Gérald Darmanin: «Il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société»

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Gérald Darmanin: «Il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société»
Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, vendredi, dans son bureau à Paris. Jean-Christophe Marmara/JC MARMARA / LE FIGARO

ENTRETIEN EXCLUSIF – Dans un entretien au Figaro, le ministre de l’Intérieur s’inquiète de la fragmentation de la République.

LE FIGARO. – Emmanuel Macron a qualifié les récentes agressions sauvages qui se multiplient partout sur le territoire, d’«incivilités». Était-ce le terme approprié?

Gérald DARMANIN. – Ce n’est pas un bon procès. Le président a commencé par parler avec autorité de «tolérance zéro». Ensuite, il n’a fait que reprendre le terme du journaliste qui l’interrogeait. La «fachosphère» s’est immédiatement jetée dessus pour en faire une polémique. Ce qui compte, c’est que le président consent à des efforts massifs pour les forces de l’ordre. Il a par ailleurs permis le recrutement de 2000 policiers et gendarmes par an. Depuis trois ans, les budgets alloués à la sécurité ont considérablement augmenté – plus d’un milliard d’euros -, et cela va continuer! Mais nous assistons à une crise de l’autorité. Il faut stopper l’ensauvagement d’une certaine partie de la société. Il faut réaffirmer l’autorité de l’État, et ne rien laisser passer. Ma vision est celle des Français de bon sens: les policiers et les gendarmes nous protègent, et ils courent derrière les voyous. Le rôle du ministère de l’Intérieur, c’est de protéger ceux qui nous protègent, et de les aider à courir derrière les voyous.

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Vous serez dimanche à Saint-Étienne-du-Rouvray, pour les commémorations de l’assassinat du père Hamel. Quel constat dressez-vous de la situation de l’islam radical en France?

J’ai tenu, dès le premier jour de ma nomination, comme ministre des Cultes, à saluer l’ensemble des religions présentes sur le sol de la République. J’ai ainsi rencontré le grand rabbin de France et le président du Consistoire pour assurer les juifs de France, cibles d’actes antisémites de plus en plus importants, de la protection de l’État. Et je verrai prochainement les représentants des autres cultes. J’assisterai dimanche à la messe à Saint-Étienne-du-Rouvray, car l’assassinat du père Hamel nous a tous profondément choqués. Je sais que les catholiques sont légitimement inquiets des actes commis contre la foi, les croyants, le patrimoine chrétien. Enfin, d’ici au 31 juillet, j’irai avec les représentants du Conseil français du culte musulman à Douaumont. Pour dire aux Français que de très nombreux musulmans sont morts pour la France, portant l’uniforme de la République. Ma famille a été marquée par cela. Et par ailleurs, chacun le sait, il ne faut pas être naïf sur une radicalité islamiste qui est un grand danger et gangrène la République. Pour paraphraser une formule célèbre: «L’islamisme, voilà l’ennemi!»

Je suis inquiet pour la République lorsque je vois des gens qui, très clairement, sur notre sol, souhaitent vivre dans une autre société que la nation françaiseGérald Darmanin

Depuis juin 2016, vous prévenez: «La France couve les principes d’une possible guerre civile.» Maintenez-vous cette alerte?

L’un des ressorts de mon engagement politique est de tout faire pour éviter les malheurs d’une guerre née de revendications religieuses émanant de ceux qui n’accepteraient pas la République. Ce qui est très inquiétant, c’est que nous sommes aujourd’hui face à la radicalité d’une minorité très agissante qui veut manifestement mettre à bas les valeurs fondamentales de notre État et le principe même de la nation française. Aujourd’hui, cela a un nom, ça s’appelle l’islamisme et il faut absolument le combattre avec la première énergie. Je suis inquiet pour mon pays parce que la loi et l’autorité sont de moins en moins respectées, que les difficultés économiques font naître des difficultés sociales et donc institutionnelles. Je suis inquiet pour la République lorsque je vois des gens qui, très clairement, sur notre sol, souhaitent vivre dans une autre société que la nation française.

Lorsqu’il a quitté le gouvernement, en 2018, Gérard Collomb craignait que l’on passe d’une société où l’on vit «côte à côte» à une société où l’on vit «face à face». Sa prophétie se réalise-t-elle aujourd’hui?

Il faut être aveugle pour ne pas voir ce qui se passe. Il y a un projet politique affiché de la part de ceux qui veulent mettre fin à notre nation telle qu’on la connaît. Nous devons donc combattre ce que le président de la République a qualifié de «volonté de séparatisme». Malheureusement, cela n’est pas très nouveau dans l’histoire de France.

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Il y a quelques années, vous vouliez lutter contre les financements étrangers, «l’islam des ambassades», et vous étiez opposé à la construction des minarets. Êtes-vous toujours sur cette même ligne?

Dans le passé, les religions ont souvent eu des relations difficiles, voire tragiques, avec l’État: les protestants, les juifs, les catholiques. Rien d’anormal au fait que la religion musulmane, assez «nouvelle» sur le territoire de la République, rencontre aujourd’hui quelques difficultés. Il faut réaffirmer un principe de laïcité avec une religion parfaitement compatible avec la République, qui souffre parfois d’une multiplicité d’interlocuteurs et d’influences étrangères. Il faut limiter les financements étrangers et, dans un premier temps, les rendre transparents. Nous devons savoir qui finance quoi sur le sol de la République et ce n’est pas le cas aujourd’hui malgré le travail des services de renseignement et des préfets. À Tourcoing, j’ai toujours autorisé la construction de lieux de culte et j’ai dans le même temps demandé aux représentants du culte que ces lieux n’aient pas de minarets. On peut à la fois dire aux musulmans de France qu’une mosquée, sans financement public, doit respecter des règles et dire au reste de la population que les croyants, quelle que soit leur religion, ont toute leur place dans la République à l’unique condition que leur foi ne soit jamais supérieure à la loi.

En 2016, vous réclamiez un Concordat pour intégrer l’islam à la République. Est-ce toujours le cas?

Je voudrais d’abord redire avec conviction qu’il n’y a aucune incompatibilité entre être musulman pratiquant et être profondément français. L’histoire de France est là pour le prouver. Les tirailleurs de 14-18 ou de 40 sont morts en chantant La Marseillaise et en priant Allah! L’idée, aujourd’hui, c’est d’imposer à l’islam quelque chose qui ressemble à ce que toutes les religions ont fait avant les musulmans. Le Concordat n’est pas possible en soi dans la mesure où il n’y a pas à proprement parler de clergé dans l’islam sunnite. Mais on ne touche pas, de toute façon, à ce genre de sujets avec l’autorité jacobine d’un ministre. Cela demande beaucoup de discussions. Une fois qu’on aura fait ce travail en lien avec les représentants du culte, on aura structuré l’islam français et on se sera opposé à l’islamisme qui veut utiliser la religion comme soft power ou, pire encore, tuer la République et ses valeurs.

Il y a de l’entrisme associatif et parfois même des essais d’entrisme dans la fonction publique. Donc, il faut lutter contre cette « taqiya  », cette dissimulation. Il ne faut pas être naïf.Gérald Darmanin

S’il faut couper la branche dure qu’est le salafisme, faut-il aussi faire attention aux Frères musulmans?

L’islamisme regroupe deux tendances dont des chercheurs ont essayé de savoir laquelle des deux était la plus dangereuse. D’un côté, les salafistes. De l’autre, l’islam politique des Frères musulmans et leurs divers avatars qui apparaissent parfois plus respectables mais qui pratiquent ce qu’on appelle la «taqiya», c’est-à-dire la dissimulation pour imposer leurs vues. Pendant longtemps, on a cru que le salafisme était plus dangereux parce qu’il avait une vision la plus rigoriste et plus ostensible de sa radicalité. Mais la vérité est que ces réseaux sont tous les deux aussi dangereux. Il n’y a pas de doute à avoir. Donc il faut les combattre en favorisant la sécularisation de l’islam de France, en limitant les financements étrangers, en les rendant transparents et en considérant que les Français musulmans doivent eux-mêmes s’occuper de leur religion. Mon travail, c’est de donner davantage la parole à des gens qui ont des positions plus modérées et pesées. Le tout, dans un esprit républicain, ouvert et tourné vers l’avenir.

Et les listes communautaires?

De manière générale, on observe un risque très fort d’entrisme dans la vie politique et syndicale. Il y a de l’entrisme associatif et parfois même des essais d’entrisme dans la fonction publique. Donc, il faut lutter contre cette «taqiya», cette dissimulation. Il ne faut pas être naïf et j’ai demandé dès mon arrivée aux préfets les plus concernés de surveiller, particulièrement, par le contrôle de légalité, ceux dont on pourrait penser à travers leurs programmes municipaux qu’ils pourraient couvrir des entorses à la République et singulièrement l’égalité femmes-hommes. J’aurai avec Marlène Schiappa (ministre déléguée à la Citoyenneté, NDLR) une réunion chaque semaine sur ce sujet avec les préfets concernés et nous serons intraitables.

Ce président s’intéresse avec intensité au rapport au spirituel. D’une certaine manière, il y a du François Mitterrand chez Emmanuel MacronGérald Darmanin

Emmanuel Macron a annoncé en février un plan de lutte contre le séparatisme. Quels moyens peut-on utiliser pour lutter contre ceux qui combattent la République?

Beaucoup de choses ont été faites par mes prédécesseurs. Et je poursuis cet effort. L’Assemblée nationale vient de voter la prolongation au 31 juillet 2021 des mesures de la loi Silt de lutte contre le terrorisme. J’ai annoncé que je voulais, en lien avec les parlementaires, les fixer, à terme, dans le droit. J’assume par ailleurs notre volonté de procéder à la «déstabilisation administrative» des ennemis de la République. Les maires qui le souhaitent en lien avec l’État peuvent refuser l’ouverture de certains lieux pour des raisons de sécurité. On lutte à travers le travail de Jean-Michel Blanquer (ministre de l’Éducation nationale, NDLR) contre les écoles hors contrat qui ne respectent pas les valeurs de notre État et contre la déscolarisation. Sept lieux de culte ont été fermés depuis le vote de la loi Silt fin 2017 et 13 sous l’état d’urgence entre 2015 et 2017. Des décisions à chaque fois contestées et à chaque fois confirmées par la justice.

Jean Castex a annoncé un projet de loi contre «les séparatismes». Pourquoi ce pluriel?

Le séparatisme principal, le plus dangereux, le plus nocif, c’est évidemment le séparatisme islamiste. Mais dans les fichés S, il n’y a pas que des islamistes. Il y a d’autres séparatismes. Il y a des séparatismes d’extrême gauche anarcho-contestataire. Ils sont aussi très dangereux pour la République. Et il y a une radicalité, très minoritaire mais tout aussi violente: celle de l’extrême droite. On l’a vue en Nouvelle-Zélande, on l’a vue dans les pays nordiques, on l’a vue aux États-Unis… Et elle pourrait très bien arriver sur le sol national. Les services travaillent en tout cas sur les possibilités d’atteinte à l’unité nationale par ces groupuscules.

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Emmanuel Macron n’est ni très clair ni très à l’aise avec les questions d’islam et de laïcité. Doit-il prononcer son fameux grand discours tant évoqué pour sortir de l’ambiguïté?

Je ne vois pas d’ambiguïté chez Emmanuel Macron qui s’est exprimé à de nombreuses reprises sur ces questions et qui s’est impliqué sur ces sujets dès son élection. Nous en avons énormément parlé. Je pense d’ailleurs que seul le président de la République actuel peut régler cette question parce que, justement, il ne croit pas que le croyant soit contraire aux citoyens. Ce président s’intéresse avec intensité au rapport au spirituel. D’une certaine manière, il y a du François Mitterrand chez Emmanuel Macron. La question qui se pose est ensuite de savoir comment on peut lutter contre des groupes radicalisés sans pénaliser les millions de musulmans pratiquants qui veulent vivre librement leur foi et c’est bien le minimum que la République leur doit.

La ministre de l’Égalité Femmes-Hommes, Élisabeth Moreno, a parlé de l’enquête pour viol qui vous vise comme d’un «boulet» pour le gouvernement. Que répondez-vous?

La première victime de cette calomnie, c’est moi. Ce que ma famille, mes proches, et parfois moi-même, avons eu à vivre, est très difficile sur le plan humain. Il y a eu trois décisions de justice consécutives qui ont conclu à une absence totale d’infraction en trois ans. Pour le reste, chacun voit que je suis à mon poste de ministre de l’Intérieur.

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Après Bercy, vous voilà à Beauvau. En 2016, lorsque l’on interrogeait Emmanuel Macron sur ses ambitions, il répondait: «Sky is the limit». Et vous, quelle est votre limite?

Quand je suis né, il n’était pas écrit que je deviendrai ministre de la République. Ça, c’est la beauté de la France, qu’un fils de femme de ménage et d’un tenancier de bar, dont les deux grands-pères sont nés de l’autre côté de la Méditerranée puisse devenir ministre. La République a été bonne mère avec moi. Je me lève tous les jours en remerciant mes parents et la République. Je suis un homme heureux et honoré de servir son pays. Quand j’aurai terminé ma mission à Beauvau, j’aimerais que l’on dise ce que l’on semble dire à Bercy: que j’ai été quelqu’un de sérieux, que j’ai travaillé, et que j’ai porté des projets qui ont transformé la vie des Français. Et pour le reste, la question ne se pose pas. Emmanuel Macron a des qualités de volonté, de travail et de projet qui m’ont toujours poussé à penser que des personnes comme Nicolas Sarkozy ou lui méritaient d’avoir des gens qui les aident. Je suis de ceux-là.

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Source:© Gérald Darmanin: «Il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société»

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