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Jean-Robert Pitte : «Le gouvernement ne doit rien céder au blocage honteux des universités»

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TRIBUNE – De nombreuses facultés sont occupées par des étudiants opposés à la sélection à l’université. Pour l’ancien président de l’université Paris-Sorbonne*, la réforme Parcoursup est pourtant salutaire.

Nous sommes à la veille du cinquantenaire du navrant mois de mai 1968 dont l’université française n’est toujours pas remise. La gauche nihiliste qui n’a rien oublié se devait de célébrer l’événement en organisant l’une de ces émotions étudiantes dont elle a le secret. La méthode a fait ses preuves à de multiples reprises, dès qu’un gouvernement tentait de remettre un peu de bon sens dans un système qui marche sur la tête (la réforme Saunier-Seïté de 1976, celle de Devaquet en 1986, le CPE de Villepin en 2006, la réforme Pécresse de 2007, par exemple).

«Les enseignants sont majoritairement opposés à Parcoursup et votent des motions déclarant que les nouvelles règles ne seront pas appliquées et ce par pure idéologie égalitariste»

Jean-Robert Pitte

Une poignée d’étudiants bien formés (aujourd’hui par les militants de La France insoumise et de Génération.s) suffit à déclencher le mouvement selon un scénario bien rodé: petit rassemblement dans un amphi pour débattre de Parcoursup, la réforme de l’entrée à l’université portée par Frédérique Vidal, vote de blocage du site à main levée après de longues heures de débats à sens unique, érection aux portes de barricades de tables et de chaises, apposition de graffitis sur les murs, piquets de grève, convocation d’une AG le lendemain afin de décider de la poursuite du mouvement, établissement d’un lien avec les cheminots de la SNCF qui, eux aussi, luttent contre «la casse du service public».

Les rares opposants osant et sachant parler en public qui paraissent dans les AG se font conspuer sans ménagement et battent en retraite ; la parole est monopolisée par les petits tribuns entraînés. Lorsque j’évoque une poignée d’étudiants, ce n’est pas une figure de style: les membres de l’Unef, par exemple, mouvement étudiant le plus opposé à la réforme, ne sont au plus que 19 000 en France sur 2,4 millions d’étudiants, soit 0,8 %, contre 8 % de syndiqués pour les salariés, proportion déjà très faible.

Les enseignants sont majoritairement opposés à Parcoursup et votent dans les conseils des départements, UFR et facultés des motions déclarant que les nouvelles règles ne seront pas appliquées et ce par pure idéologie égalitariste. Toute forme, même très atténuée, d’orientation des jeunes est considérée comme une sélection, un refus de «donner sa chance à tout le monde» même si, au fond d’eux-mêmes, ils savent très bien que c’est une pure illusion et que la sélection se fera par l’échec. Ils s’en consolent en affirmant que s’ils disposaient de davantage de moyens pour encadrer les étudiants de niveau insuffisant, ils sauraient bien faire réussir tout le monde! Dans quel autre pays que la France voit-on des fonctionnaires décider de ne pas appliquer une réglementation décidée par leur tutelle, alors même que celle-ci a été annoncée dans son programme par un nouveau président de la République bien élu à peine un an auparavant, ce qui n’empêche pas de donner des leçons de démocratie à la Russie et à la Chine?

«Beaucoup ne se remettent pas de la perte de leurs illusions»

Dans le programme du candidat Emmanuel Macron, on pouvait lire: «Pour éclairer nos étudiants sur leur choix d’orientation, nous exigerons que chaque établissement de l’enseignement supérieur publie en toute transparence les taux de réussite et les débouchés professionnels, par formation, de ses anciens étudiants. Chaque université affichera les prérequis de chacune des formations qu’elle propose. […] Un lycéen ne disposant pas de ces prérequis pourra s’inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d’été ou par la validation de modules universitaires.» C’est ainsi que les nouvelles règles prévoient, par exemple, que dans une filière en tension comme les Staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives) il faut disposer de compétences scientifiques, sportives, en expression écrite, et avoir eu un investissement associatif ou des responsabilités collectives. Est-ce plus scandaleux que les tirages au sort qui ont été pratiqués tout au long de ces dernières années?

Il existe cependant des différences entre ce mouvement et les précédents. La première est que la majorité des étudiants ne le suit pas et ce pour une bonne raison, c’est qu’ils ne sont pas concernés, puisqu’ils sont déjà entrés à l’université et que Parcoursup est destiné aux lycéens de terminale. Comme d’habitude, ils restent sagement chez eux en attendant que cela passe, espérant secrètement que la revendication d’une note minimale de 10/20 aux examens sera acceptée par les conseils des universités afin que personne ne soit pénalisé par le blocage.

«L’amélioration des modalités d’entrée à l’université par une orientation intelligente et responsable est une nécessité»

Jean-Robert Pitte

En revanche, il faut s’attendre, après les vacances de printemps, à des tentatives de mobilisation des lycéens, encore qu’il soit bien tard puisqu’ils ont déjà exprimé leurs dix vœux pour leur entrée dans l’enseignement supérieur. L’autre différence est que la CPU (Conférence des présidents d’université) est acquise à Parcoursup, même si elle estime qu’elle manquera de moyens pour l’appliquer complètement la première année. Elle s’est exprimée le 16 janvier dernier sans ambiguïté: «La CPU est attachée aux orientations de la réforme de l’accès en premier cycle de l’enseignement supérieur qu’elle soutient, notamment parce qu’elle doit permettre de mieux orienter les élèves, les préparer aux spécificités de l’enseignement supérieur et favoriser leur réussite.»

Le lien orientation-réussite est une évidence. C’est l’insuffisance ancienne et absurde d’une vraie politique d’orientation au collège et au lycée, c’est l’abaissement continu du niveau du baccalauréat, c’est l’existence de filières sélectives qui accueillent les bacheliers avec mention (classes prépas, BTS, IUT, écoles de commerce ou d’ingénieurs post-bac) qui expliquent l’affligeant taux d’échec de 60 % en première année d’université. Beaucoup de jeunes ne se remettent pas de la perte de leurs illusions!

Un ministre en vue du gouvernement s’exprimait récemment en privé en affirmant: «Nous réformerons ce pays malgré lui!» L’amélioration des modalités d’entrée à l’université par une orientation intelligente et responsable est une nécessité. Elle doit s’accompagner du développement des filières professionnalisantes et de l’apprentissage, ce qui était clairement inscrit dans le programme d’Emmanuel Macron. Comme pour la réforme de la SNCF, tout recul serait de plomb pour la société, la réussite de sa jeunesse en particulier, pour notre économie et pour l’espérance de modernisation que la dernière élection présidentielle a fait naître.

*Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques


 

 

Source: Jean-Robert Pitte : «Le gouvernement ne doit rien céder au blocage honteux des universités»

3 Responses to "Jean-Robert Pitte : «Le gouvernement ne doit rien céder au blocage honteux des universités»"

  1. Charles Cohen
    Charles Cohen   8 avril 2018 at 8 h 24 min

    Des étudiants grévistes réclament des notes minimales de 10/20 pour les partiels ?
    Notre République est en danger. Les universités doivent être libérées de ces preneurs d’otages

    Répondre
  2. Charles Cohen
    Charles Cohen   8 avril 2018 at 8 h 24 min

    Des étudiants grévistes réclament des notes minimales de 10/20 pour les partiels ?
    Notre République est en danger. Les universités doivent être libérées de ces preneurs d’otages

    Répondre
  3. Charles Cohen
    Charles Cohen   8 avril 2018 at 8 h 24 min

    Des étudiants grévistes réclament des notes minimales de 10/20 pour les partiels ?
    Notre République est en danger. Les universités doivent être libérées de ces preneurs d’otages

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