ÉDITORIAL - QUE RESTE-T-IL DE NOTRE DÉMOCRATIE ?

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ÉDITORIAL - QUE RESTE-T-IL DE NOTRE DÉMOCRATIE ?

Née en 507 avant Jésus-Christ à Athènes, la démocratie serait le mode de gouvernement le plus naturel à l’homme et le moins mauvais de tous les systèmes politiques. Encore faudrait-il qu’elle fonctionne correctement et qu’elle ne soit pas dévoyée par des pouvoirs qui ne sont ni élus par le vote populaire ni contrôlés par les citoyens. .

José Saramago

 

ÉDITORIAL - QUE RESTE-T-IL DE NOTRE DÉMOCRATIE ?
Richard C. ABITBOL Président

Or, si,  tout en essayant de rester objectif, nous analysons l’état de notre démocratie, nous serions abasourdis.

En effet, en exagérant le trait pour mieux comprendre, nous pourrions constater que notre régime politique ne présente plus ni hiérarchie des normes claire, ni vraie séparation des pouvoirs, ni contre-pouvoirs, ni stabilité institutionnelle, ni égale représentation des citoyens, ni vraie responsabilité politique, ni intelligibilité du pouvoir, ni neutralité constitutionnelle,  ni même analyse critique.

Or, on ne rendrait service ni à la démocratie, ni à l’État de droit, ni à la construction européenne, en refusant, au prétexte que les intentions et promesses de l’Europe sont merveilleuses, de procéder à l’indispensable «examen critique» auquel nous invitait Hannah Arendt face à la menace totalitaire que porte la dégénérescence des démocraties en technocraties.

Mais plus grave encore ! Cette dérive technocratique et bureaucratique est non seulement mondialiste ou européenne mais elle est en train d’envahir l’espace et le concept même de notre démocratie nationale, au sens où nous l’avons connu jusqu’ici,  pour en  affaiblir l’esprit et détruire notre  paradigme national.

Ainsi, au-delà, de ce que nous impose comme soumission démocratique la mondialisation et l’union européenne, ce sont nos libertés fondamentales qui sont torturées, voire bafouées,  au sein de notre démocratie nationale !

Ainsi, l’Homme et ses droits fondamentaux, acquis au cours des siècles, sont remis en question au profit d’un nouveau paradigme démocratique qui veut tordre le cou aux concepts des lumières, du droit au procès équitable et au respect d’autrui.

Certes, vous allez me dire que je frappe fort ! Mais pas tant que ça si on analyse factuellement ce qui est train de bouleverser notre acception du concept de démocratie.

La démocratie n’est pas un mot vide de sens mais un concept et une construction bien définie.

Derrière la question du caractère démocratique du régime se pose rien de moins que celle, éternelle, de savoir « par qui ou par quoi sommes-nous aujourd’hui gouvernés, de quelle manière et à quelles fins ? »

« Supprimez le droit et alors, qu’est-ce-qui distinguera l’État d’une vaste bande de brigands ? » s’interrogeait Saint Augustin. C’est là toute la question.

Vous comprendrez aisément que cet éditorial est la résultante directe des derniers évènements qui ont secoué notre pays, voire d’autres pays occidentaux.

En effet, comme Alain Finkielkraut, j’ai été vivement interpellé par la tournure des derniers évènements, et la dérive qui se profile dans notre conception de la  justice et qui, subrepticement,   transforme notre procédure pénale en système de délation médiatique organisée, dérive d’un «monde nouveau» où le lynchage de naguère, piteux héritage médiéval, est remplacé par le lynchage médiatique. Parfois plus mortel que son prédécesseur !

En effet, on ne peut que s’interroger sur la violence accusatoire qui fuse sur les médias, et par voie de conséquence, contamine nos concitoyens  en les amenant à condamner des personnes mises en cause sur de simples soupçons d’incivilités politiques, de corruption, ou encore d’actes délictuels ou criminels !

En effet, n’oublions pas que la première des libertés, dans une société démocratique, dans un «état de droit», est le respect de la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable !

Dans un «état de droit», une accusation, aussi grave soit-elle, ne vaut pas condamnation.

Le mis en cause a un droit absolu et fondamental a être écouté, confronté à ses accusateurs et  mis face à un faisceau de preuves avant de devenir un prévenu.

Tout individu, y compris le pire  des criminels, a droit à un procès équitable. On l’a vu lors des procès de Nuremberg et plus près de nous lors des procès de terroristes.

La mise au pilori de dizaines de personnes sur de simples accusations alors que l’on est si circonspect quand il s’agit de criminels ou de terroristes pris en flagrant délit, me fait froid dans le dos !

Si je  lisais un roman qui décrirait de tels évènements, je m’écrierai «heureusement que je ne vis pas dans un tel pays où les droits de l’homme sont si dramatiquement bafoués» ! Et pourtant, oui, c’est bien dans ce pays-là que nous vivons  !

On est dans un pays où l’on est farouchement  contre la peine de mort pour les coupables mais absolument  pour celle des soupçonnés de culpabilité ! C’est hélas, l’état réel des choses dans notre pays.

N’oublions jamais qu’en droit pénal français, le témoignage n’est pas une preuve, et qu’une preuve ne fait pas un coupable !

Le processus judiciaire doit suivre un chemin bien balisé et en dévier peut invalider toute la procédure !

C’est ça un état de droit et non pas sauter comme un cabri en criant à tue-tête «État de droit ! État de droit !».

Sachons donc raison garder et restreignons notre volonté  information à éclairer nos citoyens sur le droit des victimes et les moyens de porter plainte ! Et uniquement cela , et non pas à se faire justice soi-même, fusse sur les médias ou les réseaux sociaux !

La libération de la parole ne veut pas dire le droit d’accuser impunément car il va de la vie de ceux que l’on accuse.

Car c’est bien de leur vie dont il s’agit: accuser, jeter aux chiens comme disait Mitterrand, un homme ou une femme avant même le début de l’enquête qui pourrait le mettre en cause, est d’une certaine manière, un homicide  !

Car, tout le monde sait que peut importe si quelques mois, ou quelques années, plus tard, il ou elle obtient un non-lieu , il ou elle ne pourra jamais plus récupérer ni sa vie, ni sa situation, voire ni sa famille !

Dans le domaine politique, la situation n’est pas moins préoccupante  car la démocratie ne peut être réduite au simple droit de vote, ni à la préséance du droit de la majorité sur la minorité, mais elle se mesure à l’aune de son respect envers la  minorité.

Ironie du sort, toutes les dictatures sont dirigées par des gouvernants élus à une majorité écrasante ( plus de 65% des vois), avec un parti unique et une opposition croupion ou inexistante mais… mais, en oubliant de dire qu’un processus électoral laisse à désirer s’il est basé sur l’obstruction du droit de l’opposition, qui aurait le triste privilège d’être minoritaire.

Le sujet est vaste, et mérite une contribution plus développée, aussi je reviendrai dans un prochain éditorial sur les dérives impressionnantes de notre système politique et des déboires que cela entraine sur notre système démocratique.

Soyons vigilants car, souvent, les populistes ne sont pas forcément ceux que l’on dénoncent ou ceux que l’on crée mais souvent ceux qui crient haro sur les populistes.

 

Dans un prochain éditorial, nous reviendrons sur la question essentielle:« par qui ou par quoi sommes-nous aujourd’hui gouvernés, de quelle manière et à quelles fins ? » !

Richard C. ABITBOL
Président

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