Le «macronisme», du bricolage fait de bric et de broc, et fier de l’être » C.J.F.A.I  
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Le «macronisme», du bricolage fait de bric et de broc, et fier de l'être

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Le Président de la République, Emmanuel Macron, ici au Palais de l’Elysée, lors de la signature des ordonnances réformant le code du travail.

Libéral et populiste à la fois, car il faut de tout pour faire un monde. Le chef de l’État veut prendre ses distances avec l’Allemand Bismarck pour s’acoquiner avec le Britannique Beveridge.

Il arrive que les journalistes posent des questions savantes. «Vous voulez passer du modèle d’“assurance” sociale dit “bismarckien”, financé par des cotisations, au modèle de solidarité via l’impôt, dit “beveridgien”…», interrogent les plumitifs de service. À quoi Emmanuel Macron répond: «Exactement.» Quant au lecteur interloqué par ce dialogue au sommet, il se remémore la célèbre formule de Woody Allen: «La réponse est oui. Mais quelle était la question?»

La question porte sur les systèmes de protection sociale. Le chef de l’État veut donc prendre ses distances avec l’Allemand Bismarck pour s’acoquiner avec le Britannique Beveridge, croit-on deviner.

Le «chancelier de fer», non content de faire la guerre à la France et de la gagner en 1870, avait créé, une dizaine d’années plus tard, un système complet de protection sociale, une première mondiale. Portant sur les trois «risques», maladie, accidents du travail et vieillesse, son principe était celui de l’assurance, avec des cotisations assises sur le salaire. Pour Otto von Bismarck, il s’agissait de couper l’herbe sous le pied des mouvements socialistes, d’améliorer le dialogue social au niveau des entreprises pour le plus grand bien de l’industrie allemande.

 «La maladie et le chômage ne sont plus des risques personnels sur lesquels on s’assure par la cotisation sur le travail, ce qui était la base du contrat de 1945»

Emmanuel Macron

En pleine Seconde Guerre mondiale, le gouvernement britannique de Winston Churchill demande à l’économiste William Beveridge un rapport sur l’assurance-maladie. Lequel préconise en 1942 un système fondé sur les «trois U», universalité (toute la population), uniformité des prestations, unité de gestion par l’État et financement par l’impôt.

La sécurité sociale française instaurée par ordonnances en 1945 s’est inspirée davantage du système d’«assurance» de Bismarck que de l’«assistance» de Beveridge. Emmanuel Macron entend donc rompre l’équilibre de 1945 sous prétexte que «la maladie et le chômage ne sont plus des risques personnels sur lesquels on s’assure par la cotisation sur le travail, ce qui était la base du contrat de 1945. Ce sont des risques sociétaux qui justifient la solidarité nationale. Il faut donc les financer par l’impôt, la CSG, et non par des cotisations sur le travail».

Ce faisant, on a l’impression que le chef de l’État ne saisit pas complètement la portée de ce qu’est un impôt: «Un versement obligatoire, et sans contrepartie, aux administrations publiques» (définition de l’Insee). Avec la fiscalisation de l’«assurance-chômage», il n’y aura plus aucune raison que le cadre touche des indemnités supérieures à celles du smicard. Toutefois, les cotisations versées par les entreprises subsisteront, elles aussi assises sur le salaire, ce qui pourrait justifier une modulation des indemnités… Au passage, il est étrange que le gouvernement perpétue le mythe des «cotisations employés» qui seraient d’une autre nature que les «cotisations entreprise», alors que c’est la même chose: les unes et les autres entrent dans le coût salarial pour l’entreprise et elles diminuent de la même façon le salaire net du salarié.

«Artisanat furieux»

La réforme de l’assurance-chômage qui sera discutée en octobre ne peut que déboucher sur un dispositif baroque. D’autant que, non content d’abandonner Bismarck au profit de Beveridge, «Emmanuel Macron préfère se rapprocher du modèle danois dans lequel le chômeur, qui reste mobilisé sur le retour à l’emploi, garde des droits importants», explique au JDD Jean Pisani-Ferry, l’ex-conseiller économique de campagne du candidat Macron à la présidentielle.

Dernier niveau de complication, le gouvernement compte introduire un bonus-malus à l’américaine, dans lequel les entreprises qui licencient ou ont le plus recours à des contrats courts paient plus de cotisations. Tout cela part de l’idée assez naïve qu’il suffirait d’emprunter ce qu’il y a de mieux dans les expériences étrangères pour aboutir à un système optimal. Faux. «Demandez à une commission de dessiner un cheval, et il en sortira un dromadaire». Tel est le risque du bricolage idéologique faute d’avoir une idée-force. En matière de finances publiques également, on assiste à une sorte d’«artisanat furieux». Ainsi Emmanuel Macron critique-t-il, à juste raison, le court-termisme des gouvernements précédents. «Nous sommes un pays de météorologues: on regarde la conjoncture et dès que ça va mieux, il ne faudrait plus demander d’efforts» (interview au Point). Or c’est pourtant ce qui va se passer pour le budget 2018: sous prétexte que la croissance économique pourrait être plus forte que prévu, le gouvernement a décidé de faire moins d’économies dans les dépenses publiques qu’il ne l’avait envisagé au départ. C’est l’inverse qui aurait été pertinent.

Une telle démarche est humiliante vis-à-vis de nos voisins aux yeux desquels on apparaît comme le mauvais élève qui traficote les résultats (les indicateurs de déficit). «En France, on n’a ni hiver, ni été, ni principes, mais exception faite de ces trois inconvénients, c’est un beau pays», prétendait l’écrivain humoriste américain Mark Twain. Un pays qui va organiser les JO à Paris en 2024, pourrait ajouter Emmanuel Macron, qui s’y connaît en matière de populisme. L’exonération de taxe d’habitation pour la plupart, la suppression des cotisations chômage «qui représentera plus de 250 euros par an au niveau du smic»: la présentation qu’il donne de son action entretient la fiction selon laquelle l’État créerait de la richesse et du pouvoir d’achat. C’est le degré zéro de l’argumentation en matière de politique économique.

Il est vrai que les «macronomics» n’ont pas d’apôtres pour en vulgariser le sel ici ou là. L’Élysée n’a aucun conseiller économique au sens où le président John Kennedy avait à ses côtés à la Maison-Blanche John Galbraith, le grand théoricien de la «société d’abondance» (on était au début des années 1960). Il est vrai aussi qu’on n’imagine pas Pic de la Mirandole s’entourant d’autres têtes d’œuf.

Source :©  Le Figaro Premium – Le «macronisme», du bricolage fait de bric et de broc, et fier de l’être

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