Comment la Suisse fait-elle pour afficher un taux de chômage aussi faible malgré la crise ?

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Comment la Suisse fait-elle pour afficher un taux de chômage aussi faible malgré la crise ?
La ville de Genève. f11photo – stock.adobe.com

DÉCRYPTAGE – Le pays impressionne en temps normal par ses bons résultats économiques. En pleine crise du coronavirus, son taux de chômage, à 3,2%, ne peut faire que des envieux.

Près de 38.000 cas et plus de 1700 décès. En Suisse aussi, l’épidémie de coronavirus a frappé. Rapporté à sa population de 8,57 millions d’habitants, le ratio de contaminations y est même très élevé, plus qu’en France par exemple. Les indicateurs économiques, en revanche, témoignent d’une réelle solidité. Certes, le PIB helvète devrait se contracter de 6% environ cette année, mais ce chiffre paraît assez faible à côté des 11% de chute attendus en France, ou même des 8,3% de l’Union européenne. Ce qui interpelle surtout, c’est le taux de chômage, étonnamment faible malgré la crise et la chute de l’activité entraînée par le confinement. Une mesure qui chez nos voisins alpins a été plus souple et plus courte que chez nous.

En juillet, le taux de chômage était de 3,2%. Comme en juin. Mieux, le nombre de personnes inscrites a même légèrement diminué sur un mois. Certes, le nombre de chômeurs a augmenté en huit mois avec la crise, mais il reste extrêmement faible comparé à notre 7,1% «en trompe-l’œil» du deuxième trimestre. D’avis d’expert, la réalité en France serait même plus proche de 9%. Autre exemple, en juin en Espagne, le taux de chômage grimpait à 15%. Alors comment expliquer cette robustesse helvétique ?

Par l’avant-crise, déjà, comme si la Suisse avait pris par anticipation un élan salvateur. «On est entré en 2020 avec un taux de chômage très bas, autour de 2,1%, pratiquement un record. C’est certainement un avantage», convient un responsable du Seco, le secrétariat d’État à l’Économie. Mais cela n’a pas tout fait. Quand la crise a réellement éclaté et mené au confinement de la population, un système de réduction d’heures (RHT), sur le modèle du chômage partiel que la France a amplement utilisé, a été mis en place. «On a fait des allègements, on a adapté cet instrument afin de simplifier l’accès pour toutes les entreprises», reprend cette source. Si les dépenses «ont été considérables», cette mesure «a aidé à stabiliser l’emploi et à maintenir le pouvoir d’achat».

«Cela a permis de maintenir les emplois. En termes d’heures travaillées, on a eu une forte baisse, mais les emplois ont été préservés», confirme Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse. «Sans ça, le taux de chômage aurait pu monter jusqu’à 14%, selon nos estimations.»

Un taux de chômage historiquement faible

Plus d’un tiers de la population active en Suisse s’est alors inscrite à ce système de réduction d’heures de travail. À son apogée, la mesure concernait 1,1 million de travailleurs en même temps, à des échelles différentes. Certains étaient en RHT à 100%, comme dans les métiers de la restauration, d’autres à des niveaux plus variables en fonction des secteurs. Cet instrument restera en place encore plusieurs mois, nous dit-on. À cela vient s’ajouter la mise en place de crédits aux entreprises, qui ont permis d’assurer des liquidités et de maintenir l’emploi. Des crédits qui, eux, ne sont plus accordés depuis quelques jours.

Autre facteur de cette bonne santé, plus structurel : «chômage» et «Suisse» ne riment pas. «La Suisse connaît traditionnellement un taux de chômage très faible», reprend l’expert du Seco. Plusieurs raisons à cela. «D’un côté, il y a la réglementation. Le flux d’entrées et de sorties du marché du travail est peu réglementé et le marché est assez flexible», note-t-il. En résumé, «c‘est facile d’embaucher». Un diagnostic partagé par Maxime Botteron. Les conventions suisses, équivalent de notre Code du Travail, comptent dix fois moins de pages que chez nous. Les coûts salariaux sont plus bas en comparaison avec la moyenne internationale, ajoute l’expert du Seco, qui vante la liberté des entreprises de son pays. Par exemple, une grande partie des travailleurs bénéficient d’une importante flexibilité sur leurs horaires de travail. D’ailleurs, la Suisse ne possède pas de durée de travail obligatoire, mais seulement un temps de travail hebdomadaire à ne pas dépasser, entre 45 heures et 50 heures selon les professions.

Il convient également d’ajouter, selon l’expert du Seco, que le «système économique suisse est favorable : on produit pour le marché mondial, on travaille pour des grandes multinationales et l’imposition des entreprises est très attractive.» Maxime Botteron n’est sur ce point pas tout à fait du même avis, rappelant que l’emploi est surtout très fort dans les petites et moyennes entreprises. En outre, la Suisse est friande de la formation professionnelle initiale, équivalent de notre filière d’apprentissage. Près des deux tiers des jeunes passent par ce cursus. Résultat : la Suisse peut se targuer d’avoir l’un des taux de chômage chez les jeunes les plus faibles au monde, autour de 6% fin 2019 au sens du BIT (Bureau international du Travail), contre près de 20% en France.

Pas de vague de licenciement à la rentrée

Au Figaro, en 2018, le spécialiste de politique monétaire Mathieu Mucherie donnait une explication supplémentaire à la robustesse de la Suisse en matière d’emploi. Selon lui, «il est indispensable pour les Suisses de ne pas avoir l’euro». Le Franc suisse est une source d’attraction importante pour les grands investisseurs internationaux, et une source d’emploi, donc. Le spécialiste du Seco vante enfin les mérites du système d’assurance-chômage en Suisse. Système qui répond à une règle, explique-t-il : généreux mais éphémère. Le but étant d’assumer la transition d’un salarié sans emploi, mais de le pousser «à retrouver rapidement du travail» en aidant à sa formation. Autant de clés qui permettent à la Suisse de glisser sereinement depuis des années sur la piste du plein-emploi. Une prospérité qui lui permet même d’accueillir 320.000 travailleurs transfrontaliers chaque jour, dont la moitié en provenance de France.

Et cette situation rêvée ne devrait pas mourir sous les coups du coronavirus. En effet, la Suisse ne s’attend pas à une vague de faillites ou de licenciement importante à la rentrée. Le Seco en convient, le taux de chômage augmentera, «peut-être autour de 4% au pire», mais n’explosera pas. «On ne s’attend pas à un choc à la rentrée», confirme Maxime Botteron. «Les entreprises vont rester prudentes au niveau de l’embauche face à l’incertitude», explique-t-on au Seco. Puis, au fil des mois, en 2021, ce taux de chômage devrait redescendre pour retrouver son chemin habituel, autour de 3%, espère-t-on toujours au Seco.

 

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