Élections en Catalogne : le choc indépendantiste

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Élections en Catalogne : le choc indépendantiste
L’imbroglio catalan, que Mariano Rajoy entendait résoudre en convoquant lui-même ces élections, n’en devient que plus complexe. – Crédits photo : Emilio Morenatti/AP

 

Le parti de Carles Puigdemont est arrivé en tête du bloc séparatiste.

Le bloc des trois formations indépendantistes sauve de justesse sa majorité au Parlement catalan, tandis que le parti anti-indépendantiste Ciudadanos (centre libéral) s’érige à la première place. Pour la première fois depuis le retour de la démocratie en Espagne, une force non nationaliste gagne des élections catalanes. La victoire est belle, mais elle risque de s’avérer inutile. L’imbroglio catalan, que Mariano Rajoy entendait résoudre en convoquant lui-même ces élections, n’en devient que plus complexe. Un présidentiable est en Belgique, menacé d’arrestation s’il pose un pied en Espagne. D’autres députés élus, indispensables à la majorité souverainiste, sont dans la même situation ou détenus en prison préventive.

Selon des résultats partiels portant sur 95% des votes, Ciudadanos remporte 25,35% des voix et 37 sièges dans une Chambre qui en comporte 135. Junts per Catalunya (JpC, centre droit indépendantiste), la liste confectionnée autour du président catalan destitué, Carles Puigdemont, remporte 21,7% des voix et 34 sièges, suivie d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, centre gauche indépendantiste), avec 21,4% et 32 sièges. Le Parti socialiste (PSC) obtient 17 députés Catalunya en Comu Podem (CECP, gauche radicale), 8 députés, la Candidatura d’Unitat Popular (CUP, extrême gauche indépendantiste) 4 et le Parti populaire (PP, droite), la formation de Mariano Rajoy, devient le dernier parti de la région avec 3 sièges.

Du point de vue des blocs, les indépendantistes sauvent les meubles

Du point de vue des blocs, les indépendantistes sauvent les meubles. L’addition de JpC, ERC et la CUP représente 70 parlementaires, contre 72 dans le Parlement sortant, et 47,6% des voix, soit quasiment le même score qu’en 2015. Les sécessionnistes ont donc la possibilité arithmétique de se maintenir au pouvoir, mais les négociations s’avéreront complexes. Si JpC a toujours affirmé que Puigdemont était le seul candidat possible à sa succession, il faudra aussi composer avec la réalité judiciaire: s’il pose un pied en Espagne, il sera arrêté dans le cadre du mandat d’arrêt émis contre lui. Quatre autres ex-ministres et députés élus l’ont accompagné dans sa fuite, et trois autres députés élus, dont la tête de liste d’ERC et ex vice-président catalan, Oriol Junqueras, sont en détention préventive.

S’ils veulent sauver leur majorité, le plus simple pour les indépendantistes serait de demander à ceux qui sont dans l’incapacité d’occuper leur siège de le céder aux candidats suivants sur les listes.

S’ils veulent sauver leur majorité, le plus simple pour les indépendantistes serait de demander à ceux qui sont dans l’incapacité d’occuper leur siège de le céder aux candidats suivants sur les listes. À moins qu’ils ne préfèrent chercher la confrontation avec les autorités espagnoles, en s’indignant que le chef de file de la majorité ne soit empêché de se présenter à l’investiture. L’arrivée, contre tout pronostic, de la liste de Puigdemont devant celle de Junqueras, rend encore plus difficile d’expliquer son éventuel renoncement.

Avant le scrutin, le candidat d’ERC Ernest Maragall confiait au Figaro que si les indépendantistes emportaient la majorité des sièges, mais restaient en deçà de 50% des voix, il faudrait mettre en sommeil la stratégie unilatérale et favoriser le dialogue avec Madrid. Mais c’est aujourd’hui Puigdemont qui reprend la tête du bloc sécessionniste. Plus radical que certains secteurs de son parti, indépendantiste depuis toujours, il a multiplié à Bruxelles les surenchères contre le gouvernement espagnol, taxé de «franquiste», et les institutions européennes, accusées de complicité.

À Madrid, le coup est dur, et la défaite est triple

À Madrid, le coup est dur, et la défaite est triple. Rajoy, d’abord, manque son objectif de renvoyer l’indépendantisme dans l’opposition. Sa formation, ensuite, est renvoyée à la dernière place du Parlement catalan et perd 7 des 11 sièges gagnés en 2015. Le vainqueur des élections, enfin, est son plus grand rival sur l’échiquier politique national: Ciudadanos, qui chasse ouvertement sur les terres du PP.

Rajoy avait annoncé une date d’échéance aux mesures prises dans le cadre de l’article 155 de la Constitution, qui permet de prendre le contrôle d’une région rebelle et qui n’avait jamais été employé. Il comptait désactiver les décrets une fois qu’un gouvernement régional aura pris ses fonctions.

On en est encore loin. Le Parlement a jusqu’au 23 janvier pour se constituer et élire le président de la Chambre. Ce sera la première occasion de voir si le bloc indépendantiste est capable de surmonter les obstacles judiciaires et de transformer l’arithmétique en une majorité effective. Le président du Parlement aura ensuite dix jours pour proposer à la Chambre un candidat à l’investiture.

Les 82% d’électeurs qui ont participé au scrutin, un taux historique, devaient juger du bilan d’une majorité sécessionniste qui a poussé le conflit avec l’Espagne jusqu’à ses ultimes conséquences: l’organisation d’un référendum illégal le 1er octobre puis la déclaration unilatérale d’une indépendance non suivie d’effets le 27 ; ils lui ont renouvelé leur confiance. Le «retour à la normale» promis par les formations hostiles à la sécession est ajourné sine die.


 

 

Source:© Élections en Catalogne : le choc indépendantiste

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