Crapoussin, niguedouille, et autre perlimpinpin : les mots oubliés de la langue française

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Crapoussin, niguedouille, et autre perlimpinpin : les mots oubliés de la langue française

Crapoussin, niguedouille, et autre perlimpinpin : les mots oubliés de la langue française

FIGAROVOX/ENTRETIEN – A l’occasion de la sortie de son livre, Crapoussin et Niguedouille, la belle histoire des mots endormis, co-écrit avec Laure de Chantal, Xavier Mauduit accorde un entretien au Figaro Vox. Il réveille les mots endormis de notre langue, pour le plaisir de notre oreille.


Laure de Chantal et Xavier Mauduit, Crapoussin et Niguedouille, Ed. Stock, 232 p., 19€
Laure de Chantal et Xavier Mauduit, Crapoussin et Niguedouille, Ed. Stock, 232 p., 19€ – Crédits photo : STOCK

 

 

Xavier Mauduit est agrégé et docteur en histoire, il est chroniqueur sur Arte. Il a co-écrit avec Laure de Chantal, Crapoussin et Niguedouille, la belle histoire des mots endormis, publié aux éditions Stock.

 

 

 


FIGAROVOX. – Pourquoi avez-vous voulu réveiller les mots endormis de la langue française?

XAVIER MAUDUIT. – Les mots endormis méritent d’être réveillés car ils sont le sel de notre langue, ils pimentent nos conversations. Deux ou trois cents mots suffisent pour se faire comprendre et un adulte en connaît quelques milliers mais il ne les utilise pas tous.

Les mots endormis méritent d’être réveillés car ils sont le sel de notre langue, ils pimentent nos conversations.

Pourtant, certains mots manquent à notre langue: le verbe s’abeausir par exemple. Au lieu de «il fait plus beau» -qui n’est pas très joli – il est possible de dire: «Le temps s’abeausit», il se met au beau. Ces mots ont une belle histoire à raconter. Qu’ils viennent de l’Antiquité ou de la rue médiévale, ils ont un destin fascinant et ils sonnent bien à notre oreille: quel plaisir de cheminer avec «niguedouille» puisque nous croisons chaque jour des nigauds.

D’où viennent ces mots?

Ces mots sont parfois qualifiés de désuets, de disparus, mais ils sont immortels puisqu’ils existent dans la littérature, utilisés par Molière, Balzac ou La Fontaine. Le Dictionnaire de l’Académie française qui en est à sa neuvième édition, se soucie des mots vivants, des mots réellement utilisés. Ceux qui se sont endormis se cachent dans les thésaurus, dans le Littré: avec Laure de Chantal, nous avons exploré le monde merveilleux des dictionnaires à la recherche de ces pépites. C’est ainsi que les petits crapoussins sont devenus nos amis.

Emmanuel Macron contribue-t-il à réhabiliter ces mots oubliés?

En politique mais pas seulement, réveiller des mots endormis est un bon moyen pour se distinguer, morbleu !

Il est intéressant de constater l’utilisation de mots surannés par nos politiques. Elle contribue à renforcer l’image de lettré que veut se donner l’homme de pouvoir. La stratégie de communication vise à s’adresser à tout le monde et à impressionner: Emmanuel Macron est capable d’utiliser un langage populaire comme «foutre le bordel» et un vocabulaire moins attendu comme «croquignolesque». Le président de la République, protecteur de l’Académie française, veut montrer qu’il parle la langue du pays, celle d’aujourd’hui et celle du passé car elle raconte notre histoire. Du débat de l’entre deux tours de l’élection présidentiel, nous avons retenu la poudre de perlimpinpin. Par sa sonorité, le mot claque à nos oreilles et il est efficace. En politique mais pas seulement, réveiller des mots endormis est un bon moyen pour se distinguer, morbleu!

Aujourd’hui le «langage de la rue», popularisé par le rap, ne supplante-t-il pas l’argot?

Les mots du dictionnaire et ceux de la rue s’enrichissent mutuellement. Littré, à la fin du dix-neuvième siècle, considère que le mot «daron» est vieilli, mais aujourd’hui il désigne le père pour nombre de nos contemporains, comme une évidence.

Les rappeurs font vivre notre langue, qui est notre identité.

Prenons le cas du rap, que vous évoquez. Les rappeurs sont parfois des magiciens de la langue et des mots. Ils jouent de leur sonorité et sont attentifs à la réalité du français. Ils n’utilisent pas un anglais bas de gamme. Ils font vivre notre langue, qui est notre identité. La langue est vivante, elle mène son bonhomme de chemin et nous n’avons qu’à constater ses évolutions. La thune avec laquelle nous achetons le journal vient du Roi de Tunis, qui est sans doute un personnage de la Cour des miracles, dans le Paris médiéval. Quand des mots endormis se réveillent, d’autres s’assoupissent.

Ne pensez-vous pas que chaque génération possède son propre argot?

L’argot est un langage inventé par un groupe, professionnel, social, pour se distinguer, pour ne pas être compris des autres. Il connaît une évolution si rapide qu’il est difficile de le suivre. Parfois, les mots d’argot entrent dans le vocabulaire courant et il n’est plus besoin de les définir: «casser la gueule», «se faire du blé», «être bourré» sont compréhensibles par tout le monde. L’argot enrichit notre langue, et je ne vous parle pas de la richesse du champ lexical du sexe!

 

 

 

Source: © Crapoussin, niguedouille, et autre perlimpinpin : les mots oubliés de la langue française

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