Les raisons du déficit commercial historique affiché par la France

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Le port Havre. 482067241/sissoupitch – stock.adobe.com

DÉCRYPTAGE – L’envolée du pétrole et du gaz creuse le solde négatif semestriel à 71 milliards d’euros.

 

Il fallait s’y attendre, mais la déception et les inquiétudes n’en sont pas moins grandes. Sur les six premiers mois de l’année, le déficit commercial français sur les biens s’est creusé à 71 milliards d’euros, d’après les chiffres publiés vendredi par les douanes. Un montant inédit qui balaye d’un revers de main le pic – déjà sans commune mesure récente – de 51 milliards d’euros enregistrés au semestre précédent.

Une dégradation «très sensible» et pas franchement «enthousiasmante», a concédé à demi-mot le nouveau ministre délégué chargé du Commerce extérieur, Olivier Becht. D’autant plus que, sur le seul mois de juin, le déficit commercial a plongé de 13,3 milliards d’euros, un nouveau record mensuel. De quoi laisser présager une intensification des difficultés dans les prochains mois.

Cette situation est très largement imputable à la facture énergétique qui s’est littéralement envolée. La guerre en Ukraine a en effet entraîné une flambée des prix des hydrocarbures ainsi que des matières premières. Et comme si ce n’était pas assez, la dépréciation de l’euro face au dollar (près de 8 % au premier semestre) a renchéri les importations de pétrole libellées en devise américaine. La facture énergétique est donc passée de 27 milliards d’euros au deuxième semestre 2021 à 48 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année. Du jamais vu. Elle «explique à elle seule la dégradation de notre déficit commercial», a estimé le ministre délégué. Entre le deuxième trimestre 2020 et le deuxième trimestre 2022, les prix de l’énergie à l’importation ont été multipliés par près de cinq.

Parts de marché perdues

Une fois encore, nos importations ont plus progressé (+ 26 %) que nos exportations (+ 13 %) par rapport au deuxième trimestre 2019 (année d’avant crise). Mais même hors énergie et matériel militaire, le déficit commercial de 36 milliards d’euros, proche de son niveau de l’an dernier, reste des plus préoccupants. Les livraisons aéronautiques, un des points forts traditionnel, peinent à repartir.

Et les pertes de part de marché dans le secteur des équipements automobiles s’accumulent. «On voit aussi combien les parts de marché se dégradent énormément vis-à-vis de l’Asie depuis la pandémie et localement avec certains voisins. Le commerce extérieur est clairement le point noir des performances françaises», estime, sans pincettes, Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade. Un diagnostic que martèle Bruno Le Maire lui-même depuis des mois. La barre symbolique des 100 milliards d’euros de déficit annuel devrait logiquement être franchie à la fin de l’année. Sur douze mois glissants, la France affiche déjà un solde négatif de 121,9 milliards d’euros. La messe est dite.

S’il faut tenter toutefois de chercher du positif, il est à trouver dans la bonne tenue des services, qui affichent un excédent record de 34 milliards d’euros, contre 23 milliards au semestre précédent. Mais au vu du mauvais chiffre global, c’est une maigre consolation.

L’industrie rebondit

La production industrielle tricolore a augmenté de 1,4 % en juin, après un premier mois de rebond en mai (+ 0,2 % en données révisées), après trois mois de recul, a indiqué vendredi l’Insee. La fabrication des biens d’équipement est en forte hausse (+ 3,5 %), tout comme les industries agroalimentaires (+ 2,2%). La situation s’est aussi améliorée pour les industries extractives, l’énergie et l’eau (+ 2,4 %), ainsi que pour la fabrication des matériels de transport, avec une croissance de 2,8 %. En revanche, l’industrie automobile a reculé de 1,9 %.

 

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