France Gall, porte-paroles

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France Gall, porte-paroles

DISPARITION – Des Sucettes à Babacar en passant par Débranche, ses tubes signés Gainsbourg ou Berger ont accompagné nos vies.

«France Gall a rejoint le paradis blanc le 7 janvier, après avoir défié depuis deux ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer.» C’est par ces mots, transmis à nos confrères de l’AFP par sa chargée de communication Geneviève Salama, que l’on a appris la disparition de la chanteuse, dimanche dans la matinée. France Gall avait été admise à l’hôpital américain de Neuilly avant les fêtes de Noël pour une infection sévère. Son absence lors des obsèques de son ami Johnny Hallyday, au côté duquel elle était apparue une dernière fois sur scène en 2000, avait suscité l’inquiétude. Après avoir été une des chanteuses françaises les plus populaires de son époque, France Gall aura passé les vingt dernières années de sa vie dans la plus grande discrétion. Ayant vécu par et pour la musique, cette femme refusera d’apparaître au cinéma ou d’écrire son autobiographie. «Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère», déclarait-elle avec modestie.

Pourtant, ses tubes ont accompagné la vie des Français pendant au moins deux séquences: le milieu des années 1960, puis l’ensemble des années 1980. Simple interprète, elle se sera mise au service d’autres, auteurs et compositeurs. Les plus marquants resteront Serge Gainsbourg et, surtout, Michel Berger, auprès duquel elle construira non seulement un répertoire, mais aussi une famille.

Contrairement aux chanteurs de la vague yé-yé, France Gall défendra toujours un répertoire original, et non des adaptations de succès anglo-saxons

Née Isabelle Gall dans le XIIe arrondissement de Paris le 9 octobre 1947, elle avait passé son enfance dans un foyer très marqué par la chanson. Son père, Robert, chanteur lui-même, avait signé des textes à succès pour Edith Piaf (Les Amants merveilleux) ou Charles Aznavour (La Mamma). Sa mère, Cécile Berthier, était quant à elle la fille du cofondateur des Petits Chanteurs à la croix de bois. Piano à 5 ans, guitare à 11, elle aura toujours été encouragée par son père à pratiquer la musique. Celui-ci lui fait sécher l’école les lendemains de première de Piaf, Aznavour ou Bécaud. À la maison, elle fréquente les artistes croisés dans les coulisses de l’Olympia: Hugues Aufray, Marie Laforêt ou Claude Nougaro. Dès l’adolescence, avec ses deux petits frères (les jumeaux Patrice et Philippe), elle forme un premier orchestre. Son caractère buté lui vaut le surnom de «Petit Caporal».

C’est l’année de ses 16 ans, en 1963, qu’elle est signée chez Philips, après une audition au Théâtre des Champs-Élysées organisée par Denis Bourgeois, un ami de la famille. À peine sous contrat, on lui suggère de changer de prénom pour ne pas subir la concurrence d’une autre jeune chanteuse, Isabelle Aubret. Ses premières chansons sont enregistrées avec Alain Goraguer, compositeur et arrangeur proche de Vian et Gainsbourg. C’est le jour même de ses 16 ans que la chanson Ne sois pas si bête est diffusée pour la première fois à la radio. Son directeur artistique la présente à un de ses poulains: Serge Gainsbourg. Chanteur à l’insuccès chronique malgré un talent indiscutable, ce dernier lui écrit ses premiers tubes: N’écoute pas les idoles et Laisse tomber les filles, en 1964. Mais c’est l’année suivante qu’elle triomphe avec Poupée de cire, poupée de son, qui lui vaut le grand prix de l’Eurovision.

Contrairement aux chanteurs de la vague yé-yé, France Gall défendra toujours un répertoire original, et non des adaptations de succès anglo-saxons. Gainsbourg s’amuse à confectionner à cette femme enfant une image de Lolita plus sexuée, jusqu’à l’excès: Les Sucettes, en 1966, un texte dont elle avouera des années plus tard n’avoir pas saisi le double sens pendant longtemps! À la ville, elle est la fiancée de Claude François. Leur relation orageuse dure – avec des interruptions – de 1964 à 1967. En guise de rupture, il écrit Comme d’habitude, futur standard international.

Son caractère buté lui vaut le surnom de «Petit Caporal»

Après les années Philips et Gainsbourg, France Gall entame une traversée du désert qui durera jusqu’au milieu des années 1970. Des auteurs de la trempe de Jacques Lanzmann ou Étienne Roda-Gil sont convoqués pour lui écrire des chansons qui demeurent confidentielles. En 1972, Gainsbourg est rappelé, mais les deux singles qu’il lui offre, Frankenstein et Les Petits Ballons, ne brillent ni pour leur qualité ni pour leur audience.

C’est en entendant la chanson Attends-moi à la radio, un jour de 1973, qu’elle a le coup de foudre pour Michel Berger. Avec La Déclaration d’amour, celui-ci relance sa carrière en beauté l’année suivante. Avec cet auteur-compositeur surdoué, qui vient de lancer la carrière de son grand amour, Véronique Sanson, elle opère un retour au premier plan. France Gall devient une des plus grandes stars de la scène française, à grands coups de singles à succès et de spectacles marquants.

Son premier album sort l’année de son mariage avec son nouveau Pygmalion, et son retour sur scène (au Théâtre des Champs-Élysées) précède de quelques mois la naissance de leur premier enfant, Pauline Isabelle, en 1978. En 1979, elle participe à la première mouture de la triomphale comédie musicale Starmania, écrite par Luc Plamondon et composée par Michel Berger, qui reste un mois à l’affiche du Palais des congrès.

Palais des sports, Zénith, Bercy : elle remplit les plus grandes salles parisiennes avec des shows ambitieux et modernes

Les années 1980 la voient se consacrer à des projets humanitaires, notamment Action Écoles, auprès de Daniel Balavoine, tout en enregistrant des albums aussi populaires que Paris, France ou Débranche. Palais des sports, Zénith, Bercy: elle remplit les plus grandes salles parisiennes avec des shows ambitieux et modernes. Raphaël Michel, né en 1981, agrandit le clan Berger, qui apparaît comme une des familles les plus soudées du show-business. Ce bonheur volera en éclat avec la mort accidentelle de Michel Berger, qui succombe à une crise cardiaque au cours de l’été 1992. Ensemble, Berger et Gall venaient d’enregistrer leur premier album à deux voix, Double Jeu, qui aurait dû être suivi d’un spectacle en commun.

En avril 1993, la chanteuse est opérée avec succès d’un cancer du sein avant de monter sur la scène de Bercy afin de défendre le répertoire de l’homme de sa vie, auquel elle ne manquera jamais de rendre hommage. C’est encore le cas à Pleyel en 1994 et à l’Olympia en 1996. Cette même année, elle enregistre, avec des musiciens américains – notamment des accompagnateurs de Prince -, un album de chansons de son mentor, sur des arrangements très soul et funk.

La mort prématurée de leur fille Pauline, qui succombe à une mucoviscidose à l’âge de 19 ans, lui fait abandonner son métier de chanteuse définitivement. Elle refait sa vie avec le musicien américain Bruck Dawit, ingénieur du son, compositeur, arrangeur et producteur, passe six mois par an au Sénégal, où elle s’est fait construire une maison. Avec lui, elle écrira le spectacle Résiste, évocation réussie du répertoire qu’elle avait constitué avec Michel Berger. À la première parisienne, le 4 novembre 2015, elle apparaît sur scène lors des rappels, émue et fière du succès recueilli par cet hommage à l’homme auquel elle devait tant.


Source:©  France Gall, porte-paroles

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