Éric Zemmour: «Les impostures de la pensée décoloniale»

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Éric Zemmour: «Les impostures de la pensée décoloniale»CHRONIQUE – Une charge vive contre l’universalisme français par un militant aguerri des «luttes intersectionnelles». Une pensée raciste qui se prétend antiraciste.

La France est un pays horrible. Un pays où le racisme est tellement ancré qu’il fait «système». Le pays champion mondial des crimes contre l’humanité. Un pays qui discrimine à tout-va, les Noirs, les Arabes, les musulmans, les femmes, les homosexuels. C’est Louis-Georges Tin qui le clame dans un petit livre manifeste. Tout ce qu’il décrit, notre auteur l’a vécu dans sa chair: son livre est autant un manifeste qu’un témoignage.

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Louis-Georges Tin fut tellement discriminé en tant que Martiniquais, noir et homosexuel que l’État l’a contraint de faire ses études dans l’un des meilleurs lycées de France (Henri-IV) dans un quartier connu pour sa laideur et sa misère (entre le Panthéon et le jardin du Luxembourg) et qu’il a dû ensuite entrer à l’École normale supérieure (scolarité pendant laquelle il était payé), école que n’a pu intégrer dans sa jeunesse notre président de la République lui-même. Le sort des minorités en France est vraiment une honte pour notre pays!

Il ne faut pas compter sur son interlocuteur Régis Meyran pour le mettre en face de la réalité ; celui-ci en rajoute sans cesse dans la dénonciation de la France, mère de tous les crimes, leur conversation ayant souvent des effets comiques involontaires à la Dupont et Dupond, quand Tin ne s’offusque pas d’être débordé sur sa gauche!

Tin désigne l’adversaire : l’universalisme français et l’assimilation.
L’objectif de l’ouvrage est de dénoncer «l’imposture de l’universalisme». Au moins, il y a un mot juste dans le titre. Tin déroule avec une grande clarté d’expression – merci aux grands écrivains français (hommes blancs, le plus souvent hétérosexuels et chrétiens) qui l’ont formé! – le substrat de l’idéologie qui règne aujourd’hui sur l’université française (venue d’Amérique) ; une idéologie qui rassemble dans la fameuse «intersectionnalité des luttes», les militants féministes, LGBT, et mouvements antiracistes. En bon émule de Carl Schmidt (homme blanc, chrétien, hétérosexuel), Tin désigne l’adversaire: l’universalisme français et l’assimilation.

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Il a raison. C’est le cœur de la France: universalisme à la fois catholique et laïque, à la fois Pascal et Descartes, à la fois universel (tout homme doué de raison peut accéder aux Lumières) et enraciné (produit d’une terre, d’un peuple, d’une religion, d’un État, d’une histoire). Tin le dénonce comme hypocrite parce qu’il nie son enracinement d’origine. Il dénonce l’assimilation comme une violence car elle est un dépouillement de sa culture d’origine pour adopter une nouvelle, comme Marie-Antoinette, venue épouser Louis XVI, dut ôter ses vêtements d’Autrichienne pour endosser les habits français en vogue à Versailles.

Sur ces deux points, il a encore raison, mais, quand il évoque son envie de retourner sur la terre de ses ancêtres africains, il oublie l’essentiel: la France ne force ni ne retient personne. Au passage, Tin corrige une erreur historique longtemps répandue dans ses milieux antiracistes: l’assimilation n’est pas le produit de la colonisation, mais le principe à l’origine de la nation française, depuis l’aube de la monarchie. L’assimilation, c’est la France. Il prétend que cette assimilation est le cœur d’un racisme français qui nie les identités alors qu’elle constitue au contraire la preuve irréfutable que la France est le pays le moins raciste du monde, puisqu’être Français n’est pas une race ou une ethnie, mais une acquisition de codes culturels, mœurs, histoire. C’est le discours de Tin et de ses amis décoloniaux qui est raciste, puisqu’il enferme chacun dans sa race, son ethnie, sa religion, ses origines et sacralise celles-ci.

Dommage que cette «vérité historique» rétablie s’accompagne de nouvelles erreurs. Emporté par son élan vengeur, Tin nous affirme que les mariages interraciaux étaient interdits par le code civil (Alexandre Dumas ne serait donc pas né!) et que Napoléon a perdu à la bataille de Vertières en 1803, lors de la révolte des esclaves d’Haïti, bataille où Bonaparte n’était pas présent.

La vision de notre auteur repose tout entière sur la colonisation et l’esclavage, cœur battant de l’histoire du monde.
La vision de notre auteur repose tout entière sur la colonisation et l’esclavage, cœur battant de l’histoire du monde. Colonisation qui explique l’enrichissement de l’Europe et l’esclavage ; crime contre l’humanité inexpiable de l’Europe et surtout de la France. Tant pis si de nombreux historiens ont démontré que la colonisation nous avait plus coûté que rapporté ; que le développement industriel de l’Angleterre fut fondé sur le charbon dans son sous-sol et non sur les matières premières des pays colonisés ; et que l’esclavage fut de tout temps et de tous les continents, que des chefs africains vendaient leurs «frères» aux négriers blancs, que les sociétés tribales africaines reposaient elles-mêmes sur l’esclavage, et que Tin ne dit pas un mot des traites musulmanes, qui ont asservi bien plus d’Africains (et des Européens), castrant les hommes pour qu’ils ne se reproduisent pas.

Tin est très instructif quand il nous conte le grand basculement des années 2005: une nouvelle génération d’associations «antiracistes» prend le relais des anciennes: Licra, Mrap, SOS Racisme. Celles-ci-ci dénonçaient sans relâche la France et l’assimilation, mais le faisaient au nom de l’universalisme de la France. Leurs successeurs, Cran, CCIF, Indigènes de la République, Brigade anti-négrophobie, Les Indivisibles, La Voix des Roms, finissent le boulot sans s’embarrasser de ce genre de fausses pudeurs: pour retourner contre eux leur habituelle «cage aux phobes» qu’ils imposent à leurs adversaires, ils seront ouvertement hétérophobes, blancophobes, judéophobes, christianophobes, francophobes. Mais aucun juge ne les condamnera pour si peu. Car l’État, tétanisé par les émeutes de banlieue (la même année!) cède à toutes les intimidations. C’est le grand intérêt de cet ouvrage que de montrer sans fard les méthodes de ces activistes pour s’imposer à la majorité passive et à l’État pleutre. Tin nous décrit avec jubilation comment lui et ses amis inventent et imposent leur vocabulaire utilisant des médias complaisants pour les imposer au calendrier politique. La méthode est rodée et Tin nous la décrit fièrement: ainsi sort-il l’homosexualité de la sphère privée pour en faire une question politique. Puis dénonce comme «homophobes» tous ceux qui contestent sa manœuvre!

Tin est l’incarnation de ces minorités qui ont pris le pouvoir. Il s’en vante: «On m’a plusieurs fois proposé des positions dans les partis politiques mais je savais que je serais plus efficace à l’extérieur d’un parti.» Tin nous donne la marche à suivre: reprendre le pouvoir à ces minorités, au nom de l’État. Et pour cela remettre au goût du jour l’antique principe de Richelieu: «Pas d’État dans l’État.»

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Source: Éric Zemmour: «Les impostures de la pensée décoloniale»

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