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Merkel, à qui gagne perd

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La chancelière se maintient pour un quatrième mandat et le SPD accuse une lourde défaite. Surtout, l’extrême droite entre avec fracas au Bundestag et peut espérer près de 90 députés sur 631.

La CDU d’Angela Merkel a remporté dimanche les élections législatives en Allemagne. Mais c’est affaiblie que la chancelière cherchera à former son prochain gouvernement, et alors que l’extrême droite de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) enregistre une percée historique depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Parti chrétien démocrate a subi des pertes «dramatiques» selon les observateurs, avec environ 32,5 % des voix, soit neuf points de moins qu’en 2013. Entourée de la direction de la CDU, Merkel a admis avoir «espéré un résultat plus élevé».

«Grand test». Son partenaire de coalition, le Parti social-démocrate (SPD), réalise de son côté le pire score de son histoire, avec 20 % des voix, en baisse de près de six points. Les sociaux-démocrates, laminés, défaits pour la quatrième fois d’affilée, ont exclu dans la soirée une reconduction de leur coalition avec Angela Merkel. «C’est un très mauvais résultat pour le SPD, une lourde défaite. Aujourd’hui, la grande coalition s’achève», a assuré l’ex-ministre de la Famille d’Angela Merkel et membre du SPD, Manuela Schwesig, à l’annonce des projections des résultats du scrutin. Longuement applaudi par ses supporteurs, Martin Schulz, la tête de file du SPD, a reconnu lui aussi «la lourde et amère défaite» de son parti, nouvelle illustration de la crise de la social-démocratie en Europe.

Deux partis ont fortement profité du scrutin. Les libéraux du FDP (10,5 % des voix), qui avaient été expulsés du Parlement en 2013, font leur retour au Bundestag. Ils pourraient être la clé de voûte du prochain gouvernement allemand. Surtout, et c’est le principal choc de la soirée, le parti populiste AfD (13,5 % des voix), qui tient des discours antimigrants, anti-islam, anti-euro et révisionnistes, fait une entrée fracassante au Parlement. Selon les sondages, près de 1,2 million des électeurs de l’AfD viennent du camp des abstentionnistes. Et en 2013, 1 million des électeurs de l’AfD avaient voté pour la CDU. Le SPD et la gauche radicale de Die Linke perdent chacun 500 000 électeurs au profit de l’AfD. Un des prochains «défis de la législature» sera de ramener ces électeurs vers la CDU, a insisté la direction du parti. «L’entrée de l’AfD au Bundestag est un grand test pour l’Allemagne», a souligné Merkel. 86 % des électeurs de l’AfD estiment que «douze ans de Merkel au pouvoir, ça suffit», et 74 % d’entre eux sont d’avis que «la CDU a abandonné ses positions de droite».

Inédit. De leur côté, les Verts (9,5 %) et Die Linke (9 %) restent stables par rapport à 2013. Si le SPD persiste à refuser toute reconduction de la coalition avec Merkel, la chancelière n’aura d’autre alternative que de se rapprocher des libéraux et des Verts (lire ci-dessous). Une expérience inédite : jamais le pays n’a été gouverné par une coalition de trois partis. Connu sous le nom de coalition «Jamaïque», ce scénario laisse augurer de longues et difficiles négociations, tant les positions des Verts et des libéraux semblent éloignées sur l’environnement, la sécurité ou l’Europe. «Nous entamerons de telles négociations avec grand sérieux», assure le ministre-président du Land du Bade-Wurtemberg, Winfried Kretschmann, seul Vert à diriger un des seize Länder allemands.

Nathalie Versieux à Berlin

Source : © (1) Merkel, à qui gagne perd – Libération

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