Henri Matisse, Albrecht Altdorfer, Cindy Sherman... Les expositions à ne pas rater cet automne

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Henri Matisse, Albrecht Altdorfer, Cindy Sherman... Les expositions à ne pas rater cet automneLes critiques du « Monde » ont sélectionné une douzaine d’expositions de peinture, d’art contemporain ou de photographie à voir d’ici à la fin de l’année.

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SÉLECTIONLes critiques du « Monde » ont sélectionné une douzaine d’expositions de peinture, d’art contemporain ou de photographie à voir d’ici à la fin de l’année.

Henri Matisse au Centre Pompidou, Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton, Giorgio De Chirico au Musée de l’Orangerie… Repoussées, pour certaines, en raison de la crise sanitaire, de nombreuses expositions ouvrent leurs portes à partir de septembre. En voici une sélection.

Manifesta 13 s’installe à Marseille

Vue de l’entrée du bâtiment consacré à Manifesta 13, édition 2020, qui a lieu à Marseille.

Biennale européenne itinérante, Manifesta investit pour la première fois une ville française, avec une 13e édition forcément chamboulée par le Covid-19. L’exploration de nouvelles formes d’être ensemble est au cœur des trois volets de l’événement marseillais.

Programme principal, « Traits d’union.s » consacre ainsi de nombreux projets à l’espace public, à partir d’une lecture urbaine de la ville façon puzzle. « Les Parallèles du Sud » rassemble des projets portés par des acteurs locaux labellisés, dont le fonds régional d’art contemporain de Provence-Alpes-Côte d’Azur ou la Friche la Belle-de-Mai, mais aussi des lieux plus alternatifs. Le « Tiers Programme » enfin invite des artistes à travailler avec les habitants des quartiers les plus défavorisés de la ville.

Lieux et expositions ouvriront de manière progressive. Parmi les propositions présentées dès la semaine d’ouverture : une embarcation hybride de Forlane 6 Studio, comme sortie de la révolution industrielle, mais dotée des dernières technologies en termes de transition écologique (au Vieux-Port et à Port-de-Bouc), les totems d’Olivier Millagou créés à partir des déchets récoltés dans la mer lorsqu’il surfe (au chantier naval Borg), ou encore un opéra plastique par le duo de « Displace » (Marie Ilse Bourlanges et Elena Khurtova) sur les notions de migration et d’identité au sein d’un hôpital psychiatrique d’Aix-en-Provence. Emmanuelle Jardonnet

Manifesta à Marseille, jusqu’au 29 novembre.

L’art épuré de Léon Spilliaert au Musée d’Orsay

« Digue la nuit » (1908), de Léon Spilliaert (1881-1946), lavis d’encre et aquarelle sur papier, Paris, Musée d’Orsay, conservé au département des arts graphiques du Musée du Louvre.

Que c’est triste, Ostende, la nuit ! Du moins quand c’est Léon Spilliaert qui la peint. C’est triste, mais c’est beau : épurées, minimales, ses vues de la cité balnéaire belge où l’artiste est né en 1881 (il est mort à Bruxelles en 1946) ne ressemblent à rien de connu, même si on a tenté de ranger leur auteur parmi les symbolistes, peut-être à cause de son amitié avec le poète Emile Verhaeren (1855-1916). Quant à ses portraits, le plus souvent des visages de face, hagards, hallucinés, ils l’apparentent à l’expressionnisme.

L’exposition d’un peintre inclassable, cela ne se rate pas, surtout qu’il s’agit de la première en France depuis quarante ans. Harry Bellet

« Léon Spilliaert, Lumière et solitude », au Musée d’Orsay, du 13 octobre au 10 janvier.

Aubrey Beardsley, virtuose du dessin, au Musée d’Orsay

Projet pour le frontispice des pièces de John Davidson, d’Aubrey Beardsley (1872-1898). Royaume-Uni, Londres, Tate Collection.

Un météore : né en 1872 à Brighton (Sussex), Aubrey Beardsley est mort à 25 ans à Menton (Alpes-Maritimes), où il tentait de soigner sa tuberculose, en 1898. Entre-temps, il s’était révélé un virtuose du dessin, à travers ses illustrations pour La Mort d’Arthur, de Thomas Malory (1485), mais aussi pour la Salomé (il faudra bien lui consacrer une exposition un jour, à cette gourgandine) d’Oscar Wilde (1891).

Les deux hommes furent amis (c’est Wilde qui conseilla à Beardsley de suivre les cours de la Westminster School of Art de Londres, où il demeura toutefois assez peu) avant de se brouiller, mais leurs noms sont associés, notamment lors du scandale lié au procès pour homosexualité intenté à Oscar Wilde, qui l’expédia dans la geôle de Reading et valut à Beardsley d’être renvoyé de la revue The Yellow Book, dont il était le directeur artistique.

Il y avait développé, tout comme dans d’autres titres de presse, mais aussi dans ses dessins ou ses affiches, un style unique, « étrange, érotique, audacieux et anticonformiste », dit le dossier de presse de l’exposition du Musée d’Orsay, qui sera la première de cette importance jamais réalisée en France. Ha. B.

« Aubrey Beardsley (1872-1898) », au Musée d’Orsay, du 13 octobre au 10 janvier.

« L’Age d’or de la peinture danoise » au Petit Palais

« Un groupe d’artistes danois à Rome » (1837), de Constantin Hansen, huile sur toile, Copenhague, Statens Museum for Kunst.

Il y a quelque chose de nourri au royaume du Danemark : sa peinture, et particulièrement celle du XIXe siècle. Méconnue (Paris n’avait pas accueilli une exposition de cette nature depuis trente-cinq ans), mais riche, ainsi que le démontre en 200 œuvres le musée du Petit Palais. Leurs auteurs, comme Christoffer Eckersberg, Christen Kobke, Martinus Rorbye ou Constantin Hansen, profitent d’une période de paix et de prospérité, qui s’étend entre une défaite (en fait un blocus) contre l’Angleterre en 1801 et une autre contre la Prusse en 1864.

Si les descendants des Vikings restent de grands voyageurs, comme en témoignent des paysages rapportés d’un peu partout, mais surtout d’Italie, ils n’ont plus l’âme guerrière : les peintres exaltent les valeurs de la société bourgeoise qui s’épanouit alors. Académiques, certes, mais sans la grandiloquence de leurs homologues français de l’époque : aux scènes héroïques ou mythologiques, les Danois préfèrent les portraits d’enfants qu’on devine bien élevés, et les paysages de leur pays, qui sont fort beaux. Ha. B.

« L’Age d’or de la peinture danoise (1801-1864) », au Petit Palais, du 22 septembre au 3 janvier.

L’univers étrange de Giorgio De Chirico au Musée de l’Orangerie

« La Récompense de la devineresse » (1913), de Giorgio De Chirico, huile sur toile, Philadelphia Museum of Art, The Louise and Walter Arensberg Collection, 1950.

Il y a un mystère De Chirico que va tenter de percer le Musée de l’Orangerie : adulé, puis honni par les surréalistes, il est méprisé, puis encensé par la critique italienne.

Né en 1888 en Grèce, où son père construisait des chemins de fer, il a grandi au milieu des ruines les plus belles qui soient. Plus tard, de l’Italie, il empruntera les arcades voûtées typiques des grandes villes de la Péninsule.

Tout cela, les gares, les fragments de l’Antiquité, les arcades, on le retrouvera dans les tableaux de sa première période, dite « métaphysique ». Avec des mannequins de vitrine ou de couturière, des horloges qui donnent la mauvaise heure, des perspectives improbables : un monde étrange qui fascine tant Apollinaire que Breton, Eluard ou Paulhan. Et Cocteau, qui le qualifiera heureusement de « dépaysagiste ».

Un univers rêvé, qui s’écroule lorsque le peintre, lors de ce grand « retour à l’ordre » qui suit la fin de la première guerre mondiale, renie son œuvre de jeunesse, revient à ce qu’il croit être les fondamentaux de l’art classique, et produit des croûtes. Ha. B.

« Giorgio De Chirico, la peinture métaphysique », au Musée de l’Orangerie, du 16 septembre au 14 décembre.

Altdorfer, graveur et peintre méticuleux, au Musée du Louvre

« Adoration des Mages » (v. 1530-1535), d’Albrecht Altdorfer, huile sur bois, Francfort, Städel Museum.

Avouons-le, on a un faible pour les artistes de la Renaissance dans les pays du Nord, les Dürer, Holbein, Nithart (dit Grünewald), Memling, Metsys (à quand une exposition de celui-là ?), et on en oublie. Mais on connaît moins Albrecht Altdorfer (1480-1538) : merci donc au Musée du Louvre de combler cette lacune.

Grand graveur, il était aussi un peintre méticuleux et inventif, multipliant les différentes expressions des visages et jouant des flamboiements des couchers de soleil qui confèrent à certains de ses tableaux une rare puissance dramatique : en témoigneront au Louvre, parmi d’autres, des œuvres de deux cycles exceptionnels, les « scènes de la Passion du Christ et de la vie de saint Sébastien » et celles de « la légende de saint Florian » (patron des ramoneurs, et des pompiers !), dont les panneaux habituellement dispersés dans les grands musées d’Europe feront à coup sûr le bonheur des visiteurs. Ha. B.

« Albrecht Altdorfer, maître de la Renaissance allemande », au Musée du Louvre, du 1er octobre au 4 janvier.

Le photographe Josef Koudelka et son goût des ruines, à la BNF

« Amman » (Jordanie, 2012), de Josef Koudelka.

On connaît surtout le photographe Josef Koudelka (né en 1938) pour ses inoubliables photos de Gitans ou pour ses photos de l’invasion de Prague en 1968. On sait moins que, depuis trente ans, il photographie inlassablement les ruines de l’Antiquité grecque et romaine sur tout le pourtour de la Méditerranée.

La Bibliothèque nationale de France expose 110 des immenses photographies panoramiques qu’il a réalisées, dans des noirs et blancs tourmentés, de la France à la Syrie, mais aussi au Maroc, en Grèce ou en Turquie.

Avec des gros plans et des jeux d’ombre, le photographe a cherché à renouveler le regard sur ces vestiges en évitant toute vision romantique sur ces paysages qui allient la beauté à la destruction, et dont certains ont d’ailleurs disparu depuis son passage. Claire Guillot

« Josef Koudelka. Ruines », à la Bibliothèque François-Mitterrand, du 15 septembre au 16 décembre.

Redécouvrir Victor Brauner au Musée d’art moderne de Paris

« Sur le motif » (1937), de Victor Brauner, huile sur bois.

Victor Brauner, enfin ! La dernière véritable rétrospective consacrée au peintre français d’origine roumaine (1903-1966) par un musée parisien date de 1972. Inexplicable négligence, alors que la plupart des autres grands surréalistes – Ernst, Mirò ou Dalí – ont été célébrés plusieurs fois durant ces décennies.

Qu’est-ce qui embarrasse dans son œuvre ? La violence satirique de ses toiles politiques des années 1930 ? La netteté de ses mythologies d’êtres hybrides, qui ne se compare qu’à celles des plus grandes œuvres des Indiens de la côte nord-ouest du Pacifique ? Ses allusions cryptées à des doctrines ésotériques, entre Kabbale et spiritisme ?

L’exposition de plus d’une centaine d’œuvres sur toile, bois ou papier, à l’huile ou à la cire, promet d’être une révélation pour beaucoup et, pour ceux qui vénèrent déjà l’œuvre – et admirent le courage paisible de l’homme durant l’Occupation –, ce sera comme des retrouvailles avec un excellent ami trop discret. Philippe Dagen

« Victor Brauner, Je suis le rêve, je suis l’inspiration », au Musée d’art moderne de Paris, du 18 septembre au 10 janvier.

Cindy Sherman, portraitiste de l’Amérique, à la Fondation Louis Vuitton

« Untitled 465 » (2008), de Cindy Sherman, épreuve couleur chromogène.

C’est la portraitiste – ou la sociologue – de l’Amérique depuis un demi-siècle. Selon une méthode invariable, l’artiste se grime, s’habille et se maquille en grande bourgeoise de Park Avenue, en fashion victim californienne, en fille de fermiers ou en starlette d’Hollywood. Puis elle se photographie dans un décor conforme à ce personnage, comme le sont sa posture et l’expression de son visage. Ainsi obtient-elle des documents parfaitement exacts de ses contemporains.

De l’argentique au numérique, du noir et blanc à la couleur, le système Sherman a tiré parti de toutes les solutions techniques nouvelles sans céder à aucune facilité. La Fondation Vuitton expose plus de 300 images de cette encyclopédie visuelle, de 1975 à 2020. Il y aura les séries devenues de longue date des classiques – les Untitled Film Stills, les History Portraits  et des travaux récents non encore présentés en France au long d’un parcours conçu par l’artiste elle-même, qui, décidément, fait tout par elle-même. Ph. D.

« Cindy Sherman », à la Fondation Louis Vuitton, du 23 septembre au 3 janvier.

Les expériences visuelles de Martin Barré au Centre Pompidou

« 60-T-45 » (1960), de Martin Barré, peinture à l’huile au tube sur toile. Collection Centre Pompidou, Paris-Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle.

Une toile de Martin Barré (1924-1993) se reconnaît de très loin. Dans toutes ses périodes, que la composition soit déterminée par une géométrie d’angles droits ou que les lignes aient été tracées, floues et flottantes, à la bombe, elle ne prend pas vraiment possession de la surface blanche de la toile mais la traverse ou la divise afin de faire éprouver son ampleur et de suggérer que le mouvement continue au-delà du bord, dans l’air, dans le vide.

De même les couleurs, qui semblent parfois faire irruption, parfois parvenir à la surface à travers des fissures, parfois aussi s’assembler en une esquisse d’architecture demeurée bancale et fragile. Pas de règle fixe, ni dogmatisme ni répétition : des séquences d’expériences visuelles, à peine liées entre elles. Il y aura 66 œuvres de 1955 à 1992 dans cette rétrospective. Ph. D.

« Martin Barré », au Centre Pompidou, du 14 octobre au 4 janvier.

Les splendeurs de Matisse au Centre Pompidou

« Femme à la voilette » (1927), d’Henri Matisse, huile sur toile.

Une fois encore, le Centre Pompidou célèbre Henri Matisse (1869-1954). Officiellement, il s’agit de fêter le 150e anniversaire de sa naissance, ce qui paraît une étrange justification. Ce sera une rétrospective, mais limitée aux collections privées et publiques françaises : Paris, Nice, le Cateau-Cambrésis, Grenoble, etc.

Comme il se doit, tous les modes d’expression seront réunis : peintures, sculpture, dessins, gouaches découpées. Et, de même, toutes les époques, y compris l’ennuyeuse période niçoise des années 1920. Le titre, « Matisse, comme un roman », est une allusion au livre d’Aragon, Henri Matisse, roman, commencé en 1941 et publié en 1971.

Cette exposition nationale était-elle absolument nécessaire étant donné toutes celles qui ont eu lieu récemment à propos de Matisse en France et ailleurs – la dernière en date à Lyon en 2016 ? N’y aurait-il pas d’autres artistes étrangers ou français que le Centre Pompidou n’a encore jamais présentés et qui auraient mérité de l’être enfin ? Sans doute la splendeur de certaines œuvres fera-t-elle oublier ces importunes questions. Ph. D.

« Matisse, comme un roman », au Centre Pompidou, du 21 octobre au 22 février.

« Anticorps », une « exposition-vaccin » au Palais de Tokyo

« Masque » (2020), de Mélas, projection.

Le Covid-19 est passé par là et a bousculé le monde. Comme de nombreux musées et centres d’art, le Palais de Tokyo a dû reporter ses expositions d’été et de rentrée, mais a choisi de se saisir de l’impact de cette crise inédite pour monter une « exposition-vaccin », à l’écoute du corps artistique et social de l’époque.

Face au constat de la porosité de nos vies et de nos vulnérabilités, frontières et inégalités se renforcent et redéfinissent nos liens et nos proximités, sociales et affectives. Comment se touche-t-on à distance ?

Le pouls est pris auprès de vingt artistes de la jeune scène française et internationale avec des œuvres très récentes (sculptures, vidéos, peintures, dessins, installations, performances, tatouages…) sur nos capacités « à faire corps ensemble et à repenser notre façon d’habiter le monde ». Une exposition qui s’annonce à fleur de peau. E. J.

« Anticorps », au Palais de Tokyo, du 23 octobre au 3 janvier.

Claire Guillot

Harry Bellet

Philippe Dagen

Emmanuelle Jardonnet

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