États-Unis : qu'est-ce que la NFAC, cette «milice noire» paramilitaire qui défile en marge des manifestations anti-racisme ?

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États-Unis : qu'est-ce que la NFAC, cette «milice noire» paramilitaire qui défile en marge des manifestations anti-racisme ?

FOCUS – Cagoulés et lourdement armés, les membres de cette milice séparatiste s’inspirant des «Black Panther» revendiquent le port d’arme pour les noirs au même titre que les suprémacistes blancs, qu’il leur plaît d’affronter.

Leur visage est souvent camouflé par un foulard remonté jusqu’au nez ou par une cagoule. Ils sont tous lourdement armés – les armes sont bien chargées – canon tourné vers le sol et balles rangées dans une ceinture à munitions portée en bandoulière. Ils avancent en formation militaire ou se positionnent de manière stratégique comme des soldats au front. La totalité des membres de cette milice autoproclamée sont noirs. Il s’agit des membres de la NFAC, «Not Fucking Around Coalition», appellation que l’on pourrait traduire par «La coalition qui ne plaisante pas».

 

Samedi 5 septembre, environ 250 membres de cette «milice noire», comme ils ont l’habitude de se définir, ont participé à la manifestation anti-racisme de Louisville. Le rassemblement avait pour but de réclamer justice pour la mort de Breonna Taylor, abattue par des policiers dans son appartement le 13 mars 2020.

 

Les membres de la NFAC à Louisville.
Les membres de la NFAC à Louisville. Brandon Bell / AFP

 

Durant l’événement, le leader de la NFAC, «Grandmaster Jay» (Grand maître Jay), a provoqué les officiers de police qui montaient la garde mais le groupe a ensuite battu en retraite sans incident.

 

Un membre de la NFAC en position à Louisville.
Un membre de la NFAC en position à Louisville. Brandon Bell / AFP

 

Du mépris pour «Black Lives Matter»

 

Les adhérents de la NFAC se font de plus en plus connaître lors des manifestations anti-racisme. Leur but premier étant d’affronter les suprémacistes blancs également armés pour la plupart. À Stone Mountain (Géorgie), le 4 juillet, journée de l’indépendance, le leader du groupe a d’ailleurs déclaré dans son mégaphone : «Je ne vois pas de milice blanche, on est là. Vous êtes où ? On est chez vous».

Les affiliés de la «Not fucking around coalition» refusent cependant «d’être associés aux militants de Black Lives Matter (BLM), car ils les méprisent, estiment qu’ils réagissent avec émotion et font entrer des casseurs dans leur mouvement. À l’inverse, la NFAC se veut une organisation carrée et militaire qui n’accepte pas les débordements», précise au Figaro Cécile Coquet-Mokoko, professeur d’histoire culturelle des États-Unis, études afro-américaines. À Louisville, la NFAC a d’ailleurs quitté les lieux lorsque les manifestants de BLM ont rejoint la mobilisation, ne souhaitant pas être pris pour responsables en cas de tensions.

 

Les adhérents de cette jeune milice qui s’est affichée pour la première fois en marge de la mobilisation en hommage à Ahmaud Arbery à Brunswick (Géorgie), en mai dernier, aiment s’ériger en justiciers. Le 4 juillet, à Stone Moutain, «les habitants noirs ont réagi très favorablement en les voyant, estimant être protégés des groupes suprémacistes blancs, également armés».

Ce jour-là, ils ont défilé dans le parc national qui a servi à plusieurs reprises de lieu de rassemblement au Klu Klux Klan et où se trouvent les statues de Thomas Jackson, Robert Lee et Jefferson Davis, respectivement général, commandant et président des États confédérés pendant la guerre de Sécession. Des sculptures que la NFAC et les activistes du mouvement Black Lives Matter souhaitent voir disparaître.

 

 

Séparatistes

 

Leur leader, «Grandmaster Jay» (Grand maître Jay), de son véritable nom John Fitzgerald Johnson, est un ancien militaire, rappeur, producteur et DJ. Il s’est présenté de façon indépendante à l’élection présidentielle américaine de 2016 et a obtenu 47 votes.

 

Grandmaster Jay décrit la NFAC comme une organisation qui pourrait avoir pour slogan «oeil pour oeil, dent pour dent». À l’image du chef de file, les autres partisans, hommes et femmes, semblent majoritairement être des vétérans rompus au maniement des armes.

Séparatiste, «le groupuscule s’inspire des Black Panther de la fin des années 1960», explique Cécile Coquet-Mokoko. Ils revendiquent ainsi le droit d’obtenir un territoire pour tous les descendants d’esclaves africains américains où seuls les personnes noires pourraient s’installer et où la ségrégation envers les blancs régnerait. En l’occurrence, la NFAC souhaite que le gouvernement américain leur délivre le Texas. «Une demande irréaliste, la ressource de l’État en richesse pétrolière rendant la revendication improbable», juge la spécialiste.

Cette milice a de nombreux points communs avec la National African American Gun Association (NAAGA), un lobby pro-arme similaire à la National Rifle Association (NRA) mais qui recrute parmi les Afro-Américains et qui encourage la population afro-américaine à acheter leurs armes chez les armuriers noirs. «La NFAC clame : ‘nous aussi nous sommes des citoyens et nous avons donc le droit de protester dans les rues et de porter des armes. Ce n’est pas uniquement réservé aux blancs’».

 

La NFAC à Louisville.
La NFAC à Louisville. JEFF DEAN / AFP

 

Ce type de milices de citoyens armés sont habituelles aux États-Unis. «Rien que dans l’État du Wisconsin, on les compte par centaine», souligne Cécile Coquet-Mokoko. Cet engagement bénévole provient de la mauvaise interprétation du second amendement de la constitution rédigé à la fin du XVIIIe siècle. «Le but de ce texte était de pouvoir organiser des milices de citoyens dans les États qui ne disposaient pas d’armée, afin que les habitants puissent tout de même se protéger et prendre les armes contre les Amérindiens par exemple. La population, majoritairement constituée de paysans, n’était pas habituée au maniement des mousquets et l’amendement permettait donc de contrôler les armes et leur propriétaire et de vérifier que chacun sache entretenir l’arme correctement», raconte la professeur d’histoire.

Mais dans le «climat insurrectionnel» qui secoue aujourd’hui les États-Unis, les Afro-Américains membres de ces milices sont vus comme «des criminels noirs par les blancs» qui se mobilisent d’autant plus derrière leur idole, ce qui ne fait qu’alimenter et justifier le discours de Donald Trump. «Surtout lorsque Grandmaster Jay a dit ‘burn everything down’ (Brûlez tout) lors d’une apparition bien qu’il ait ensuite expliqué qu’il s’agissait d’une métaphore», estime la spécialiste des questions afro-américaines. En se désolidarisant des «Black Lives Matter» et en voulant à tout prix affronter les milices de suprémacistes blancs, la NFAC veut faire régner sa «version de l’ordre».

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La police aux États-Unis, comment ça marche?
La police locale, le shérif ou les agents fédéraux du FBI, difficile de s’y retrouver dans l’organigramme des officiers de police américains. Le Figaro fait le point.
 
 

Source:© États-Unis : qu’est-ce que la NFAC, cette «milice noire» paramilitaire qui défile en marge des manifestations anti-racisme ?

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