A l’Assemblée générale de l’ONU, un risque de fragmentation

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Vladimir Poutine, lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), à Samarcande (Ouzbékistan), le 16 septembre 2022. SPUTNIK / VIA REUTERS

La guerre déclenchée par Moscou en Ukraine révèle une fracture grandissante entre l’Occident, les pays qui contestent l’ordre international sous la bannière de la Chine et de la Russie, et ceux qui choisissent de rester prudemment à l’écart.

Omniprésent, bien qu’absent. L’ombre de Vladimir Poutine devrait planer sur les débats de l’Assemblée générale des Nations unies, qui commencent lundi 19 septembre, à New York, dans le lourd contexte de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ce temps fort de la diplomatie multilatérale, déjà mis à mal par la pandémie de Covid-19 en 2020 et en 2021, se tiendra jusqu’au 24 septembre sur fond de contre-offensive éclair des forces ukrainiennes après sept mois d’affrontements et d’impasse diplomatique entre Moscou et Kiev.

Jamais l’ordre international n’a paru aussi fracturé, le conflit révélant une nouvelle cartographie des rapports de force mondiaux. D’un côté, les Occidentaux et leurs alliés, emmenés par des Etats-Unis fatigués de jouer les gendarmes du monde, mais fers de lance du soutien à l’Ukraine dans une Europe traumatisée par le retour de la guerre. De l’autre, la Russie, membre du Conseil de sécurité, accusée de violer la charte des Nations unies en envahissant son voisin, et soutenue avec prudence et non sans arrière-pensées par la Chine.

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Enfin, un groupe hétérogène, représenté par l’Inde, des pays asiatiques, africains, comme l’Afrique du Sud, du Moyen-Orient et de l’Amérique du Sud, qui ne veulent pas choisir leur camp, et s’inquiètent des conséquences diplomatiques, alimentaires et énergétiques de cette guerre sur le continent européen. « Ce conflit marque une rupture, celle de l’influence déclinante des Occidentaux, en dépit de leur mobilisation au côté de l’Ukraine, et du grand retour des Etats-Unis en Europe », estime l’ancien diplomate Gérard Araud.

L’ambiance est lourde. Emmanuel Macron, qui doit arriver lundi 19 septembre dans la soirée à New York, après les obsèques de la reine Elizabeth II à Londres, voit dans l’onde de choc suscitée par les hostilités un risque durable de « partition » du monde. Pour l’Elysée, l’Assemblée générale doit permettre d’amplifier le soutien à l’Ukraine, tout en cherchant à rallier les pays « non alignés » or « neutres », afin de faire pression sur la Russie. C’est aussi dans cet esprit que la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, vient d’effectuer coup sur coup deux visites, en Turquie et en Inde. L’urgence est double, selon un diplomate français : « Ne pas laisser les fractures internationales s’approfondir dans le contexte de la guerre en Ukraine and ne pas entrer dans une logique de fragmentation en blocs. »

Le président Zelensky en visioconférence

La tâche s’annonce ardue pour les Occidentaux, même si les dirigeants chinois, Xi Jinping, et indien, Narendra Modi, ne seront pas non plus présents à New York. Considéré comme un paria dans le monde occidental, le chef du Kremlin a eu l’occasion de montrer qu’il n’était pas totalement isolé. Peu avant que ne s’ouvre l’Assemblée générale onusienne, il a rencontré, jeudi 15 et vendredi 16 septembre, à Samarcande, en Ouzbékistan, ses homologues chinois, indien, iranien et turc, lors d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï, présenté comme un forum rival du G7, le groupe des pays industrialisés.

Si, d’après Vladimir Poutine, Xi Jinping a fait part de ses « préoccupations » au sujet de la crise ukrainienne, le dirigeant chinois a appelé les uns et les autres à « travailler ensemble à la promotion d’un ordre international qui aille dans une direction plus juste et rationnelle ». Le président russe, lui, s’est félicité du « rôle croissant des nouveaux centres de pouvoir ». Une façon pour les deux hommes de contester le système multilatéral, et surtout sa domination, déclinante, par les Occidentaux, Etats-Unis en tête.

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Retenu à Londres, lundi, pour rendre hommage à la défunte reine des Britanniques, le président des Etats-Unis, Joe Biden, ne devrait prononcer son discours que mercredi 21 septembre, et non à l’ouverture de l’assemblée, comme c’est la tradition depuis la création des Nations unies. Il s’exprimera peu avant que le chef de l’Etat iranien, Ebrahim Raïssi, annoncé à New York, ne prenne la parole, alors que les négociations pour sauver l’accord nucléaire, dénoncé voici trois ans par Donald Trump, sont elles aussi dans l’impasse.

Le même jour, depuis Kiev, le président Volodymyr Zelensky devrait intervenir en visioconférence, tandis que nombre de délégations ont prévenu qu’elles ne voulaient pas voir l’Ukraine dominer l’ensemble des débats. Plusieurs sessions devraient néanmoins être consacrées à la lutte contre l’impunité des crimes de guerre dont sont accusées les troupes russes, au moment où de nouvelles atrocités viennent d’être révélées dans la ville d’Izioum, récemment reprise par les forces ukrainiennes, mais aussi aux conséquences planétaires du conflit. En dépit du déblocage, au moins partiel, des exportations ukrainiennes de céréales, par mer et sur terre, Vladimir Poutine continue d’imputer aux mesures de représailles prises par Washington et Bruxelles le risque de pénuries alimentaires et la flambée des prix. « Il faut éviter le retournement de responsabilités un peu curieux selon lequel les Occidentaux seraient responsables des conséquences d’une guerre lancée par la Russie », dit-on à Paris.

Difficultés à rallier des soutiens

Crucial pour Moscou, l’enjeu ne l’est pas moins pour les Occidentaux, qui redoutent que le fossé ne se creuse entre « l’Ouest et le reste du monde ». Car, depuis le 24 février, date du début du conflit en Ukraine, Washington et les capitales européennes prennent conscience de leurs difficultés à rallier des soutiens. Un peu plus d’une semaine après le début de l’invasion russe, tandis que le Conseil de sécurité était paralysé, un premier vote au sein de l’Assemblée générale des Nations unies avait révélé l’ampleur du phénomène : le 2 mars, seuls quatre Etats (Corée du Nord, Syrie, Erythrée et Biélorussie) ont voté avec la Russie, contre le texte exigeant que cette dernière « cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ».

Mais 35 pays sur 193 membres se sont abstenus, à l’instar de la Chine, de l’Inde, et de 17 Etats africains sur 35, dont l’Afrique du Sud, le Sénégal, l’Angola, l’Algérie, le Mali, tandis que d’autres, comme le Cameroun et le Maroc, n’ont même pas participé au vote. Certaines capitales ont voté la résolution onusienne, tout en se prononçant dans la foulée contre les sanctions occidentales, au risque de réduire leur impact, voire d’être tentées de les court-circuiter. C’est le cas de la Turquie, membre de l’OTAN, et du Brésil.

 

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Le risque, dorénavant, est de voir Moscou bénéficier d’une sorte de « désoccidentalisation » dans les échanges mondiaux au détriment des pays qui soutiennent les sanctions. « La Russie n’est pas la Serbie ni la Chine. C’est la onzième puissance économique mondiale, mais elle exporte du gaz, du pétrole, des armes, du nucléaire civil et du blé, relève Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales, elle a intégré le fait de faire l’objet de sanctions et est en mesure de prendre des contre-sanctions ».

« Cette posture, ajoute-t-il, a créé une nouvelle géographie autour de trois grands groupes de pays : une zone OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques dont les pays membres ont en commun, pour la plupart, un système de gouvernement démocratique] qui la condamne et la sanctionne ; les pays de l’Organisation de coopération de Shanghaï, qui ne condamnent pas et ne sanctionnent pas, et les autres, qui sont plutôt indifférents au conflit, sauf quand ils sont concernés par l’un des cinq piliers des exportations stratégiques russes. » Tout l’enjeu de l’Assemblée générale des Nations unies sera, pour les Etats-Unis et les Européens, de tenter de réduire la fragmentation en cours.

Source: © A l’Assemblée générale de l’ONU, un risque de fragmentation

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