Comment améliorer le marché européen de l’énergie ?

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Comment maîtriser les énormes variations de prix et réformer les mécanismes de tarification sans renoncer à ce qui le fait fonctionner en temps normal

 

La plupart des gens détestent la fluctuation des prix. Une trop forte baisse est perçue comme une menace pour les entreprises. Une trop forte hausse est perçue comme les enrichissant injustement. Mais les économistes regardent les mouvements de prix et y voient la révélation d’informations cruciales. La récente frénésie d’interventions sur les marchés européens de l’électricité est une illustration particulièrement brutale de cette dynamique séculaire.

“Ces dernières semaines, les prix à terme de l’électricité ont brièvement dépassé les 1 200 euros par mégawattheure en Allemagne, et la somme surréaliste de 2 500 euros en France. Le prix habituel se situe autour de 50 euros”

Ces dernières semaines, les prix à terme de l’électricité en journée pour le quatrième trimestre de l’année ont brièvement dépassé les 1 200 euros par mégawattheure en Allemagne, et la somme surréaliste de 2 500 euros en France. Le prix habituel se situe autour de 50 euros. La raison en est simple : la pénurie. La perte de capacité de production pour cause de maintenance (en France), de fermeture (en Allemagne) et de sécheresse (sur l’ensemble du continent) a mis en service de plus en plus de centrales à gaz, dont le combustible est devenu extrêmement cher depuis que la Russie a brandi son arme énergétique.

Des prix de l’électricité tirés vers le haut par le coût marginal

Comme dans n’importe quel autre marché pour un bien homogène, le prix de l’électricité est fixé par le fournisseur le plus cher. Cela signifie que même les centrales électriques dont les coûts d’exploitation sont faibles, comme les centrales nucléaires ou les parcs éoliens, bénéficient des prix élevés que les centrales à gaz exigent. Il en résulte d’énormes profits – et l’indignation du public. En se basant sur les courbes prospectives, la banque Morgan Stanley estime que les dépenses en électricité dans l’UE pourraient augmenter de plus de 800 milliards d’euros, soit une hausse étonnante représentant six points de pourcentage du PIB. Les responsables politiques ont donc commencé à se demander si un mécanisme de tarification différent était nécessaire.

Le problème est que la conception d’un marché de l’électricité est difficile. Elle ne peut pas encore être stockée à grande échelle et doit être livrée au moment précis où elle est nécessaire. Les producteurs doivent dépenser beaucoup d’argent au départ pour construire une éolienne ou une centrale électrique, et doivent être en mesure de le récupérer et de faire des bénéfices sur plusieurs décennies. Les politiques de lutte contre le changement climatique exigent que de plus en plus d’électricité renouvelable soit injectée dans le système, bien qu’elle soit essentiellement soumise aux caprices du vent et du soleil.

“Comme dans n’importe quel autre marché pour un bien homogène, le prix de l’électricité est fixé par le fournisseur le plus cher. Cela signifie que même les centrales électriques dont les coûts d’exploitation sont faibles, comme les centrales nucléaires ou les parcs éoliens, bénéficient des prix élevés que les centrales à gaz exigent. Il en résulte d’énormes profits – et l’indignation du public”

La conception actuelle de l’Europe consiste en une série de marchés, certains à l’échelle du continent, où les fournisseurs d’électricité tels que les centrales électriques rencontrent les fournisseurs de détail, les grands clients industriels et autres. Certains accords sont conclus des mois, voire des années, avant la livraison de l’électricité, car les fournisseurs et les clients ont besoin de clarifier les revenus et les coûts. Le prix de référence de l’électricité et le règlement de nombreux accords à long terme sont fixés sur le marché au comptant, où la livraison physique de l’électricité est négociée pour le jour suivant. Les fournisseurs font des offres en fonction de ce qu’il leur en coûterait pour fournir une unité supplémentaire d’électricité, ce que l’on appelle le coût marginal.

Coût marginal

L’idée sous-jacente est simple. Pour produire de l’électricité à faible coût et de manière de plus en plus décarbonée, il faut disposer de beaucoup d’informations. Certaines technologies, comme le nucléaire, permettent de fournir un flux constant d’énergie. Le gaz est adapté à une mise en route rapide. L’énergie solaire est la meilleure à l’heure du déjeuner. Le prix marginal de l’électricité fournit les informations nécessaires pour passer d’une technologie à l’autre, en indiquant la valeur d’une unité d’électricité supplémentaire.

Le marché incite également à utiliser l’énergie lorsqu’elle est la moins chère à produire. Actuellement, les prix sont les plus bas à l’heure du déjeuner et pendant la nuit. La transition vers les énergies renouvelables signifie que les prix vont devenir plus volatils. Mais cette volatilité est le moteur de l’innovation et des investissements dans le stockage, les compteurs intelligents et l’hydrogène. Une batterie de grande capacité, et le stockage qu’elle fournit, sera plus utile lorsque les prix oscillent entre les extrêmes.

“Pour produire de l’électricité à faible coût et de manière de plus en plus décarbonée, il faut disposer de beaucoup d’informations. Certaines technologies, comme le nucléaire, permettent de fournir un flux constant d’énergie. Le gaz est adapté à une mise en route rapide. L’énergie solaire est la meilleure à l’heure du déjeuner. Le prix marginal de l’électricité fournit les informations nécessaires pour passer d’une technologie à l’autre”

Pendant un certain temps, il a semblé que le problème du marché européen était que les prix étaient trop bas. Avec de plus en plus d’énergie renouvelable entrant sur le marché, le prix de l’électricité tombait parfois à zéro et devenait même négatif. La question était de savoir comment les centrales de pointe fonctionnant au gaz – qui pouvaient être nécessaires pour couvrir une journée d’hiver sans vent et sans nuage – pouvaient gagner suffisamment d’argent le reste de l’année pour survivre. Certains pays ont choisi d’ajouter un marché de capacité, c’est-à-dire qu’ils ont mis aux enchères des paiements aux centrales pour la simple mise à disposition de leur capacité de production. D’autres se sont contentés d’un “energy-only” [qui ne rémunère que l’énergie réellement produite, ndt].

Trois défis pour les politiques européens

Aujourd’hui, la question est très différente. Les marchés européens sont confrontés à des prix de l’électricité très élevés en raison d’une guerre. C’est une situation pour laquelle ils n’ont pas été conçus. Les responsables politiques sont donc confrontés à trois défis. Le premier consiste à préserver le signal du prix marginal, tant pour les producteurs que pour les consommateurs, face aux pressions politiques visant à l’affaiblir. Abaisser les prix, par exemple en subventionnant le gaz utilisé pour la production d’électricité, comme l’ont fait l’Espagne et le Portugal, nécessiterait ailleurs une autre forme de rationnement pour allouer l’énergie rare. (L’Espagne et le Portugal peuvent s’en tirer sans rationnement car l’Espagne est une importante plaque tournante du gaz et peut donc facilement en importer davantage).

“Les responsables politiques sont donc confrontés à trois défis. Le premier consiste à préserver le signal du prix marginal, tant pour les producteurs que pour les consommateurs, face aux pressions politiques visant à l’affaiblir”

La deuxième question est de savoir comment et si l’on doit redistribuer les bénéfices. Le gouvernement allemand a récemment décidé de s’emparer de ceux qu’il juge excessifs, tout en laissant le signal des prix tranquille. (La Commission européenne pourrait conseiller aux autres pays de faire quelque chose de similaire.) Il le fera par le biais de ce qui est essentiellement une taxe sur les bénéfices exceptionnels qui limite la part du prix du marché spot que les fournisseurs peuvent conserver. Le problème est que les producteurs ont couvert leur exposition à des degrés divers, ce qui signifie que les véritables bénéficiaires des bénéfices exceptionnels pourraient être difficiles à trouver, et pourraient en fait se trouver en dehors du marché de l’énergie.

La solution dans les marchés de couverture à long terme ?

Le troisième objectif est de faire en sorte que le marché européen de l’énergie soit prêt pour la prochaine crise, sans pour autant sacrifier ses avantages. À l’heure actuelle, le marché spot répartit efficacement les capacités et fournit des signaux sur la rareté de l’énergie, ce qui incite à investir dans les énergies renouvelables. Mais pour se prémunir contre une pénurie durable de capacités, et donc contre une nouvelle flambée des prix, les marchés européens de l’énergie doivent s’adapter.

“À l’heure actuelle, le marché spot répartit efficacement les capacités et fournit des signaux sur la rareté de l’énergie, ce qui incite à investir dans les énergies renouvelables”

Les marchés de couverture à long terme ne sont pas très liquides, car les consommateurs ne voyaient guère l’utilité de la sécurité des prix. À l’avenir, ils en verront probablement davantage. Les régulateurs pourraient aider. Une proposition des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology leur conseille d’acheter des “options d’accessibilité” aux producteurs, une forme d’assurance qui restituerait aux consommateurs les bénéfices tirés des prix excessifs, créant ainsi une taxe automatique sur les bénéfices exceptionnels. Les politiques adoreraient qu’un tel système soit en place en ce moment…

The Economist

© 2022 The Economist Newspaper Limited. All rights reserved. Source The Economist, traduction Le nouvel Economiste, publié sous licence. L’article en version originale : www.economist.com.

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