« Derrière l’Institut Pasteur et Sanofi, c’est tout l’appareil de la recherche française qui a décroché »

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CHRONIQUE. Les échecs à développer un vaccin ont mis en lumière une faiblesse en matière de recherche pharmaceutique. Ils ne sont que la face émergée d’un iceberg en perdition.

Pertes et profits. L’année 2020 restera décidément comme celle du rendez-vous avec des vérités qui dérangent. Parmi celles-ci, une nous saute aux yeux en ce mois de janvier : la France tourne le dos à son avenir. Les échecs récents de l’Institut Pasteur et de Sanofi, les deux fers de lance de la filière pharmaceutique française, à développer à temps un vaccin ont mis en lumière la faiblesse française en matière de recherche pharmaceutique.

Mais ce serait une erreur de pointer seulement ces deux acteurs, qui ne constituent que la face émergée d’un iceberg en perdition. Comme le souligne la récente note du Conseil d’analyse économique (CAE) publiée mardi 26 janvier, c’est tout l’appareil de recherche française qui a décroché.

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La crise sanitaire souligne cette carence car la recherche pharmaceutique est aujourd’hui l’activité économique et industrielle la plus liée à la recherche fondamentale. Aucun autre secteur n’a autant besoin d’un lien fort et direct entre les entreprises et les laboratoires des universités. Pour preuve, les deux seuls vaccins contre le Covid-19 disponibles en Europe sont issus de deux entreprises fondées par des universitaires, BioNTech en Allemagne, créée par trois chercheurs de l’université de Mayence, et Moderna, fondée par un biologiste d’Harvard. Avec la grande bascule de la pharmacie de la recherche chimique vers la biotechnologie, l’essentiel des nouveaux médicaments est issu en tout ou partie des travaux académiques, d’où le succès mondial de la région de Boston, aux Etats-Unis, siège d’Harvard et du MIT.

Cause nationale

Plus grave, les crédits publics consacrés en France à la santé sont deux fois inférieurs à ceux de l’Allemagne et ils ont diminué de 28 % entre 2011 et 2018, quand ils augmentaient respectivement de 11 % outre-Rhin et de 16 % au Royaume-Uni. Aucune université française ne figure dans le classement de Shanghaï des 50 premiers établissements mondiaux en matière de santé publique et une poignée dans les autres discipines biologiques (Saclay, Strasbourg, Sorbonne…). La part française dans les publications internationales se réduit. Et, enfin, ce qui n’est pas sans lien, le salaire moyen en début de carrière d’un chercheur français s’établit à 63 % en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE.

Conséquence logique, en aval de cette chaîne, les résultats ne sont pas meilleurs : la part des sociétés de biotechnologie françaises est en diminution et le ticket moyen de financement de ces sociétés par des investisseurs de capital-risque s’élève à 9 millions d’euros en France, contre 12 au Royaume-Uni et 16 en Allemagne. Enfin, la note du CAE souligne le « lent déclin français » en matière de brevets entre le milieu des années 1990 et celui des années 2000. Le fossé se réduit depuis peu mais reste conséquent par rapport aux leaders européens.

Ce constat désastreux est plus globalement celui de la France, qui n’a pas tenu sa promesse européenne, réitérée plusieurs fois, de consacrer 3 % de son PIB à la R&D – le niveau de l’Allemagne. Elle est aujourd’hui à 2,2 %. La nouvelle loi de programmation de la recherche promet plus de budget et des augmentations de salaire. Le plan de relance prévoit un coup de pouce, mais bien loin des 60 milliards d’euros lancés par son voisin sur ces sujets. En faire une cause nationale serait bienvenu.

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