ÉDITORIAL DE LA SEMAINE

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Cachez cet antisémitisme que je ne saurai voir…

ÉDITORIAL  DE LA SEMAINE

Un manifeste, rédigé par Philippe Val a été publié par « Le Parisien-Aujourd’hui en France Dimanche » dans son édition du 22 avril, et a réuni plus de 350 signataires. Parmi eux, un ancien président de la République, trois anciens Premiers ministres, des élus, des intellectuels, des artistes…

Depuis, en une dizaine de jours, ce manifeste a été signé par près de 100.000 citoyens français.

L’assassinat tragique de Mireille Knoll, un an après celui de Sarah Halimi, a rappelé que ce fléau était plus vivace que jamais et qu’il fallait réveiller les consciences. Ce fut le cas avec ce Manifeste ! Ainsi, comme l’a dit si justement Alexis Lacroix, auteur d’un nouveau «J’accuse»: «la France commence seulement à se réveiller face à la montée de l’antisémitisme».

Après des années d’une dérive dont l’origine a été fixée, de manière erroné à 2003, avec  l’assassinat antisémite de Sébastien Sellam, crime resté impuni, l’antisémitisme s’est confortablement installé dans le paysage sociétal français.

En vérité, cet antisémitisme violent a démarré bien avant 2003 lors de  l’attentat de la rue Copernic en 1980. Soit il y a presque 40 ans !

Depuis, nous devons faire face à un déni, toujours ce terrible déni ! Cependant, depuis l’attentat contre Charlie, il semble que cela change et que notre société, excédée, a  fini par comprendre que ce déni, présenté comme vertueux, avait assez duré et qu’il n’avait rien de virtueux.

C’est en mars dernier que la cote d’alerte  avait été atteinte lorsque madame Mireille Knoll, rescapée d’Auschwitz, a été abominablement assassinée . Cette fois-ci, la coupe était pleine!

Ce dernier crime fut la goutte d’eau qui a fait déborder la vase !

Ce déni était, dit-on, un déni vertueux. Indubitablement, c’est un déni mais il n’avait rien de vertueux !  En effet, cela fait bien longtemps que les politiques, les associations, la société civile et même parfois les institutions juives, sous prétexte de ne stigmatiser personne, ont collectivement ajourné le moment de nommer l’ennemi.

Ils pensaient donc que ce déni pouvait être présenté comme vertueux et salvateur mais ce qui était présenté comme vertu n’était que lâcheté. Parmi les politiques, Manuel Valls fut le premier à prendre véritablement conscience du phénomène et il a été également le premier à oser le nommer par son nom.

Au travers des actes antisémites, puis terroristes, l’ennemi nous l’avons cerné et nous le connaissons tous. L’ennemi, c’est, comme l’a dit le président de la République lors de son hommage à Arnaud Beltrame, l’islamisme – un islamisme pas forcément «souterrain», mais toujours «insidieux», qui mine des arpents entiers de notre République et y contrebat l’État de droit.

Mais comme à l’accoutumé avec notre Président, il y a un «en même temps». Aussi lors de son séjour aux États-Unis, après la publication du «Manifeste contre le Nouvel Antisémitisme», le Président Macron a cru bon de définir les racines l’antisémitisme en les renvoyant au «vieux monde» d’un antisémitisme d’avant guerre ainsi qu’au «conflit israélo-palestinien». C’est là un déni non vertueux et une double faute !

En effet, le Président a tout faux, et comme nous lui attribuons une intelligence peu commune, nous ne pouvons attribuer cette «confusion» qu’à une volonté délibérée de botter en touche!

En effet, quelques jours après la publication du Manifeste, et devant un parterre d’étudiants, affamés d’informations sur l’antisémitisme qui, selon les observateurs étrangers, «submergerait notre pays», notre Président a cru bon de détourner l’objet du délit en utilisant un euphémisme, un de ceux qu’il semble apprécier.

Il a osé déclarer  :  «C’est vrai, nous devons le reconnaître : il y a deux racines de ce nouvel antisémitisme, la première racine est liée à l’importation de la lutte entre la Palestine et Israël, la deuxième cause c’est un vieil antisémitisme français qui existe depuis le début du 20e siècle et qui se relance. Il faut protéger la communauté juive, elle fait partie de la République française».

Non, monsieur le Président l’antisémitisme qui submerge la France depuis une quarantaine d’année n’est dû ni au vieil antisémitisme chrétien de la droite nationaliste ( bien que cette dénonciation puisse être très utile du point de vue électoral), ni à l’importation du conflit israélo-palestinien !

Le premier a fondu comme neige au soleil ( aucune agression physique de juifs de ce côté-là depuis 40 ans) et le second n’est qu’un alibi, judicieusement utilisé de manière récurrente aux fins de masquer la responsabilité des nouveaux migrants du monde arabo-musulman ( notamment depuis l’arrivée massives des réfugiés politiques du FIS chassés de leur pays pour extrémisme dans les années 90) dans ce phénomène. Ces actes antisémites sont nourris de la haine du juif  institutionnalisé dans leur pays d’origine. C’est cette haine que dénoncent, fort heureusement, les musulmans éclairés au péril de leur vie! Oui, c’est cette haine qui a été importé et non le conflit israélo-palestinien qui n’en est que l’alibi !

D’ailleurs, comme le dit Céline Pina : «Cette existence d’un fort antisémitisme culturel arabo-musulman n’est pas une légende, il est mesuré dans les dernières études comme celle d’Anne Muxel et Olivier Galland par exemple et dénoncé par des sociologues comme Smaïn Lâacher.»

Ainsi, alors que pour la première fois, en France, depuis la déferlante du  tsunami antisémite, nous constations que  depuis les entrailles de notre pays, un sursaut, un de ces beaux sursauts qui fait naître et découvrir les «justes», ce sursaut qui sauve l’âme d’un pays, certains ont cru bon de ternir cet élan et d’affaiblir ce soutien tant attendu par nos concitoyens français juifs !

Ainsi, nous n’avons pu que constater, avec tristesse, l’absence remarquée de signatures d’élus du Parti Socialiste et d’En Marche, et bien sûr celle d’élus insoumis qui, elle, était malheureusement prévisible.

Ce refus de signer a été justifié par de fallacieux prétextes repris par des membres, dits représentatifs, de la communauté musulmane. Ces même représentants qui ont nourri par leur silence ou par leur lâcheté les dérives de l’islamisme. Pour notre part, nous préférons désigner comme représentatifs de la communauté musulmane, ces musulmans de France qui ont signé le manifeste, même si parfois ils suggéraient qu’ils l’auraient écrit autrement. Oui, nous considérons comme représentatifs, ces musulmans qui, même s’ils sont minoritaires,  saignent et pleurent en compassion avec leur compatriotes juifs lorsque des innocents, fussent-ils juifs, sont assassinés; et ils sont plus nombreux qu’on le croit.

Pour mettre fin à une polémique inutile sur l’usage de certaines tournures de phrase dans le manifeste, polémique savamment cultivée à dessein par des détracteurs plutôt mal intentionnés, il est bon de rappeler les faits !

Ainsi, à propos de la haine du juif et du chrétien inscrite dans certains versets du Coran, la tribune des 300 n’a jamais demandé à ce que ces versets soient effacés, ce qui aurait été ridicule, ni qu’un bon musulman serait un musulman qui renierait sa religion, bien au contraire ! Ce texte demande simplement que le contenu du texte sacré puisse être débattu comme ce fut le cas dans le judaïsme ou le christianisme. Car sans débat sur le texte, personne ne peut évoluer dans son rapport au texte.

Quant à la tribune des 30 imams, certains des signataires, comme Othmane Iquioussen, ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux dénoncés dans le Manifeste. En effet, lors de sa prêche du 28 Septembre 2012, l’Imam Othmane Iquioussen a eu des propos d’une violence inouïe à l’égard des juifs et des chrétiens ( vous trouverez à ce sujet dans cette newsletter un article décapant du journal l’Humanité, journal peu susceptible d’être taxé d’islamophobe).

Nous aurions tant aimé que, dans un élan de solidarité avec leurs compatriotes juifs, ces Imams eussent publié une telle tribune pour dénoncer les crimes antisémites de leurs coreligionnaires  ou pour lancer un appel à manifester pour faire montre de leur solidarité comme ils savent si bien le faire lorsqu’ils s’agit de leurs «frères» étrangers palestiniens. Cela nous aurait mis du baume au cœur et aurait été un signal beaucoup plus fort et beaucoup plus crédible que cette tribune de circonstance qui tente de troubler les esprits et de transformer les victimes en bourreaux !

Pour terminer avec une note optimiste, il y a aujourd’hui dans le monde musulman tant en France qu’à l’étranger, une lueur d’espoir qui éclaire notre avenir, une prise de conscience de très nombreux musulmans d’Europe ou du Moyen-Orient qui dénoncent, qui s’insurgent et qui proclament que l’Islam des lumières doit savoir résister, qu’il doit oser s’afficher et  qu’il doit avoir le courage de combattre l’islam de l’obscurantisme.

Récemment, nous avons eu des déclarations fort prometteuses des Imams d’Al Zahar, en Égypte, et de l’Imam de la Mecque qui nous emplissent d’espoir. Ces Imams appelaient à la tolérance et à la coopérations avec les juifs, les chrétiens et les autres religions.

Ce qui est dommageable dans cet épisode exutoire est que ceux qui dénoncent le salutaire manifeste, campent sur le déni, que ce sont les mêmes qui proclament à longueur de journée :«Cachez cet antisémitisme que je ne saurais voir» et qu’ils sont souvent les Tartuffe de la politique  qui, par de petits calculs mesquins, mettent notre paix civile en danger en prétendant la défendre.

Richard C. ABITBOL
Président

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