« Gilets jaunes » : quelles réponses politiques à la colère ?

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« Gilets jaunes » : quelles réponses politiques à la colère ?
Au péage autoroutier de La Gravelle, sur l’A81 entre Rennes et Paris : Mélanie, 22 ans en alternance dans l’agroalimentaire, Fabien 24 dans les travaux publics, Rodrigue, 25 ans, travaille dans la logistique, Pierre 25 ans, dans la logistique aussi, Taguy 22 ans, dans le bâtiment,  « ne comptent pas lâcher tant que rien de concret n’est fait par le gouvernement » Vassili Feodoroff pour le Monde

La fronde atypique aux revendications multiples et hétérogènes complique toute sortie de crise.

Quelle réponse les « gilets jaunes » attendent-ils du président de la
République ? Depuis dix jours, ils manifestent dans toute la France,
bloquant les routes ou occupant les ronds-points. Ils étaient 282 000
mobilisés le 17 novembre et quelque 106 000 samedi, selon les chiffres
du ministère de l’intérieur – que les « gilets jaunes » évaluent très
sous-estimés. Malgré un lourd bilan de deux morts et plus de 650
blessés, les violences et dégradations constatées un peu partout dans le
pays, et celles de samedi à Paris, où les Champs-Elysées se sont transformés en champ de bataille, ils sont encore nombreux à afficher leur détermination par des « on lâchera rien », « on ira jusqu’au bout ».

Mais
au bout de quoi ? Quelle annonce leur ferait ranger leur gilet ? A
cette question posée à chacun des « gilets jaunes » rencontrés, Le Monde
n’obtient jamais la même réponse. C’est l’une des difficultés
auxquelles se confronte cette fronde atypique qui ne s’appuie sur aucune
organisation politique ou syndicale. Si la question d’élire des
porte-parole est en débat actuellement, les « gilets jaunes » n’ont pas
de représentant capable de les faire parler d’une seule voix. Le récit politique : « Gilets jaunes » : pourquoi Emmanuel Macron s’est résolu à la concertation

« Vivre dignement »

Ainsi,
quand Lionel, 46 ans, chef d’une TPE, a rencontré Jérémy, 28 ans,
gérant d’une pizzeria, sur le point de blocage de Saint-André-de-Cubzac
(Gironde), il lui a demandé spontanément : « Toi, tu revendiques quoi ? » Signe que la réponse n’avait rien d’évident. « Je veux le gel des taxes sur le carburant », a répondu Jérémy. Mais le prix du carburant « n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », répètent les « gilets jaunes » comme un mantra.

Les
retraités veulent, par exemple, que le gouvernement supprime la hausse
de CSG qui leur a été imposée en janvier. Valérie, 50 ans, auxiliaire de
vie à Senlis (Oise), voudrait, elle, que le gouvernementrétablisse l’ISF, « l’impôt sur les riches ». Mais elle ajoute : « A deux smic, avec un loyer de 660 euros, et un gamin de 18 ans, il nous reste 100 euros à la fin du mois. » Et
c’est contre ces fins de mois difficiles que beaucoup voudraient une
solution. Assistante dentaire dans le Val-d’Oise, Christine, qui
n’attend rien des annonces d’Emmanuel Macron, mardi, précise ainsi : « Qu’est-ce-qu’il
va faire ? Nous donner des aides ? Mais c’est pas des aides qu’on veut,
c’est vivre dignement de notre salaire. »

Beaucoup de « gilets jaunes » attendent cependant plus qu’un gain de pouvoir d’achat. Les « Macron démission »
qui rythment les manifestations sont autant un rejet du chef de l’Etat
qu’un appel à changer tout le système : ils méprisent partis et élus,
quels qu’ils soient. « Le vote ? C’est une vaste fumisterie, pestait ainsi, samedi, Tiphaine, du Finistère. Ces gens ne nous représentent plus, ils ne représentent qu’eux-mêmes ! »

Dans la manifestation parisienne, une des pancartes les plus populaires disait « le vote blanc reconnu = vraie démocratie ». « Le sentiment de tout le monde, c’est que la Ve République est en fin de vie », résumait Eric, en Gironde. Beaucoup rêvent d’une « assemblée citoyenne » où siégeraient des Français « tirés au sort comme à la cour d’assises ». Ou des référendums plus fréquents « comme en Suisse » pour que « le peuple fasse entendre sa voix ». Samedi,
rejouant Mai 68 sur les Champs-Elysées, une manifestante rappelait que
c’est justement à l’issue d’un référendum que le général de Gaulle avait
démissionné et concluait : « Macron n’a qu’à faire pareil ! »

Aline Leclerc

Source :© « Gilets jaunes » : quelles réponses politiques à la colère ?

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