Les élections sénatoriales, une bataille difficile pour Macron et sa majorité

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Une vue plongeante sur l'hémicycle du Sénat.

INFOGRAPHIE – Dans un mois, la moitié des sièges de la Chambre haute sera renouvelée. Emmanuel Macron n’a que peu d’espoir d’obtenir la majorité des 3/5 au Parlement pour pouvoir réviser la Constitution.

C’est un scrutin aux multiples inconnues pour Emmanuel Macron. À première vue, les sénatoriales, qui se déroulent le 24 septembre et renouvelleront la moitié des sièges au Palais du Luxembourg (170 de la série 1 sur 348, et une partielle en Haute-Savoie), ne lui semblent pas vraiment favorables. La majorité des 3/5 au Parlement (555 élus sur 925), nécessaire pour faire passer les réformes constitutionnelles, devrait échapper au parti présidentiel. En cause, l’absence de grands électeurs sur lesquels pourrait se reposer La République en marche (LREM) pour faire élire ses candidats. «En 2014, le mouvement En marche! n’était pas présent», rappelle Jean-Paul Delevoye, président de la commission d’investiture du parti macroniste.

Les élections sénatoriales, une bataille difficile pour Macron et sa majorité

Excepté les députés élus en juin, le parti majoritaire pâtit d’un important déficit d’élus locaux sur le territoire. Un groupe de 29 sénateurs a déjà été constitué – non sans difficulté – au début de l’été, mais les deux tiers sont renouvelables ou quittent le Sénat. «L’objectif est d’avoir un groupe de 45-50 sénateurs», avance François Patriat, président du groupe LREM à la Chambre haute. Une estimation déjà revue à la baisse par rapport aux premières prévisions, qui tablaient sur 60 sénateurs.

Car le parti présidentiel doit faire face à plusieurs difficultés. À un mois des élections, la liste des candidats investis n’est toujours pas bouclée. Seuls 52 postulants ont d’ores et déjà été annoncés. «Nous sommes encore en négociation dans le Nord, mais la liste est complète à 99 %», assure Delevoye. Le parti mise également sur des sénateurs «Macron-compatibles», en dehors du groupe LREM, qui soutiendraient à l’avenir l’action gouvernementale. «Il faut anticiper sur les ouvertures annoncées. Un éclatement est attendu à droite après le congrès des Républicains en décembre», veut croire l’ancien sénateur.

Une stratégie fragile qui pose question chez certains cadres LREM. «On aura besoin d’un groupe fort et identifié à la rentrée avec le vote du budget et les ordonnances. Ceux qui soutiennent la majorité présidentielle risquent de retrouver leurs vieux réflexes», redoute l’un d’entre eux.

Des grands électeurs refroidis

 «Le jeu d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, c’est de prendre le Sénat, mais ce n’est pas si simple !»

Un sénateur LR

Autre point noir: les différentes annonces du gouvernement (baisse des crédits aux collectivités locales, suppression de la taxe d’habitation, fin des emplois aidés) qui ont pu refroidir certains grands électeurs. «Il y a un effort de pédagogie à faire, mais les LR et le PS ne vont pas se gêner pour taper sur la baisse des dotations», craint François Patriat.

Et pour cause. Si les Républicains (LR) se sont inquiétés que les élus pro-Macron puissent emporter la majorité des 3/5 au Parlement, l’été semble les avoir rassurés. «Le jeu d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, c’est de prendre le Sénat, mais ce n’est pas si simple!», sourit un sénateur LR. «L’atmosphère a clairement changé», se réjouit Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, où la droite, majoritaire, détient 186 des 348 sièges. «La France a été sous hypnose macronienne, mais après une demi-douzaine d’annonces de l’exécutif faite contre les collectivités, les élus sont excédés.»

Un constat partagé par nombre de parlementaires à droite. «Vu les dernières péripéties gouvernementales, le cocktail est compliqué à faire avaler aux élus locaux! Mécaniquement, ça affaiblit les candidats macronistes, qui de toute façon prennent plutôt à gauche», analyse un élu LR. Le président du Sénat, Gérard Larcher, candidat à sa succession, se montre dans ce contexte d’un «optimisme prudent». Les LR entendent bien marteler l’idée que ce scrutin marque, en tout cas, «le début de la reconquête».

Au PS, une période de repli

«On vit de toute façon une période de repli, et même si les élus locaux expriment une inquiétude par rapport aux annonces d’Emmanuel Macron, ça peut bénéficier à la droite…»

Une sénatrice socialiste, candidate à sa réélection

Au Parti socialiste, on espère surtout sauver les meubles, alors que les troupes s’amenuisent au fur et à mesure des défections vers LREM. Les candidats en campagne échangent eux aussi avec des «grands élus excédés». «Le fait de mettre la tronche de Macron sur la profession de foi, cette fois, ne suffira pas. Je ne veux pas dire que les mesures annoncées nous arrangent, mais en tout cas elles nous dissocient clairement de LREM», souligne l’ex-ministre Patrick Kanner, tête de liste PS dans le Nord. L’actuel groupe socialiste, composé de 86 sénateurs, pourrait être réduit à une soixantaine, selon certains d’entre eux. «On vit de toute façon une période de repli, et même si les élus locaux expriment une inquiétude par rapport aux annonces d’Emmanuel Macron, ça peut bénéficier à la droite…», maugrée une sénatrice socialiste, candidate à sa réélection.

Au Front national, on aborde les sénatoriales avec l’espoir d’y voir la confirmation d’une percée enregistrée chez les grands électeurs en 2014. Le parti était parvenu à décrocher deux sièges, dans la foulée des municipales. David Rachline et Stéphane Ravier avaient ainsi célébré l’entrée historique du FN au Sénat. Cette fois, les frontistes ont prévu de présenter des candidats partout, mais, pour cette élection, ils ne se font guère d’illusions sur leurs chances de faire élire de nouveaux sénateurs car les départements concernés en 2017 sont moins favorables qu’en 2014. En revanche, ce premier scrutin d’après-présidentielle permettra au FN d’évaluer son ancrage local, avec l’espoir d’enregistrer des progressions en nombre de voix, notamment chez les grands électeurs des zones rurales. Les deux sénateurs FN, David Rachline, maire de Fréjus, et Stéphane Ravier, maire du VIIe secteur de Marseille, auront à se mettre en conformité avec la loi interdisant le cumul des mandats. Le premier devrait choisir de conserver son poste à la mairie de Fréjus. Quant au second, il privilégierait son siège au Sénat.


 

 


Source :©  Le Figaro Premium – Les élections sénatoriales, une bataille difficile pour Macron et sa majorité

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