François d'Orcival: «La maison, l'arbre et le soleil du petit Syrien»

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François d'Orcival: «La maison, l'arbre et le soleil du petit Syrien»
Camp de réfugiés syriens. – Crédits photo : IBRAHIM YASOUF/AFP

CHRONIQUE – Plutôt que d’abandonner les populations syriennes, meurtries par la guerre, à l’exil et au déracinement, nos dirigeants politiques devraient insister sur la nécessité de reconstruire. Le reste n’est qu’illusion, fausse générosité, utopie destructrice.

«Dessine-moi ce que tu veux», dit le grand à l’enfant en lui tendant une feuille de papier et un crayon. «Ce que je veux?», répond l’enfant, incrédule. «Oui, ce que tu veux», répète l’adulte. Alors l’enfant prend la feuille, le crayon, et il dessine une maison, un arbre, un soleil. Le grand s’appelle Omar Abi Azar ; il est le cofondateur du Collectif Zoukak, une compagnie de théâtre libanaise qui se dévoue pour les traumatisés des guerres du Proche-Orient ; l’enfant est un réfugié syrien rencontré dans l’un des camps du Liban. Cette histoire vraie, Omar Abi Azar l’a racontée en recevant, au musée du Quai Branly, le prix Culture pour la paix (coparrainé par la Fondation Chirac et la Fondation Culture et Diversité).

La maison, l’arbre, le soleil. La symbolique est forte. Le petit garçon qui trace son dessin sur sa feuille n’y voit rien d’autre qu’un rêve. À quoi pense-t-il? À la maison, qui est son toit, sa protection, sa famille ; à l’arbre, qui est son décor et son pays ; au soleil, la chaleur et la vie. Voilà à quoi il songe. À ce que nous appelons ses racines, à retrouver une identité perdue.

Reconstruire au plus vite, au plus tôt, leur maison

C’est cette obsession-là que les grands de ce monde, nos dirigeants politiques, devraient avoir en tête: non pas celle d’abandonner ces populations meurtries par la guerre à l’exil et au déracinement mais de reconstruire pour elles, au plus vite, au plus tôt, leur maison, et de leur planter des arbres. Le reste n’est qu’illusion, fausse générosité, utopie destructrice.

Il suffit pour comprendre d’ouvrir le recueil des éditoriaux de Claude Imbert dans Le Point (Chroniques, chez Plon). Prenez celui du 13 décembre 1997, il y a très exactement vingt ans, Chirac était président, Jospin premier ministre, et la guerre n’avait pas ravagé la Syrie ; mais Claude Imbert mettait déjà en garde contre les effets pervers des transferts massifs de clandestins, au nom de toutes les bonnes intentions du monde, hélas gâtées «par l’angélisme et l’incurie». «On y vise l’intégration généreuse de populations exotiques, écrivait-il, et l’on récolte la désintégration du corps social.» On n’emporte pas si facilement sa maison et son arbre avec soi, ni même le soleil…

Source: ©François d’Orcival: «La maison, l’arbre et le soleil du petit Syrien»

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