Corée du Nord, Venezuela : jusqu'où Trump est-il prêt à aller ?

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Donald Trump (ici dimanche à Bedminster) juge «inacceptable» l'idée que Pyongyang puisse frapper le sol américain avec des missiles nucléaires.

Le président américain, qui s’est dit prêt à utiliser la force contre Pyongyang et a menacé de lancer une opération militaire au Venezuela, bouscule la diplomatie mondiale.

Ceux qui redoutaient un isolationniste en Donald Trump auront eu faux sur toute la ligne. Loin de se replier sur son Levantin américain, le voilà qui brandit son gourdin de gendarme du monde face à la Corée du Nord, menaçant d’utiliser la force si celle-ci continue de narguer l’Amérique et ses voisins, et si elle ne renonce pas à l’arme nucléaire. Trump a aussi menacé de lancer une opération militaire au Venezuela, exhibition de muscles inattendue qui a pris de court le régime de Nicolas Maduro et envoyé une onde de choc à travers toute l’Amérique latine. Improvisation d’un président impulsif? Dans le cas du Venezuela, beaucoup à Washington le pensent.

«Sa psychologie consiste à ne jamais reculer. Je pense qu’il est capable de faire ce qu’aucun président n’a fait avant lui»

Balbina Hwang, ancienne collaboratrice du bureau Asie du département d’État

Face à la Corée du Nord, les choses sont tout à fait différentes même si les questions pullulent. Selon une source proche du renseignement américain qui s’est confiée au Figaro, «12 scénarios militaires sont à l’étude» et l’appareil de sécurité nationale est «prêt à agir mais fera tout pour éviter une guerre». Le patron du Pentagone, James Mattis, le conseiller à la Sécurité nationale, H R McMaster, et le secrétaire d’État seraient «à la manœuvre», Trump jouant «son rôle de showman». Le groupe des populistes, emmené par Steve Bannon, tenterait de pousser à l’intervention armée.

Le politologue de l’université de Georgetown Joshua Mitchell n’est pas étonné de voir Donald Trump monter au créneau sur la question de l’option militaire contre la Corée du Nord. «Ni isolationniste ni interventionniste au sens des néoconservateurs, c’est un réaliste et un nationaliste, qui veut sortir du cadre multilatéral pour revenir à un jeu de puissance classique», dit-il. Trump voit dans la Corée du Nord un problème pour la sécurité des États-Unis et de ses alliés et il veut agir, note Mitchell. «Pour comprendre, il faut revenir à son discours d’investiture, ce moment où il assume l’idée de perturber le système à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. L’autre élément clé, c’est sa philosophie de base: quand on est frappé, frapper plus fort. Il est difficile d’imaginer que Trump accepte de se laisser humilier par le patron de la Corée du Nord, Kim Jong-un», poursuit le professeur. «Trump l’a dit clairement. Les efforts de négociation de ses prédécesseurs pour mettre fin à la nucléarisation de Pyongyang n’ont rien donné. Il est en train de prévenir les Nord-Coréens et les Chinois que le temps des reculades est terminé et ira au clash si nécessaire», prédit Mitchell. La chercheuse Balbina Hwang, ancienne collaboratrice du bureau Asie du département d’État et professeur associé à Georgetown, est d’accord. «Ne pas oublier que Donald Trump vient du Queens, à New York. Sa psychologie consiste à ne jamais reculer. Je pense qu’il est capable de faire ce qu’aucun président n’a fait avant lui», suppute-t-elle.

Trump est-il sérieux ou bluffe-t-il pour pousser les Nord-Coréens à céder et les Chinois à agir ?

Depuis des décennies, le comportement des présidents américains qui ont eu maille à partir avec la Corée du Nord, a été récurrent: un mélange de «condamnations et de tergiversations», résume l’ancien conseiller à la Sécurité nationale de Nixon, Henri Kissinger, dans le Wall Street Journal. «La conduite de Pyongyang a été déplorée. Des avertissements émis… Mais son programme nucléaire n’a fait que s’accélérer», rappelle-t-il. «On a oublié, mais nos présidents ont toujours cédé face aux Nord-Coréens, confirme la chercheuse Balbina Hwang. En 1968, quand un bateau espion américain a été arraisonné par la Corée du Nord, et que le régime a détenu et torturé les marins qui étaient à bord, aucune action de force n’a été entreprise!» Beaucoup d’autres crises ont surgi, sous Carter, sous Clinton, sous Bush père et fils. L’ancien ambassadeur Chas Freeman, grand spécialiste de l’Asie, estime que la grande erreur a été de ne jamais avoir eu de négociation de fond avec la Corée du Nord pour résoudre sa paranoïa viscérale, bref de «l’avoir traitée non comme un pays, mais comme un problème nucléaire». Le résultat de «ce mélange d’alarmisme et de complaisance est que la Corée du Nord a désormais les éléments de la dissuasion nucléaire et qu’il est trop tard pour changer la donne.»

Seulement voilà, il y a maintenant Donald Trump, qui juge «inacceptable» l’idée que Pyongyang puisse frapper le sol américain avec des missiles nucléaires. Est-il sérieux ou bluffe-t-il pour pousser les Nord-Coréens à céder et les Chinois à agir? La première interprétation est que Trump ne fait «qu’exprimer son caractère impulsif à rebours des conseils de son entourage, note une source occidentale haut placée. Une hypothèse qui pourrait entraîner une montée aux extrêmes non maîtrisée». La seconde interprétation est que le langage guerrier de Trump est calculé: dans ce cas, «soit il cache un dialogue confidentiel entre Washington et Pyongyang, soit il marque une volonté de rupture avec la “patience stratégique” de ses prédécesseurs, soit il est mû par des considérations de politique intérieure, visant à faire à oublier l’enquête sur ses connexions russes», note la même source qui croit en fait «à un mélange probable de tous ces éléments».

La manœuvre géopolitique en cours est d’autant plus incertaine et délicate que Donald Trump est aujourd’hui un commandant en chef contesté et méprisé

Les pressions, notamment économiques, de Trump pour amener les Chinois à l’aider suscitent en tout cas des doutes chez les spécialistes, qui pensent que Pékin ne veut ni ne peut «résoudre le problème nord-coréen». «La Corée dans son histoire a été envahie 72  fois, le plus souvent par les Chinois, la défiance est totale», dit Chas Freeman. Ceux qui pensent le contraire soulignent que la Chine, si elle le voulait, pourrait faire céder Pyongyang en l’étranglant économiquement car elle fournit toute la technologie nucléaire. «La Chine est en train de comprendre que les États-Unis ne bluffent pas», affirme une source proche du renseignement, y voyant une lueur d’optimisme.

La manœuvre géopolitique en cours est d’autant plus incertaine et délicate que Donald Trump est aujourd’hui un commandant en chef contesté et méprisé par une grande partie de l’élite de son pays, prête à tout pour l’affaiblir au moment où il a besoin de paraître crédible, comme le montrent les critiques qui fusent sur sa gestion des violences de Charlottesville. De là à penser que Trump pourrait être tenté se lancer à pieds joints dans une aventure extérieure incertaine pour resserrer les rangs, il n’y a qu’un pas que certains commentateurs esquissent déjà.

Source : © Le Figaro Premium – Corée du Nord, Venezuela : jusqu’où Trump est-il prêt à aller ?

One Response to "Corée du Nord, Venezuela : jusqu’où Trump est-il prêt à aller ?"

  1. jean dufour   14 août 2017 at 12 h 27 min

    Voir 2ème ligne du 2ème alinea : Lapsus calami ? se replier sur son Aventin une des collines de Rome et non sur son laventin un des qualificatifs de Mitterrand.

    Répondre

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