Catalogne : un vote aux airs de référendum

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Catalogne : un vote aux airs de référendum
Deux fillettes revêtues de «l’étoilée», la bannière utilisée par les indépendantistes catalans, et du drapeau espagnol, déambulent dans les rues de Barcelone, lors d’une manifestation, en octobre. – Crédits photo : Emilio Morenatti/AP

VIDÉO – Les Catalans élisent jeudi un nouveau Parlement, mais la crise avec Madrid ne cessera sans doute pas avec ce scrutin.

Envoyé spécial à Barcelone  –  Mathieu de Taillac

Les élections catalanes de ce jeudi sont la trouvaille du président du gouvernement espagnol. Mariano Rajoy entendait ainsi mettre un terme à la crise sécessionniste inédite qui culmina le 27 octobre par la déclaration d’indépendance du Parlement régional. Dans le cadre de l’article 155 de la Constitution, qui permet de placer sous tutelle une région rebelle, et qui n’avait jamais été utilisé, Rajoy a pris le contrôle des institutions catalanes le temps strictement nécessaire pour dissoudre le Parlement et convoquer de nouvelles élections. Par cette application a minima de l’article 155, Madrid entendait tuer dans l’œuf toute critique d’autoritarisme et rêvait de vaincre durablement l’indépendantisme, qui avait prouvé son incapacité à mettre en œuvre la République fraîchement proclamée.

C’était compter sans l’action de la justice, qui maintient en détention préventive quatre dirigeants sécessionnistes, dont la tête de liste d’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC, centre gauche), Oriol Junqueras ; sans la manœuvre du président catalan destitué, Carles Puigdemont, qui anime la campagne de sa liste Junts per Catalunya (JpC, centre droit) depuis la Belgique où il s’est retranché pour éviter son arrestation ; et sans la stratégie émotionnelle des indépendantistes, qui plutôt que de défendre le maigre bilan de leur action – la théorique République catalane n’a été reconnue par aucun pays au monde -, présente ces élections comme un référendum entre la supposée répression espagnole et la liberté des Catalans de tenir les rênes de leur destin.

«Soit c’est le pays qui gagne, soit c’est Rajoy !»

Carles Puidgemont

Mardi soir, ERC a tenu son dernier meeting devant la prison d’Estremera, dans la région de Madrid, où est détenu Junqueras, pour achever de tirer tout le bénéfice électoral possible des difficultés personnelles de sa tête de liste. JpC s’est une fois encore connecté à Bruxelles, d’où Puigdemont s’adressait par visioconférence à ses militants, qui l’écoutaient dans une centaine de meetings concomitants. «Soit c’est le pays qui gagne, soit c’est Rajoy!», dramatisait-il.

Résultat: rien ne permet de croire que ce scrutin ne dénoue la crise d’État inédite qui frappe l’Espagne, menacée, au moins dans la rhétorique, de dislocation, et la Catalogne, où plus de 3000 entreprises ont annoncé le transfert de leur siège social vers d’autres régions espagnoles. À en croire le dernier sondage publié parEl Periodic d’Andorra, filiale utilisée par un quotidien catalan pour publier ses enquêtes au-delà du délai légal en Espagne, le bloc des trois listes indépendantistes peut obtenir la majorité absolue de 68 sièges… ou la manquer de très peu.

Cette étude accorde une fourchette de 36-37 sièges à ERC, 26-27 à JpC, et 5-6 à la Candidatura d’Unitat Popular (CUP, extrême gauche). En face, le bloc favorable à l’unité de l’Espagne est emmené par Ciudadanos (C’s, centre libéral), à qui le sondage donne 31 ou 32 députés, suivi par les socialistes (PSC, 20 ou 21) et par le Parti populaire (PP, 4 ou 5), la formation conservatrice de Rajoy. Entre les deux, Catalunya en Comu Podem (CECP, gauche radicale), ni indépendantiste, ni unioniste, se rêve en faiseur de roi d’une très difficile alliance postélectorale.

Si les indépendantistes rééditent leur majorité absolue, ils chercheront un accord pour se maintenir au pouvoir. Les tractations promettent d’être difficiles entre ERC et JpC. Et si la majorité est exiguë, les sécessionnistes ne pourront pas se permettre d’abandonner des votes aux députés en prison ou à l’étranger. À moins que la stratégie ne soit précisément de provoquer le blocage, en l’attribuant au supposé autoritarisme espagnol qui empêcherait de gouverner une majorité légitimement élue…

Le risque de veto croisés

«CECP dit avoir la clé de la majorité, rappelle Joan Marcet, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone. Mais certaines alliances sont impossibles. Les trois partis de gauche ERC, CUP et CECP n’auront pas la majorité, et le PSC refusera de s’y associer. Un bloc C’s – PSC – CECP – PP semble également impensable.»

Pour éviter les veto croisés entre la gauche radicale et le centre droit, la tête de liste du PSC, Miquel Iceta, croit avoir une solution: que l’on l’investisse président, même s’il arrive quatrième, car son programme serait le plus central des quatre forces non indépendantistes. «Mais même si Ciudadanos acceptait de céder la présidence, l’option Iceta est très compliquée pour CECP, qui aura du mal à s’associer au PP et même à C’s, perçu en Catalogne comme plus à droite que dans le reste de l’Espagne», explique le politologue.

Reste enfin une dernière possibilité, encadrée par la législation catalane. Si aucun gouvernement n’est formé en février, de nouvelles élections seront automatiquement convoquées en avril. Dans cette hypothèse, la Catalogne ressemblerait beaucoup à l’Espagne, qui avait dû voter en juin 2016 après que les élections de décembre 2015 échouent à accoucher d’un gouvernement.


PLUS DE 3 MOIS DE CRISE

6 SEPTEMBRE Le Parlement catalan adopte une loi autorisant l’organisation d’un référendum sur l’indépendance de la région le 1er octobre.

20 SEPTEMBRE Plusieurs responsables catalans sont arrêtés par la Garde civile.

1er OCTOBRE Le référendum a lieu sous tension. Il débouche sur une victoire du oui avec 90,18 % des suffrages exprimés, avec 43 % de participation. Près de 850 personnes sont blessées par les forces de l’ordre.

3 OCTOBRE Le roi Felipe VI déplore «l’attitude irresponsable» des dirigeants catalans.

10 OCTOBRE Carles Puigdemont proclame le droit de la région à devenir un État indépendant tout en suspendant la mise en œuvre du processus afin de permettre un dialogue.

11 OCTOBRE Madrid donne huit jours à l’exécutif catalan pour abandonner son objectif.

21 OCTOBREAprès un conseil extraordinaire des ministres, Mariano Rajoy annonce, en vertu de l’article 155 de la Constitution, le limogeage du gouvernement régional et l’encadrement du Parlement de Catalogne et dit souhaiter la tenue de régionales anticipées.

27 OCTOBRE Le Parlement catalan adopte une déclaration unilatérale d’indépendance et se prononce en faveur d’un «processus constituant» afin de séparer la Catalogne. Avec l’accord du Sénat espagnol, Rajoy annonce la destitution de l’exécutif catalan, la dissolution du Parlement régional et la tenue d’élections anticipées le 21 décembre.

2 NOVEMBRE Placement en détention provisoire de neuf dirigeants catalans. Un mandat d’arrêt européen vise Carles Puigdemont, qui a gagné la Belgique le 30 octobre.

11 NOVEMBRE Des centaines de milliers de partisans de l’indépendance défilent à Barcelone pour réclamer la libération des séparatistes.

5 DÉCEMBRE Retrait du mandat d’arrêt international visant Puigdemont et quatre membres de son ancien gouvernement.



Source:©  Catalogne : un vote aux airs de référendum

One Response to "Catalogne : un vote aux airs de référendum"

  1. Nadia Nad
    Nadia Nad   21 décembre 2017 at 22 h 54 min

    https://www.facebook.com/HashtagWolfmomo/videos/644639529259181/

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