Italie : faut-il redouter des conséquences sur la zone euro ?

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Italie : faut-il redouter des conséquences sur la zone euro ?

LE SCAN ÉCO – La coalition antisystème qui se met en place à Rome n’a pas caché ses intentions de pratiquer une politique de relance en laissant déraper son déficit et sa dette publique, déjà très importants. Les mises en garde se multiplient en Europe.

Le président italien, Sergio Mattarella, a chargé mercredi Giuseppe Conte, un juriste proposé par les antisystème et l’extrême droite, de former le prochain gouvernement, après 80 jours de tractations à la suite des élections législatives. À Bruxelles, le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a appelé le pays à apporter «une réponse crédible» sur sa dette publique, la deuxième plus élevée de la zone euro après celle de la Grèce. Depuis quelques jours déjà, les avertissements se multiplient de la part des dirigeants européens et les marchés financiers s’inquiètent des projets des vainqueurs des élections législatives du 4 mars. Que redoutent-ils? Pourquoi ces avertissements? Éléments de réponse.

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• Un programme très coûteux

La coalition portée au pouvoir en Italie, composée du Mouvement 5 étoiles, un parti antisystème, et de la Ligue, un parti d’extrême droite, propose un programme qui apparaît très coûteux. Baisses drastiques d’impôts, instauration d’un revenu de citoyenneté, abaissement de l’âge de départ à la retraite alors que l’Italie est le deuxième pays le plus vieux du monde… Mais aussi d’autres dépenses publiques comme la construction de prisons ou l’augmentation des effectifs de policiers.Les deux partis s’engagent aussi à sauver et à relancer Alitalia, estimant que l’Italie a besoin d’une compagnie aérienne nationale. Ils remettent également en cause le projet de liaison ferroviaire Lyon-Turin. Un renoncement qui pourrait coûter plus de 800 millions d’euros, soit le montant des aides européennes déjà touchées pour ce projet.

«On ne sait pas trop comment ils vont financer tout ça. Mais au total, ce programme de relance – plus de dépenses et moins d’impôts – est estimé à plus 100 milliards d’euros. Soit l’équivalent de 5 points de son produit intérieur brut» (PIB), calcule Céline Antonin, économiste à l’OFCE et spécialiste de la zone euro. «Après, c’est ce qui est affiché. Ce n’est pas forcément ce qui va arriver. Mais cette relâche en matière budgétaire inquiète les partenaires européens et les marchés financiers», explique-t-elle.

Le problème de la dette

Pourquoi ces inquiétudes? L’Italie, troisième puissance économique européenne, est, après la Grèce, le deuxième pays le plus endetté de la zone euro. Selon les dernières prévisions économiques de la Commission européenne, publiées le 3 mai, la dette publique italienne devrait s’élever à 130,7% du PIB en 2018, puis 129,7% en 2019, contre 131,8% en 2017. Seule la Grèce fait pire avec 177,8% du PIB cette année, puis 170,3% en 2019, contre 178,6% en 2017. «Si le programme du M5S et de la Ligue est mis en œuvre, il ferait bondir cette dette et risquerait de creuser le déficit», explique Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of management.

«Ce pays est particulièrement exposé au risque de solvabilité publique», poursuit l’expert. Le programme étant très dépensier, la dette risque d’exploser et le déficit public de se creuser. Un observatoire des comptes publics de l’Italie a calculé que le projet de coalition ferait passer le déficit public italien de 108,7 à 125,7 milliards d’euros par an. Soit une augmentation du déficit public de 6% à 6,9% du PIB.

Ce scénario effraye les marchés financiers, qui redoutent que l’Italie soit, à terme, incapable de rembourser sa dette. Leurs inquiétudes se sont manifestées ces derniers jours par une hausse du coût des emprunts du gouvernement italien pour financer ses déficits. Mercredi à la mi-journée, la Bourse de Milan perdait 1,7% tandis que le spread – l’écart très regardé en Italie entre les taux d’emprunt italien et allemand à dix ans – dépassait les 190 points (+60 en une semaine).

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«Leur programme, en rupture avec la politique du précédent gouvernement, va à contre-courant de la doxa européenne développée depuis quelque temps. Il y a clairement une volonté de s’abstraire du cadre budgétaire communautaire. S’ils sortent du cadre budgétaire européen, les marchés se disent que cela pourrait créer des émules, que d’autres pays pourraient aussi adopter une politique plus laxiste, d’autant que l’Italie est la troisième puissance économique de la zone euro, avec un pouvoir de négociation fort pouvant contribuer à infléchir des positionnements en matière de politique budgétaire. D’où cette nervosité», ajoute Céline Antonin.

• Peut-on redouter une nouvelle crise de la zone euro?

L’ombre d’une nouvelle crise de la dette comme celle qui s’est produite en Grèce ressurgit. Incapable de rembourser certaines échéances de dette publique, la Grèce avait mis le feu aux poudres et poussé son taux d’intérêt à 10 ans jusqu’à 44% en mars 2012, embrasant tout le marché obligataire, Allemagne incluse. «Mais la situation n’est pas comparable avec celle de la Grèce», estime Céline Antonin. «L’Italie ne souhaite pas sortir de l’Union européenne. Et contrairement à la Grèce, le pays n’a pas besoin d’aides européennes pour financer sa dette, majoritairement détenue par des Italiens, ce qui est un gage de stabilité.» Sans compter que la Banque centrale européenne (BCE), toujours active, va continuer à acheter des obligations italiennes pendant encore un certain temps. «A priori, le risque d’un scénario à la grecque est écarté», souligne l’économiste de l’OFCE.

«Ce programme, c’est aussi beaucoup de promesses et d’effets d’annonces», complète Éric Dor. Et même s’il venait à être mis en application, «à court terme, les conséquences sur le remboursement de la dette pénaliseraient peu le pays». «Même avec des taux qui augmentent, aussi longtemps que cette hausse reste modérée, l’Italie va continuer à émettre des nouvelles obligations à un taux inférieur à celui des anciennes qui arrivent à maturité et qui avaient été émises à des conditions très coûteuses», détaille-t-il. Au final, peut-être plus de peur que de mal…


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