Mort d’Elizabeth II : un deuil mondial pour « une reine d’exception »

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Les dirigeants des pays membres de l’OTAN et le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, réunis autour de la reine Elizabeth II à l’occasion des 70 ans de l’organisation, à Londres, le 3 décembre 2019. YUI MOK / AFP

Après la mort de la souveraine, le 8 septembre, les hommages ont afflué du monde entier pour saluer la place qu’a occupée la plus ancienne cheffe de l’Etat sur la scène internationale.

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Du monde entier, les hommages ont afflué à l’annonce de la mort d’Elizabeth II, jeudi 8 septembre, une reine qui, en soixante-dix ans de règne, a connu à peu près tous les dirigeants de la planète, leurs prédécesseurs, parfois même sur plusieurs générations, et qui s’est rendue à peu près partout, à l’exception, notamment, d’Israël et des territoires palestiniens. Minute de silence à l’ONU, tour Eiffel privée de ses lumières, drapeaux en berne sur la Maison Blanche mais aussi dans le sultanat d’Oman, jours de deuil au Brésil, en Jordanie ou à Cuba… Les marques de respect se sont multipliées tout autour du globe.

Parmi les dernières réactions, la Chine rappelait, vendredi matin, qu’Elizabeth II avait été « la première monarque britannique » à s’être rendue dans le pays. C’était en 1986. La reine, accompagnée du duc d’Edimbourg et de Sir Geoffrey Howe, secrétaire au Foreign Office, s’était alors entretenue avec le dirigeant Deng Xiaoping, donnant ainsi un caractère officiel à l’accord sino-britannique signé deux ans plus tôt, en décembre 1984, sur le retour de Hongkong, colonie britannique, dans le giron de la Chine en 1997.

Vendredi, le dirigeant chinois, Xi Jinping, a présenté ses « sincères condoléances » au Royaume-Uni et s’est dit « prêt à travailler avec le roi Charles III », dans un message rapporté par la télévision publique CCTV. Le premier ministre japonais, Fumio Kishida, a déploré pour sa part une « grande perte non seulement pour le peuple britannique mais aussi pour la communauté internationale ».

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Mais c’est sans conteste du côté du Commonwealth, organisation intergouvernementale composée de 56 Etats presque tous issus de l’Empire britannique, que l’émotion a été la plus prompte à s’exprimer. Une heure après la disparition d’Elizabeth II, c’est un premier ministre canadien visiblement ému, les larmes aux yeux, qui a fait part de sa " grande tristesse ". Justin Trudeau, qui connaissait la souveraine britannique depuis sa plus tendre enfance pour l’avoir rencontrée quand son propre père, Pierre Elliott Trudeau, était lui-même premier ministre, a eu quelques mots très personnels. « En tant que douzième premier ministre canadien à l’avoir servie, j’ai beaucoup de mal à croire que la dernière fois que je l’ai vue restera la dernière fois (...). Elle était intéressée, intéressante, engagée, curieuse, drôle. Elle m’a beaucoup conseillé (...) C’était une de mes personnes préférées au monde, elle va beaucoup me manquer. »

A Ottawa, le drapeau canadien a été mis en berne sur la tour de la Paix, des rubans noirs vont être apposés sur tous les portraits de la reine défunte. Car Elizabeth II, souveraine du Royaume-Uni, était aussi la cheffe d’Etat du Canada. Sa représentante officielle, la gouverneure générale, Mary Simon, deuxième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire, a assuré dans un message publié sur les réseaux sociaux, que, partout dans le pays, « les Canadiens porteront le deuil de la reine ».

En Australieles principaux responsables politiques, monarchistes et républicains, lui ont unanimement rendu hommage. « Sa Majesté a célébré nos bons moments et elle s’est tenue à nos côtés pendant les épreuves et les difficultés, a déclaré, lors d’une allocution télévisée, dès 6 heures du matin, vendredi, le premier ministre, Anthony Albanese. Nous nous souvenons en particulier de la sympathie et de la gentillesse dont elle a fait preuve à l’égard des Australiens quand ils ont été touchés par la tragédie et la catastrophe – des inondations et feux de brousse aux guerres et à une pandémie. »

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« En tant que reine de Nouvelle-Zélande, elle a toujours fait preuve d’un profond intérêt personnel pour la vie et le bien-être de notre nation », a salué, de l’autre côté de la mer de Tasman, la première ministre, Jacinda Ardern. A la radio, le présentateur Mike Hosking n’a pu retenir ses larmes à l’annonce de sa mort.

« Bienfaisante dirigeante »

« Peiné par la disparition » de celle qui, en accédant au trône, en 1952, incarnait le premier souverain britannique à ne pas avoir régné sur l’Empire des Indes, disparu en 1947, avec la partition entre l’Inde et le Pakistan, Narendra Modi a salué « un guide inspirant pour sa nation et son peuple ». Le premier ministre indien a rappelé qu’Elizabeth II lui avait montré un mouchoir que lui avait donné à son mariage le héros de l’indépendance indienne, le Mahatma Gandhi.
« Je chérirai toujours ce geste », a écrit M. Modi sur Twitter, ajoutant que la reine « symbolisait la dignité et la pudeur dans la vie publique ». Arif Alvi, président du Pakistan, deuxième pays le plus peuplé du Commonwealth, a également salué la mémoire d’« une grande et bienfaisante dirigeante ». Sa mort laisse un immense vide dont le souvenir « restera gravé en lettres d’or dans les annales de l’histoire mondiale », a-t-il ajouté.

En Afrique du Sud, le président, Cyril Ramaphosa, a salué la mémoire d’une « personnalité publique extraordinaire et de renommée mondiale, qui a eu une vie remarquable ». Il avait rencontré la reine en 2018. Ensemble, ils avaient alors consulté les lettres que l’ancien président Nelson Mandela envoyait à la souveraine, qui n’avait pas remis les pieds dans le pays tout au long des années d’apartheid. De retour sur place en 1995, elle avait ensuite reçu Nelson Mandela à Buckingham Palace l’année suivante. « Grand-père nous disait qu’il était la seule personne à pouvoir appeler la reine par son prénom, et ça nous faisait beaucoup rire. Il disait qu’il se le permettait, car elle aussi l’appelait par son prénom, car grand-père était un prince », se souvient, pour The world, Ndileka Mandela, première petite-fille de Nelson Mandela.

Au Ghana, tous les drapeaux officiels seront mis en berne pendant sept jours, à partir de vendredi. Rendant hommage à « l’amabilité, l’élégance, le style et la joie que [la reine] a apportés dans l’exercice de ses fonctions », le président ghanéen, Nana Akufo-Addo, a rappelé, dans une série de messages sur Twitter, le rôle central qu’a joué Elizabeth II dans la construction du Commonwealth. « Elle a supervisé la transformation spectaculaire de l’union et l’a orientée vers une plus grande attention à nos valeurs communes et une meilleure gouvernance. Elle était le roc qui maintenait l’organisation solide. »

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La reine avait défrayé la chronique en 1961 en se rendant, contre l’avis de son gouvernement, qui jugeait l’entreprise dangereuse pour sa sécurité, en déplacement officiel au Ghana, qui se rapprochait de l’URSS depuis son indépendance, en 1957. Lors de ce déplacement, elle avait dansé avec le dirigeant panafricaniste Kwame Nkrumah au cours du bal donné en son honneur. Les photos de la reine d’Angleterre au bras du président ghanéen avaient fait le tour du monde, au point de devenir l’un des emblèmes du Commonwealth moderne, supposément postcolonial et multiracial.

L’onde de choc a été tout aussi forte en Occident. Des Etats-Unis, Joe Biden a été ainsi l’un des premiers à réagir en saluant « une femme d’Etat d’une dignité et d’une constance incomparables ». La reine défunte, a souligné le président américain, était « plus qu’une monarque. Elle incarnait une époque ». Elizabeth II « a contribué à rendre spéciale » la relation entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, a-t-il encore souligné, en se disant « impatient de poursuivre une étroite relation d’amitié avec le roi et la reine consort ».

En Europe, beaucoup ont eu à cœur de rappeler le rôle d’Elizabeth II dans les années d’après-guerre, qui ont correspondu à son accession au trône. Elle a symbolisé « la réconciliation » avec l’Allemagne, contribuant à « panser les plaies » de la seconde guerre mondiale, a ainsi déclaré le chef de l’Etat allemand, Frank-Walter Steinmeier. « La Grande-Bretagne a tendu la main à l’Allemagne pour qu’elles se réconcilient – et la main de la réconciliation était aussi celle de la reine », a-t-il poursuivi dans un message de condoléances. Dans un message distinct, le chancelier, Olaf Scholz, a lui aussi rappelé « l’engagement [de la reine] en faveur de la réconciliation germano-britannique »« Nous pleurons la reine Elizabeth II. Elle était un modèle et une source d’inspiration pour des millions de personnes, y compris ici, en Allemagne. Son engagement en faveur de la réconciliation germano-britannique après les horreurs de la seconde guerre mondiale ne sera pas oublié. »

Elizabeth II, qui a effectué cinq visites d’Etat en République fédérale d’Allemagne entre 1965 et 2015, avait notamment fait le déplacement pour le 750anniversaire de Berlin, en 1987. « Il n’y a pas de mots pour rendre hommage, même partiellement, à l’importance primordiale de cette reine, à son sens du devoir, à son intégrité morale, à son dévouement et à sa dignité », a réagi l’ancienne chancelière Angela Merkel, particulièrement émue.

« Une amie de la France »

En France, un drapeau du Royaume-Uni a été posé sur le perron de l’Elysée. Emmanuel Macron a été prompt à réagir, lui aussi, pour lui rendre hommage. « Sa Majesté la reine Elizabeth II a incarné la continuité et l’unité de la nation britannique plus de soixante-dix ans durant. Je garde le souvenir d’une amie de la France, une reine de cœur qui a marqué à jamais son pays et son siècle », a écrit le président français sur Twitter. Dans un communiqué distinct publié dans la soirée, l’Elysée a déclaré que « le peuple français aussi porte son deuil ».

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Sur le territoire de l’Union européenne, où chacun avait remarqué qu’au moment des débats sur le Brexit la reine avait arboré un chapeau bleu piqueté de petites fleurs jaunes, couleurs du drapeau européen, les réactions ont été à l’unisson. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué « un modèle de continuité » à travers l’histoire, « dont le calme et le dévouement ont donné de la force à beaucoup ». Elizabeth II « a été témoin de la guerre et de la réconciliation en Europe et au-delà, et des transformations profondes de notre planète et de nos sociétés », a-t-elle écrit sur Twitter, un « point d’ancrage dans les moments difficiles ».

Parmi les têtes couronnées, le roi des Belges, Philippe, et son épouse, la reine Mathilde, ont rendu hommage à « une monarque d’exception qui a profondément marqué l’histoire », faisant preuve « de dignité, de courage et de dévouement tout au long de son règne »« Elle nous manquera terriblement », a prédit la reine du Danemark, Margrethe II, à qui revient, désormais, le record de longévité sur le trône en Europe. Pour le roi d’Espagne, Felipe VI, Elizabeth II a « écrit les chapitres les plus pertinents de l’histoire » ces sept dernières décennies.

Le décès de la plus ancienne cheffe d’Etat au monde est même parvenu à réunir, dans un même hommage, les ennemis irréductibles du moment. « Au nom du peuple ukrainien, nous adressons nos sincères condoléances à la famille royale, à l’ensemble du Royaume-Uni et au Commonwealth pour cette perte irréparable », a déclaré le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, dans un message publié sur les réseaux sociaux, soulignant qu’il avait appris le décès de la reine avec « une profonde tristesse »« Pendant de nombreuses décennies, Elizabeth II jouissait à juste titre de l’amour et du respect de ses sujets, ainsi que d’une autorité sur la scène mondiale », a affirmé, de son côté, le président russe, Vladimir Poutine, dans un communiqué publié par le Kremlin.

« Profondément attristé », le pape François a ajouté sa voix. « Je m’associe volontiers à tous ceux qui pleurent sa disparition en priant pour le repos éternel de la reine et en rendant hommage à sa vie de service ininterrompu pour le bien de la nation et du Commonwealth, à son exemple de dévouement au devoir, son témoignage inébranlable de foi en Jésus-Christ et sa ferme espérance en ses promesses », a-t-il déclaré, avant de s’adresser au nouveau roi, Charles III. « Sur vous et sur tous ceux qui chérissent la mémoire de votre défunte mère, j’invoque une abondance de bénédictions divines comme gage de réconfort et de force dans le Seigneur. »

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