« Grâce à M. Trump, Israël obtient pour la première fois une reconnaissance politique et juridique »

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« Grâce à M. Trump, Israël obtient pour la première fois une reconnaissance politique et juridique »
President Donald Trump speaks during a Hanukkah reception in the East Room of the White House, Thursday, Dec. 7, 2017, in Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

 

Dans une tribune au « Monde », le chercheur Alain Dieckhoff estime qu’en annonçant le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, Donald Trump offre à Israël la reconnaissance d’un état de fait dont l’onde de choc internationale est immense.

Tribune. Le plan de partage de l’ONU du 29 novembre 1947 prévoyait, outre la division de la Palestine – alors britannique – en deux Etats, l’un juif, l’autre arabe, l’internationalisation de Jérusalem et de sa région pour tenir compte de la dimension religieuse spécifique de la ville. Soixante-dix ans plus tard, Donald Trump reconnaît officiellement Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël. Nous sommes donc passés d’une situation où l’on tentait de faire échapper la cité aux vicissitudes de la souveraineté à celle où une seule souveraineté, celle d’Israël, est reconnue. Même si le président américain a indiqué qu’il ne se prononçait pas sur les contours spécifiques de cette souveraineté, cette précaution oratoire ne doit pas masquer l’essentiel : Israël obtient pour la première fois une reconnaissance politique et juridique du fait qu’il a déclaré Jérusalem comme sa capitale.

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Car, pour les Israéliens eux-mêmes, cette proclamation n’a en soi rien de neuf : dès janvier 1950, le secteur occidental de Jérusalem – correspondant à la nouvelle ville, à la fois juive et arabe, qui s’était surtout développée à compter des années 1920 – fut proclamé capitale de l’État. Quasiment toutes les institutions publiques s’y installèrent : la présidence, la Knesset, les ministères (à l’exception de celui de la défense, toujours situé à Tel-Aviv). Le mémorial de Yad Vashem, consacré à la mémoire du génocide des juifs, tout comme le Musée d’Israël, y furent édifiés.

Parallèlement, la ville connaît une croissance démographique continue, avec, entre 1949 et 1967, un doublement de la population juive (environ 200 000 habitants en 1967). Les autorités israéliennes, comme la population elle-même, tiennent donc Jérusalem pour leur capitale politique et administrative, mais elles déplorent que cette centralité ne soit reconnue par aucun Etat. La communauté internationale, qui n’a pas entériné la division de la ville héritée de la guerre de 1948, entre l’ouest israélien et l’est jordanien, s’en tient à l’époque à la réaffirmation de la nécessaire mise en place d’un régime international spécial.

Tout est fait pour souligner la fonction de capitale de Jérusalem

Les choses changent à nouveau, de façon dramatique, en 1967, avec la guerre des Six-Jours, qui permet à Israël de conquérir la Cisjordanie avec, en son cœur, la vieille ville de Jérusalem, qui abrite les lieux saints des trois monothéismes. Très vite, la ville est « réunifiée » unilatéralement avec l’extension de la loi israélienne aux 72 kilomètres carrés alors annexés. La construction de nouveaux quartiers juifs à l’« Est » commence, et ne connaîtra pas de répit : aujourd’hui, environ 200 000 Juifs y résident (à côté de 300 000 Arabes). Le Mur occidental, lieu saint du judaïsme, est placé au centre du dispositif symbolique de la nation juive souveraine. Tout est fait pour souligner la fonction de capitale de Jérusalem.

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Ainsi en est-il de la loi fondamentale de juillet 1980, adoptée par la Knesset à une claire majorité de 69 voix contre 15, les travaillistes mêlant leurs voix à la droite nationaliste, à l’origine de cette législation. De même, l’année 1996 est l’occasion de célébrer le moment fondateur où, il y a trois mille ans, le roi David fit de la cité jébusienne la capitale du royaume d’Israël. Pourtant, plus Israël martelait la centralité de Jérusalem, plus la reconnaissance internationale se dérobait. Les rares pays qui avaient installé une ambassade à Jérusalem la déménagèrent à Tel-Aviv : en 2006, le Salvador fut le dernier pays à quitter la Ville sainte. Cette situation semblait faite pour durer, d’autant qu’un consensus international avait émergé, renvoyant le statut final de Jérusalem aux négociations entre Israël et les Palestiniens.

C’était compter sans Donald Trump qui, fidèle à sa méthode « disruptive », a annoncé le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. Espère-t- il, par ce geste, provoquer un choc qui pousserait les parties à la négociation ? Peut-être, mais le pari est très risqué. En attendant, il offre à Israël, dirigé par un des gouvernements le plus à droite de son histoire, ce qui faisait jusqu’alors cruellement défaut : la reconnaissance pleine et entière de Jérusalem comme sa capitale.

Alain Dieckhoff est également directeur du Centre de recherches internationales de Sciences Po (CERI), auteur du Conflit israélo-palestinien (Armand Colin, 144p., 13 euros). Ses travaux portent sur la politique, la société contemporaine et les transformations de l’Etat en Israël, ainsi que sur la mutation des nationalismes.

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