Il faut se rendre à l’évidence, il y a bien une exception chinoise dans cette crise du coronavirus. Exception sanitaire d’abord. Alors que l’Europe subit une deuxième vague qui pousse certains États à un reconfinement léger, la Chine ne connaît pour l’heure aucun retour de l’épidémie. Enfin, presque: six cas ont été détectés il y a huit jours à Qingdao, un port du nord-est du pays. Exception économique également. Seule la Chine échappera à la récession cette année. Le Fonds monétaire international (FMI) a même revu à la hausse la croissance de l’empire du Milieu pour 2020 (+ 1,9% selon les dernières prévisions).

Il est vrai que, depuis des mois, les signaux repassent au vert. Dès le mois de juillet, les industriels européens assuraient que leurs usines chinoises avaient pleinement redémarré, y compris dans la région désormais célèbre de Wuhan. La ville d’où est parti le virus a même annoncé une hausse du nombre de touristes locaux en septembre comparé à l’année 2019. Autre preuve du retour de la confiance, le net redémarrage des ventes automobiles. En septembre toujours, près de 2 millions de véhicules neufs ont été vendus, soit autant que les ventes annuelles en France, et encore les bonnes années.

Le sacre de Xi Jinping

Ce succès, s’il n’est pas démenti par un retour du coronavirus, aura des conséquences importantes sur le long terme. Politiques bien sûr, en renforçant le pouvoir de Xi Jinping qui pourra se targuer d’avoir montré au monde entier que l’État aura su éviter au pays le plus peuplé de la planète de plonger dans une épidémie redoutable. Il affermira aussi la fierté d’une nation qui veut devenir la première puissance économique de la planète.

Une gestion réussie de cette épidémie serait aussi une victoire contre Trump qui a engagé une guerre commerciale et technologique impitoyable contre la Chine, et peine à gagner la bataille contre le coronavirus.

Si, en outre, le pays est en mesure de commercialiser des vaccins efficaces contre le Covid-19 avant les laboratoires occidentaux, l’empire (il n’y aura pas d’autre mot) du Milieu entrera de plain-pied dans le cercle des puissances de la santé. Autant dire le sacre d’un capitalisme autoritaire.

L’Or noir, Pouyanné et Schumpeter…

Les trajectoires boursières ne mentent pas: les six majors occidentales du pétrole baissent depuis de longs mois et ne valent désormais globalement moins que la seule capitalisation boursière de Facebook. Il y a deux ans, Total pesait autant que LVMH. Aujourd’hui le géant du luxe affiche une valeur boursière 2,5 fois supérieure à celle du champion français du pétrole.

Passent les jours, passent les semaines, personne ne veut croire que le temps du pétrole revienne. Les marchés, qui cherchent à se positionner sur les énergies d’avenir, mènent un grand chassé-croisé des valeurs énergétiques. Il y a quelques jours, NextEra Energy, acteur américain des éoliennes, est devenu la première valeur énergétique aux États-Unis devant Exxon, descendant de la Standard Oil de Rockefeller… Tout un symbole. En Europe, l’électricien italien Enel a doublé BP et Total et pourrait passer Shell prochainement.

Les investisseurs conduisent leur transition énergétique. Ils passent ainsi du noir au vert, du moteur à explosion à la propulsion électrique. Une transformation profonde est bel et bien à l’œuvre, menée par des entrepreneurs soutenus par des marchés financiers, mais aussi des industriels de l’ancien monde bien décidés à passer d’une révolution industrielle à l’autre. Le pari est osé, compliqué, mais n’est pas impossible à relever, en tout cas chez les groupes européens. À défaut de produire les pépites de la révolution technologique, les fleurons du Vieux Continent démontrent régulièrement leur capacité à se transformer et à prospérer d’une révolution à une autre.

Saint-Gobain – 400 ans d’histoire – est l’un des meilleurs exemples de cette agilité séculaire. À la destruction schumpeterienne, Patrick Pouyanné, le PDG de Total, a ainsi fait le choix d’une transformation créatrice qui consiste à verdir au plus vite le groupe pétrolier. Réussira-t-il? C’est une question de survie pour les majors…

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