Brexit: «Le grand saut»

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L’éditiorial du Figaro par Philippe Gélie.

Le Brexit n’est pas fini, il commence. Depuis quatre ans et demi, la procédure de divorce entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne a souvent flirté avec le précipice, mais l’accord ratifié in extremis hier à Londres et à Bruxelles permet au final une séparation amiable. C’est au moment où les Britanniques larguent les amarres avec l’Europe que s’ouvre vraiment le nouveau chapitre de leur «récit national», selon la formule de Boris Johnson, et peut-être de l’«affaiblissement mutuel» que redoute Michel Barnier. Ce 1st janvier, nous passons tous, insulaires et continentaux, de la théorie à la pratique.

La théorie n’a pas eu que des mauvais côtés. Elle a montré qu’il est possible de rompre avec l’UE – une option en soi rassurante pour la souveraineté des États membres. Quitter le club n’est, somme toute, pas plus difficile que d’y entrer, lorsqu’il faut digérer pendant des années 120 000 pages d’«acquis communautaires». Le «deal» prouve aussi que la rupture a ses limites: pour poursuivre les échanges indispensables entre voisins interdépendants, l’exigence de respecter des règles communes demeure. C’est la pratique qui pourra confirmer s’il fait plus chaud à l’intérieur d’une communauté puissante où l’on se serre les coudes. Nous verrons bien, a contrario, si la souveraineté britannique sort renforcée du cavalier seul.

La méfiance prévaut au moment du grand saut. Les Européens doutent que Boris Johnson résiste longtemps à la tentation de faire du dumping – fiscal, social, environnemental – pour concurrencer l’Union. Comment exister autrement à côté d’un mastodonte de 450 millions de consommateurs? Il a fallu 1 246 pages pour baliser la relation future avec son rêve de «Singapour-sur-Tamise». Cela suffira-t-il? À en croire BoJo-le-charmeur-de-serpent, la Perfide Albion se métamorphoserait en «meilleur des alliés» après avoir été «un membre peu convaincu, parfois obstructionniste» pendant quarante-sept ans. Ce serait une sacrée surprise si la Grande-Bretagne ne faisait pas tourner l’UE en bourrique, maintenant qu’elle en a gagné le droit.

Source: Brexit: «Le grand saut»

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